Sébastien Fernex

Je me laisse toujours guider par le bloc brut de pierre ou de bois, je ne conçois jamais d’idées à l’avance.Je me mets à l’œuvre seulement après avoir passé du temps dans la nature pour avoir la tête dans les étoiles et les pieds sur terre. Je me mets à l’écoute de la matière en devenir, et c’est là, les paumes sur le bloc indéfini, fragment d’une roche mère ou d’un arbre majestueux, que me parviennent les fulgurances d’une forme, d’une dynamique à exprimer. Les lignes qui se dessinent alors sont souvent organiques, voire végétales, et possèdent toujours ce mouvement ascendant, vertical, comme si la matière se voulait être un lien entre ciel et terre. Comme si les œuvres se voulaient les interprètes d’une cohérence intemporelle qui sous-tend la Vie de la nature en dépit des folies des hommes qui se croient en dehors d’Elle.Souvent une forme appelle un cristal ou autre pierre semi-précieuse pour se mettre en valeur, pour préciser son émanation.Je suis au service d’une matière en développement bien plus que la matière n’est à mon service, c’est ma façon de redonner la juste place à la nature dans ma vie.

Martin Schultz

« Martin Schultz compose des sculptures à l’identité trouble, où la fragilité latente de ses assemblages dialogue avec une histoire qui cultive le mystère de son dénouement.  Son répertoire orchestre la rencontre entre des objets trouvés sur son chemin et des formes créées de toute pièce à partir de différents matériaux, tels que le verre, le plâtre ou le bronze. En suivant le fil impalpable son intuition, l’artiste s’empare du pouvoir physique et symbolique des éléments qu’il choisit pour créer un jeu de combinaison régi par les propriétés de la matière. Ainsi, texture, poids, densité, résistance deviennent les ponctuations d’un langage silencieux constitués de fragments de monde.   Émanant d’épisodes autobiographiques, ses œuvres convoquent également certains motifs corporels récurrents, comme la main et le pied. Souvent représentées en pleine action et de manière légèrement dissonante, ces extrémités du corps, façonnées d’après la silhouette de l’artiste, contrastent avec l’immobilisme des objets existants.  Entre l’organique et le synthétique, les creux et les pleins, ses sculptures font tantôt s’empiler ou soulever, tantôt traverser et soutenir les différentes matérialités qui les composent, venant ériger dans l’espace des lignes simples et épurées, presque élégantes, malgré leur équilibre précaire.  Par ses agencements précis, témoins d’une introspection profonde, Martin Schultz s’amuse des rapports poétiques qu’il décèle dans son environnement quotidien. Il les cristallise dans un temps suspendu, mettant en scène leur sort incertain, tels des châteaux de sable portant en eux la promesse de leur effondrement futur. »                                                                                   Par Licia Demuro, critique d’art et journaliste indépendante 

Nahrae Lee

Diplômé d’un DNSEP Art à la HEAR de Strasbourg, Nahrae Lee née en Corée du sud, ayant grandieen Chine et aujourd’hui vivant et travaillant en France, explore les différences et les points communsqui, aujourd’hui, lient et définissent les êtres humains. En associant plastiquement et conceptuellement des éléments autobiographiques à d’autres plusuniversels, elle interroge la notion de norme et en propose une nouvelle définition à travers un monde qu’elle s’est créé au fil de sa vie et de ses expériences familiales, professionnelles et introspectives. Sa pratique s’étend de la vidéo à l’installation en passant par la gravure monotype

Yoshikazu Goulven Le Maître

Yoshikazu Goulven Le Maître développe une pratique de sculpture autour de la récupération et de la revalorisation de matériaux usagés pour créer un étrange bestiaire, à l’heure où la diversité du vivant disparait en masse. L’artiste recherche l’illusion de vie dans les objets délaissés du quotidien, dans les matériaux en marge de nos circuits de consommation. Il interroge leurs valeurs et tente de saisir une forme d’altérité qui leurs sont propres. Cette pratique évolue en s’adaptant aux contextes et contraintes, à la fois économiques et écologiques de son quotidien. Il essaie de penser son atelier comme un écosystème respectueux, de fonctionner en circuit-court, et de faire résilience vis-à-vis des méthodes de production contemporaines, tout en enrichissant sa technique par l’expérience de gestes instinctifs et répétitifs. C’est alors aussi, un moyen de faire du bricolage un outil de résistance politique, face à un monde où on ne comprend plus les mécaniques de nos objets. Yoshikazu tente ainsi d’interroger le fonctionnement de nos sociétés, en faisant appel à mes souvenirs d’enfance mais aussi à une grande mémoire collective. Son inventaire plastique dépeint un écosystème culturel contemporain façonné d’artefacts, sous la forme de représentation du vivant, mais aussi de nature morte.

Zoé Joliclercq

Zoé Joliclercq est artiste plasticienne et designer d’objets d’art en verre, textile et céramique. Elle crée des pièces uniques et contemporaines au croisement de l’art, l’artisanat et l’archéologie, en puisant dans les savoirs vernaculaires et les techniques traditionnelles. Ses créations sont réalisées avec des matériaux collectés dans ses milieux de vie.   Elle laisse le temps, le feu, la terre ou la pluie être cocréateurs : ils influencent la forme finale des sculptures. Il s’agit de trouver une place au sein de son environnement, d’interroger notre manière de faire mémoire en société, de faire famille, de vivre le deuil. Inventer de nouvelles manières de détruire, de (se) reconstruire, de protéger, de réparer, de se relier au sensible et aux éléments de la Terre.   Transformation de verreries brisées, incinération d’argile médicinale et de souvenirs d’enfance, altération de draps enterrés, tissage de cheveux blancs… Les œuvres témoignent de son cheminement intime et ouvrent un passage vers une voie onirique, introspective et sensible.

Zuzana Jaczova

Zuzana Jaczova est une artiste plasticienne, née le 9 août 1953 à Bratislava et qui a vécu à Strasbourg depuis 1975.Elle est décédée le 6 septembre 2020.Zuzana Jaczova a été formée à l’Académie de design de Eindhoven aux Pays-Bas et à l’École supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg.Son œuvre comporte sculptures, céramiques, textes, dessins et peintures dont plusieurs figurent dans les collections du FRAC Alsace et de l’Artothèque de Strasbourg. Le prix CEEAC Région Alsace lui a été décerné en 1993.Depuis 1981 et sa participation au Salon de la Jeune Sculpture à Paris, Zuzana Jaczova a exposé dans de nombreux lieux en Europe et au Canada, dont plusieurs fois au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, au Centre culturel français de Berlin, à la Passerelle à Brest et dans diverses galeries. Parmi ses nombreuses interventions dans l’espace public, on notera des sculptures pérennes en Alsace et en Allemagne. Zuzana Jaczova a été également enseignante en sculpture à l’ENSAS à partir de 2016.Marquée par un exil non choisi qui l’a conduite, à l’âge de 17 ans, de Bratislava à Eindhoven, Zuzana Jaczova n’a cessé d’interroger la notion de frontières qu’elle visait à franchir, à la recherche d’un équilibre « juste » : frontière entre la peinture et la sculpture, entre l’abstrait et le figuratif, entre le mat et le brillant (mise au point d’un enduit à la caséine utilisé dans toute son œuvre picturale), entre légèreté et volume, fragilité et solidité…Ses dernières réalisations pour la Fête de l’Eau en Alsace (sculpture in situ et exposition de peintures) illustrent explicitement son ressenti d’artiste « Peinture ou sculpture : je ne perçois aucune différence ».Les Ateliers ouverts sont l’occasion de rendre hommage à une artiste reconnue et une belle âme. Ses œuvres seront présentées.

Giom Von Birgitta

En 2017, les envies de création qui sommeillaient en Giom Von Birgitta depuis plus de 10 ans commencent à poindre. Ou alors elles demeurent simplement aussi vivantes qu’avant, mais deviennent visibles par l’œil et l’esprit jusqu’alors concentrés sur d’autres priorités. C’est alors qu’il a rencontré la terre et qu’ils ont échangé. Des mots. Des silences. Des promesses. Des envies. Des peurs. Des doutes. Des convictions et bien d’autres choses encore…

C’est une rencontre : celle d’un parcours, d’un artiste et de la matière, de toutes ses forces. C’est une histoire : de liberté, d’humilité, de patience et de partage. C’est un lieu : signe d’une époque éteinte, mais qui sait se réinventer, bouillonnant de ses nouveaux espoirs. Les créations de Giom Von Birgitta sont tout cela, même si elles renferment une part d’indescriptible magie – celle qui nous échappe toujours – comme forgées par la somme de nos émotions les plus essentielles, à la croisée entre la puissance originelle des éléments et un territoire tout à la fois brut et sensible.

Frank Morzuch

Artiste visuel franco-canadien, Frank Morzuch explore les questions liées au paysage, qu’il soit virtuel, naturel ou construit, en interrogeant plus spécifiquement le point de vue à partir duquel s’exerce la vision. Ses propositions présentent une intrication subtile de la matière et de la lumière, associant des matériaux tels que branches et cailloux à des dispositifs électriques et magnétiques nécessaires pour tisser et défaire «l’étoffe du visible».S’intéresse aux chiffres et à leur incidence spatiale.D’une manière plus conceptuelle, ce travail le mène, dans le champ de l’histoire de l’art, à partir des gravures d’Albrecht Dürer, à questionner l’espace du regard afin d’imprimer son dessin non plus sur du papier mais directement dans l’esprit du regardeur.

Hugo Carton

La pratique de la céramique est au carrefour entre celle de l’artisan et de l’artiste, entre l’utilitaire et le sculptural. Hugo Carton prend souvent le parti de ne pas dissocier les deux. Ses sculptures-objets ne sont pas exposées ; elles habitent les lieux comme des choses vivantes, révèlent la continuité entre l’art et la vie quotidienne.

Aux antipodes de la production en série d’objets industriels, chaque objet est unique, possède son histoire et sa présence propre, voire même une personnalité. La figure humaine revient presque systématiquement dans ses productions, comme une célébration discrète de la collaboration de l’Homme aux éléments.

C’est, entre autres, l’observation du monde sur le temps long qui nourrit son travail. Aussi, le végétal occupe une place de plus en plus importante dans ses créations. En effet, il ne cherche pas à le représenter comme il le fait avec le corps humain, mais plutôt à intégrer de vraies plantes dans ses sculptures-objets.
Les végétaux, tantôt habitants, tantôt habités, composent avec l’argile des paysages miniatures, des planètes de poche évoluant au gré des saisons.

La présence quasi vivante de ces objets évoquent aussi un rapport presque animiste à la matière, ils rappellent une certaine filiation entre l’argile et la chair.
Même quand la figure humaine n’est qu’esquissée, presqu’absente, la souplesse et la mollesse est toujours évoquée.

Hugo Carton a parfois recours à la cuisson électrique ou au gaz, pour des contraintes de temps. Mais dès qu’il le peut, il prend un grand plaisir à cuire ses pièces dans un grand four à bois qu’il a construit, et qu’il modifie au gré des cuissons.
Le temps de la cuisson est un moment à part entière faisant un pont direct entre vie et travail créatif : c’est un temps de réunion à la fois tranquille et actif. Les personnes présentes s’alternent pour nourrir le feu, qui brûle souvent plus de 12h consécutives.
C’est une communion entre humains, mais aussi avec les éléments : en plus du feu, l’air, la terre et l’eau sont mis à contribution lors de cet événement.
Au plus haut de sa température, le four atteint les 1300° et reste chaud pendant encore 48h à 72h après la fin de la cuisson.

Yves Bingert

Sculpture sur bois et pierre. Installations polymorphes . Taille directe , assemblages . Abstractions figuratives animalières de thèmes mythologiques. Constructions en matières organiques et associations de matériaux. Signe particulier : travail de la rhyolite ( roche volcanique rare), exploitation de matières sylvestres dans une attitude postcroissante.