Sarah Makina

Toujours dans cette quête de notre rapport au corps parfois fétichisé, fantasmé ou performé je suis à présent en recherche d’une relation à l’autre, d’un contact. Je vous présente cette année un tryptique photographique résultant d’une performance vertigineuse.

Ines P. Kubler

Pendant plusieurs années je pratique le dessin, le collage ou la peinture sur papier, à la recherche toujours insatisfaite d’un terrain d’expression qui me soit propre. Ce terrain je le découvre enfin lors d’une expérience professionnelle forte au cabinet du Docteur Jean Pillet, spécialiste en prothèses médicales dont la troublante esthétique illusionniste les rend presque invisibles. Cette expérience est fondatrice, car c’est là « sur le tas », que je sculpte quelque chose pour la première fois ; et c’est là aussi que je rencontre mon matériau de prédilection : la cire, dont la nature de caméléon tantôt  fluide ou solide, opaque ou translucide, m’a immédiatement séduite. Depuis, mon travail se développe essentiellement en volume, sous la forme de séries de sculptures ou petites installations, et la cire est devenue un matériau indispensable, presque un fétiche. Le travail que je poursuis sonde la matérialité des objets. Guidée par leur fort pouvoir d’évocation, je les manipule, laissant volontiers la place à l’accident. Je coule la cire, y agglomère divers matériaux, grave ou teinte certaines surfaces, parfois en lutte avec le tempérament de l’objet qui me contrecarre. Par ce processus qui peut s’apparenter à un collage, je tente de mettre au jour des aspects de la personnalité des choses jusque là restés invisibles. L’objet se déploie hors des limites imposées par l’usage, pour se glisser dans une toute autre peau et de nouveaux champs d’interprétation. Le caractère transitoire de la cire en fait des objets incertains, passagers d’un monde qui ne l’est pas moins.

Jeremy La Motte

Sculpteur autodidacte et passionné depuis une dizaine d’année, j’apprécie de joindre l’utile à l’agréable en créant des objets usuels comme des plats, des cuillères ou des boites, en personnalisant des objets existants, ainsi qu’en réalisant des œuvres uniques. J’ai débuté la sculpture au début des années 2010 en réalisant des bas-reliefs sur des manches d’opinels, courageusement confiés par mon entourage proche. Puis, la passion et le savoir-faire venant, je me suis plu à réaliser des sculptures plus complexes, toujours dans des manches de couteaux que j’offre à l’occasion d’anniversaire. Depuis 2017, je diversifie mes créations en sculptant des objets usuels dans du bois brut. Je crée aussi des objets purement décoratifs, ainsi que des œuvres plus personnelles.

Beatrix Li-Chin Loos

Revendiquant un design engagé et artisanal, je me suis fait connaître avec Chut ! Collections, un concept d’objets de décoration et de petit mobilier entièrement réalisés à partir de chutes de bois. Les pièces sont confectionnées en Alsace en collaboration étroite avec des artisans de la région. Le concept est né de l’idée qu’une simple chute de bois peut se transformer en tout nouvel objet, à la fois écologique et esthétique. Mais ma démarche va au-delà de l’éco-conception et du développement durable. Elle s’inscrit dans le mouvement du slow design, philosophie théorisée par Alastair Fuad-Luke. Prôner la lenteur face à la frénésie. Produire autrement. Produire moins, mais de meilleure qualité. Des pièces qui durent, que l’on aime garder longtemps voire transmettre. Des pièces intemporelles. Des pièces qui donnent à réfléchir. Utiliser des matériaux locaux, renouvelables, recyclés et recyclables. Des matériaux naturels et nobles comme le bois et le cuir. Des produits de finition écologiques. Renouer avec l’artisanat. Fabriquer localement, en circuit fermé. Des pièces uniques ou petites séries. Penser l’objet et sa fabrication dans sa globalité. Trouver l’équilibre entre l’Homme et la Nature. À partir de formes simples et géométriques comme le cercle, j’aime travailler en superposition, marier le brut et le fini. Je m’amuse à créer des surfaces intrigantes. Les matériaux dits pauvres s’anoblissent. Up-cycling oui, mais avec raffinement et sans effet de mode. Je désire insuffler une âme à l’objet et donner ainsi une valeur émotionnelle à mes créations. En insistant sur le travail bien fait, chaque pièce est le fruit d’un long travail de composition et de confection. Le résultat est une collection à l’esthétique singulière, sculpturale et pleine de poésie, qui invite à la contemplation. Du slow design de belle facture. Beatrix Li-Chin Loos

Camille Drai

Camille Drai est scénographe, plasticienne et metteuse en scène. Elle a une affinité particulière pour les matières souples, notamment le textile. A partir de ces matériaux, elle imagine et conçoit des scénographies et des installations. En 2015, elle découvre l’univers de la Marionnette Contemporaine qui fait résonance avec ses préoccupations artistiques. Elle affirme, alors, ses scénographies comme des univers mobiles, manipulables, où le scénographe devient « marionnettiste de l’espace ». Avec cet univers en constante métamorphose, elle cherche à perturber l’ordre établi de nos représentations, ébranler nos certitudes face au réel et au surnaturel. Elle interroge les mécanismes inconscients et invisibles qui façonnent notre identité et notre conscience humaine.

C’est avec cette ambition qu’elle fonde en 2018, la Cie Sans Visage, compagnie de marionnette contemporaine, théâtre visuel et sonore. Elle signe la mise en scène du premier spectacle de la compagnie : « Résurgence », qui a été créé le 8 décembre 2022, au Manège, scène nationale de Reims.  Il joué au Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes, à Charleville-Mézières en septembre 2023.

Résurgence s’intéresse aux liens transgénérationnels et en particulier aux fantômes familiaux : ces traumatismes enfouis et secrets de nos ancêtres, qui se répercutent dans l’inconscient des générations suivantes et viennent entraver leurs vies, leurs relations et leurs bien-être.  C’est à travers l’oeuvre et la vie du poète visionnaire Arthur Rimbaud, qu’elle a choisi d’explorer ces liens familiaux invisibles.

Parallèlement, elle collabore avec d’autres Compagnies comme la Cie les ailes de Samare, Cie Muutos, la Cie Juste Après, Cie le 7 au soir, en tant que scénographe, accessoiriste ou constructrice de marionnette. De 2016 à 2018, elle travaille avec l’agence de graphistes, Fabrication Maison, à la conception d’une signalétique originale pour la nouvelle Ecole Nationale Supérieure des Arts de la Marionnette.

Axel Gouala

La pratique d’Axel Gouala s’inspire d’objets et de matériaux du quotidien qu’il implique dans un changement de plan et de sens. Lorsqu’ils les reproduit ou les transforme il intervient sur leur image et déplace leur champs d’action. Leurs représentations socialisées sont ainsi recontextualisées. Balais à frange, chaise de bureau, plante tropicale. Tous renvoient à des réalités socio-économiques, historiques, géographiques différentes. En les assemblant à la manière de totems, ils s’unissent pour créer des corps hybrides, contestataires et drôles. Dans sa série Totem-Voyage, dessins et sculptures mélangent environnement du bureau, fourrures et palmacées décoratives. Ces rapprochements absurdes tournent en dérision le monde du travail et nos lubies exotiques. Il s’amuse de nos préjugés en nous incitant à associer nos fantasmes à des objets de labeurs et d’inégalités sociales. Ainsi poussent un aspirateur dont le tronc se termine en cocotier qu’il appelle Aspiration Vacances (Totem-Voyage 12) ou une ventouse de toilette qui finit en palmier sur une île déserte (Totem-Voyage 09, L’Île). Ces sculptures font aussi une allusion parodique au Romantisme et à l’objéctification de la nature. Cela se traduit notamment dans le titre de ses pièces Échelle de Peintre (Romantique) ou Le Grand Tour a.k.a. Steppy. Cette relation homme-nature est présente dans sa pratique à plusieurs niveaux. On la retrouve dans ses fragments de paysage réalisés à partir de matériaux de construction, comme sa série sur les vagues en polystyrène ou ses falaises de briques. Elle est aussi manifeste dans ses travaux sur l’ornementation végétale, où celle-ci est extraite de sa narration architecturale pour se concentrer sur ses qualités de langage et en revisiter les connexions aux plantes et au vivant.

Marine Chevanse

Marine Chevanse, née en 1993, vit et travaille à Strasbourg.

Plasticienne et auteure, sa pratique relève autant d’une recherche anthropologique que de l’écoute d’un territoire et s’ancre dans la rencontre. Elle fait de l’immersion son protocole de recherches afin de révéler les gestes et les récits des êtres à la marge – qu’il s’agisse du milieu maritime ou du milieu sportif. Elle appréhende un environnement, expérimente les énergies individuelles et collectives, les points de rupture et les manières d’habiter ces territoires afin de soulever leurs enjeux sociologiques.Il s’agit d’abstraire des réalités observées, transmises pour évoquer des espaces invisibilisés. Avec une attention particulière portée à l’outil et au corps en mouvement, elle développe des installations, un travail sculptural et pictural.

 

 

Jamila Wallentin

De culture franco-allemande, Jamila Wallentin vit et travaille à Strasbourg. Originellement adossée à une pratique du textile avant d’étudier l’archéologie et l’histoire de l’art, elle poursuivit une formation en Art – Objet et Bijou contemporain à la Haute Ecole des Arts du Rhin ainsi qu’à l’ Akademie der Bildenden Künste de Nuremberg.
Ce parcours entrecoupé de deux années de voyages nourrit considérablement ses
recherches actuelles. Investiguant le corps par des travaux de petite taille, elle dépasse cette dimension pour se confronter à de nouvelles échelles sculpturales dans l’espace. Elle fait face à beaucoup d’évidence intuitive, son travail se développe dans l’expérimentation des matériaux.
Diplômée en Juin 2018, elle obtient le prix du mémoire pour les “Zusammehänge” (les liens suspendus), une suite de récits, témoignant de l’importance des rencontres dans sa pratique artistique.
En 2020 elle intègre les ateliers de la ville de Strasbourg et en parallèle de ses recherches plastiques, elle obtient le Master 1 critique-essais, écriture de l’art contemporain à la faculté des arts visuel.
Ses expositions et projets récents incluent : Avec délicatesse, Galerie Robet Dantec, Belfort (FR) ; MKG Messe ; Hambourg (DE) ; BRIO, Galerie HECTAR, Bruxelles (BE) ; Résidence de recherche, Musée du feutre, Mouzon (FR) ; séjour de recherche au Kirghizistan, projet « Une histoire, une prière, un espoir » avec le soutien de la DRAC Grand-est ; Passe partout, Biennale du Sentier des passeurs, Vosges (FR), À vos corps ! Centre d’art Eleven Steens, Bruxelles (BE) 2021 Looking at a blackbird, Kunstverein, Regionale 22, Freiburg (DE)

Anne Derivière

Une raideur tangueuse du tronc. Une résistance flottante de la tête. La météorite creusant le sol dans la violence de sa chute. Le trou fume, le son du crépitement a changé. La fumée gonfle jusqu’à se dissoudre dans le ciel. La vague s’élève transpercée par la lumière, le blanc mêlé à l’ocre quand elle craque. Les éléments s’entrechoquent, résistent, se pénètrent. Les forces opèrent. Je construis le fantasme de territoires introuvables et partout à la fois. Intérieur-Extérieur. L’échappée, au-dessus, en-dessous, au-delà.

Taegon Kim

A mes difficultés linguistiques de départ s’ajoutèrent donc des difficultés culturelles et personnelles à créer de la relation et à entrer en contact avec les autres, c’est-à-dire les membres de cette culture française qui se montrait, une fois dépassée la première impression somme toute familière, si différente. Pour tout dire, je ressentais une telle impossibilité à communiquer qu’elle rendait impensable toute possibilité d’intégration à un groupe quel qu’il soit en me faisant souffrir de mon isolement. Pour moi, qui était déjà peu enclin de par nature à rechercher la vie en société, entrer en relation avec mon entourage est alors devenu une nécessité absolue. C’est tout naturellement par l’intermédiaire de ma pratique artistique que j’ai tenté d’analyser et de résoudre mon problème relationnel. J’ai alors créé ce que j’appellerais des « objets collectifs expérimentaux » destinés à rassembler des personnes autour d’un dispositif à faire résonner des sentiments, un peu comme s’il s’agissait d’instruments de musique muets. J’ai alors invité tous ceux qui s’approchaient de mes travaux à participer à cette expérience qui n’imposait pas la maîtrise d’un langage commun mais seulement le désir de se réunir, ensemble, autour d’un objet artistique.