Taegon Kim

A mes difficultés linguistiques de départ s’ajoutèrent donc des difficultés culturelles et personnelles à créer de la relation et à entrer en contact avec les autres, c’est-à-dire les membres de cette culture française qui se montrait, une fois dépassée la première impression somme toute familière, si différente. Pour tout dire, je ressentais une telle impossibilité à communiquer qu’elle rendait impensable toute possibilité d’intégration à un groupe quel qu’il soit en me faisant souffrir de mon isolement. Pour moi, qui était déjà peu enclin de par nature à rechercher la vie en société, entrer en relation avec mon entourage est alors devenu une nécessité absolue. C’est tout naturellement par l’intermédiaire de ma pratique artistique que j’ai tenté d’analyser et de résoudre mon problème relationnel. J’ai alors créé ce que j’appellerais des « objets collectifs expérimentaux » destinés à rassembler des personnes autour d’un dispositif à faire résonner des sentiments, un peu comme s’il s’agissait d’instruments de musique muets. J’ai alors invité tous ceux qui s’approchaient de mes travaux à participer à cette expérience qui n’imposait pas la maîtrise d’un langage commun mais seulement le désir de se réunir, ensemble, autour d’un objet artistique.

Jan Stevens

L’observation attentive de la nature et de ses composants est au cœur de ma pratique. Je considère l’ensemble de mon travail comme une sorte de réserve accumulant et abritant de mes tentatives de rendre visible la vulnérabilité et la ténacité du monde végétal et minéral. Souvent en symbiose avec le dessin et la gravure, j’expérimente d’autres matériaux. Les recherches fragiles et éphémères sont « préservées » par la photographie, qui à son tour me fournit un moyen d’explorer les changements d’échelle. La lumière, qu’elle soit projetée, réfléchie ou bloquée et la transparence ou la superposition peuvent interagir et parfois d » déconcerter.

Carolle Masson

Je m’intéresse aux images et recherche des moyens de déployer des lectures possibles, leur permettre d’échapper à la surface à laquelle elles sont souvent cantonnées. Mes différentes questions se tissent dans les symboliques de l’intime, jouant sur la singularité et l’universel, interroger l’ambiguïté entre la notion de frontière et de limite, de ce qui est étranger mais aussi ce que l’on reconnaît de soi chez l’autre. Les mises en forme passent par la photographie, la vidéo, les installations, ou d’autres médiums selon les projets. Née en 1980, je vis et travaille en Alsace. Mon atelier est dans l’ATELIER 12, bâtiment des anciennes filatures de Guebwiller.

Laurent Odelain

Mes créations explorent les liens entre les territoires que je rencontre, l’imaginaire qu’ils me transmettent et les formes qui jaillissent des expérimentations que j’y mène.

Leur genèse à lieu in situ. J’y souligne le décalage grandissant entre notre condition terrestre et ces fantasmes industriels et technologiques nous enjoignant à la dépasser, nous éloignant des simples notions de présence et d’acte. Aux confins de l’écrit, de la sculpture, de la performance et du paysage, je tente de révéler la poésie absurde du faire humain et m’amuse de sa vulnérabilité face à la présence immuable du monde. Les enregistrements vidéos et photographiques permettent l’apparition et le partage d’images et de figures. Je les installe vis-à-vis des formes construites ou rencontrées dans les espaces qui m’animent.

Je m’intéresse à l’usage humain du territoire, dans son exploitation, sa préservation, la vie qui en dispose et s’y établit en le transformant, ou étant transformée par lui. Je me demande comment la géographie conditionne l’esprit et l’action de ceux qui s’y meuvent, en fabriquant des récits et des artefacts.

Dans les gestes que je mets en place, entre philosophie et mythologie, des caractères essentiels et existentiels cherchent à transformer le malaise contemporain en une source poétique. Au fil du temps et des expériences rencontrées, mes travaux constituent un inventaire sensible de lieux et d’actes. Derrière leur facture prosaïque, se glisse une dimension ayant attrait à la solitude, à l’errance et au rituel naïf. Une primitivité affleure et donne corps à des puissances invisibles qui révèlent la présence d’une altérité.

Floriane Jan

Née en 1989 à Rennes, Floriane Jan vit et travaille à Strasbourg et Bruxelles. Sa pratique se nourrit de l’observation du surgissement hasardeux de la fiction dans nos espaces quotidiens. Elle tente ainsi d’en saisir l’essence pour la réinvestir dans l’espace de représentation. Trouver le détail qui contamine le tout, détraque un semblant d’évidence. La fascination pour les rebuts et les objets sans attrait la pousse à collectionner, répertorier, assembler… Considérer l’espace de manière fragmentée comme celui d’un collage et non pas dans une forme pleine et tangible. Que le regardeur soit là pour coller les morceaux les uns avec les autres, pour en faire sa propre composition.

Vincent Chevillon

Initialement formé aux Sciences de la Terre, Vincent Chevillon convoque dans ses oeuvres différents champs d’études naviguant de l’anthropologie, la géophysique à l’iconologie. Il mène une recherche au long court qui l’amène depuis plusieurs années à réétudier et réévaluer les fondements de notre société moderne à savoir l’invention d’une séparation franche et théorique entre culture et nature, d’un monde sans limites à conquérir et à domestiquer. Depuis 2010, il poursuit des recherches plastiques et théoriques sur les imaginaires rapportés et construits par le colonialisme. L’étude approfondie de l’ouvrage Moby dick d’Herman Melville a inspiré le nom de ce vaste projet: The Spermwhaler’s dream (Rêve de pêcheur de Cachalot). Par un va et vient entre des actualités spécifiques et leurs inscriptions dans des systèmes géographiques, historiques et culturelles plus obscures, ses recherches œuvrent à la cohabitation de formes, d’attitudes et de savoirs au sein de cosmogonies croisées. Sa pratique tend à rendre manifestes des états de surface, des agencements, prononce ce qui à l’abri des regards, agite secrètement le monde. Elle s’interroge sur notre relation à l’ailleurs par le biais de ces marges, à ce qu’elles limitent et prononcent de part et d’autres. Ces travaux se développent en dispositifs généralement évolutifs à partir d’éléments récoltés ou façonnés, des images, des récits qui se formalisent sous forme d’installations, d’éditions, d’oeuvres numériques, d’objets. Généralement ses recherches s’élaborent par des dispositifs d’enquêtes qu’ils associent à une pratique volontaire de la dérive. En 2013-2014, il entreprend un périple à bord d’un voilier au travers d’une itinérance de 7 mois en mer de part et d’autres de l’océan Atlantique.

En 2023, il rejoindra Aotearoa pour une enquête de terrain de 7 mois sur les traces de cétacés échoués dont les ossements sont actuellement conservés au musée zoologique de Strasbourg.

Il enseigne depuis 2014 à La Haute Ecole des Arts du Rhin (HEAR) à Strasbourg.

Fanny Buecher

Ma pratique se développe autour du dessin et de la peinture, oscillant entre petits formats et installations qui se déploient dans l’espace d’exposition. 

Les techniques que j’emploie sont le fusain, le pastel sec et une peinture de ma composition qui s’apparente à l’aquarelle. 

Mon regard se porte particulièrement sur les formes de la nature et je veille à ce que le dessin d’une pierre, d’une fleur, d’herbes sauvages, ou d’un bout de jardin, soit aussi le lieu où s’exprime une présence, une voix. 

Partant souvent d’un geste spontané, qui s’enrichit petit à petit d’images mentales, de photographies, de préoccupations du moment et de références à l’histoire de l’art, mes dessins invitent à regarder le vivant avec une attention renouvelée. 

Les motifs, la couleur, la texture, les traits s’assemblent pour créer des récits sensibles tels des paysages intimes. 

Mon processus est marqué par l’expérimentation et les changements de technique. Ma façon de travailler ne suit pas un chemin tracé. Il s’égare, s’essaie, se transforme. Je fais avec la sève du moment, en conciliant l’affluence autant que les erreurs présumées de manière inclusive.

 

Atelier de l’Écho : https://www.instagram.com/atelierdelechoboersch/

Katharina Rüll

Katharina Rüll, visuelle Künstlerin, arbeitet interdisziplinär mit Materialien, die sie in ihrer Umgebung findet. Sie nimmt sich den Gegenständen, die weggeworfen wurden an, tritt mit ihnen in Beziehung und inszeniert diese in ihren Rauminstallation wie Statisten einer Geschichte.

Jacqueline Bilheran Gaillard

Un triple travail de photographie, de peinture-techniques mixtes et de sculptures-assemblages. 

Mon regard saisit de la beauté dans ces continents de déchets produits par la consommation de masse ou dans les lieux désertés d’une industrie périmée. Mon objectif photographique y prélève les couleurs de ma palette et les formes de mes motifs artistiques : métal, papier, plastique, entassés, écrasés, plissés, déformés, colorés. Le fouillis de formes et de couleurs que je saisis dans ces tas de détritus ou ces lieux à l’abandon, deviendra peintures, sculptures, photographies plasticiennes. Mes photos sont donc à la fois le point de départ, le matériau de mon travail pictural par l’usage du transfert, et un aboutissement quand je les retravaille, que je photographie des fragments de sculptures ou que je peins des sculptures photographiées. De la photographie à la peinture, de la peinture à la sculpture, pas de choix exclusif des médiums ni des matériaux, mais un même univers, la poésie de l’abandon, la beauté des objets qui ont perdu leur usage familier et subi l’usure du temps et la déformation aléatoire de l’entassement, celle aussi, volontaire, de l’artiste démiurge qui comprime, écrase, fond, déchire, plisse, assemble, colore, peint.

Mes peintures et mes sculptures empruntent au Pop Art américain ou au Nouveau Réalisme une part de leurs techniques et leur fascination pour l’univers de la culture populaire à l’époque de la consommation de masse. Tout dans le monde qui nous entoure, même les objets les plus triviaux, peut faire art. Il n’y a pas de hiérarchie des formes et des matières. Le sens, l’émotion et le beau peuvent surgir là où on ne les attend pas. En cela je produis sans doute comme une archéologie et une mémoire de ma propre culture, celle de la pénurie de l’après-guerre où l’on ne jetait rien, où tout pouvait être réutilisé. Celle aussi des Trente Glorieuses et de l’abondance inouïe promise par de nouveaux matériaux et de nouvelles techniques.  

Travail de généalogie, d’interprétation, pour retrouver, sous les strates du présent, dans ces restes relégués aux marges, ce qui fait encore sens. Mais travail d’une époque qui n’est plus celle de l’émerveillement devant le ready made ou la vitrine de Noël du Grand Magasin, mais celle de la catastrophe annoncée et du tragique de l’excès, de l’accumulation et de la décrépitude. Fascination pour les pertes, les destructions, les formes du difforme, pour les formes de ce qui est exclu comme déchet, déprécié par la culture dominante et qui devient signifiant pour l’artiste.