Jacky Schieberlé

Le travail de Schieberlé est proche de celui d’un plasticien réalisant des collages. Dans un premier temps, il crée des images par superpositions parfois multiples, puis après développement, il colle sur ce « fond », des éléments prélevés dans ses propres photos ou dans des magazines, ou pose simplement dessus de petits objets. De cette nouvelle opération, naît par télescopage une nouvelle image qu’il photographie à nouveau. Ce processus rudimentaire qui laisse la place au hasard et à l’accident, produit des images d’une indéniable force visuelle. Dans le cas des images de Schieberlé, on ne peut pas vraiment parler d' »œuvres » au sens d’un achèvement. En effet, il réalise de nombreuses versions de ses photos, qu’il modifie et re-photographie à l’envi. Quant il regarde son travail, c’est toujours avec l’idée d’en retrancher quelque chose ou d’y ajouter des éléments. Il ne s’agit pas de la marque d’une perpétuelle insatisfaction face à un travail qu’il faudrait sans cesse peaufiner pour tendre à la perfection, mais plutôt de l’intuition, que les images rendues visibles sur le papier, sont des objets dont l’essence même est d’être en perpétuelle mutation. C’est sans doute pourquoi Jacky Schieberlé manipule ses images sans ménagement, qu’il ose tailler dedans à coup de ciseaux, qu’elles n’ont pas de format bien déterminé, et qu’elles s’entassent dans ses tiroirs ou sur des clés USB, dans l’attente d’une nouvelle idée qui les transformera. Texte : Inès P. Kubler

Melissa Decaire

Le paysage et le patrimoine en tant que valeurs humaines est au centre de ma pratique photographique plutôt documentaire qui se traduit dans des travaux au long cours sous forme de séries.  Mon travail fait ressentir des présages, une sensibilité où se profil ce qui demeure, ce qui s’efface, ce qui se transforme. Il s’entremêle à des archives vestiges du temps,  à des écrits et des questions qui agitent le monde.  Depuis toujours, je m’affaire sur des sujets proches de moi, qui me concernent directement. La métamorphose du quartier Coop en est une bonne expression.  Depuis plusieurs années, il est aussi question d’un fleuve mythique, légendaire et du petit patrimoine religieux qui le peuple, le rend encore plus grand et me console dans mes afflictions.  Plus récemment, j’ai exploré ce même cours d’eau sous un angle empreint de mystères par l’entremise d’un immense poète et son tombeau.

Ines P. Kubler

Pendant plusieurs années je pratique le dessin, le collage ou la peinture sur papier, à la recherche toujours insatisfaite d’un terrain d’expression qui me soit propre. Ce terrain je le découvre enfin lors d’une expérience professionnelle forte au cabinet du Docteur Jean Pillet, spécialiste en prothèses médicales dont la troublante esthétique illusionniste les rend presque invisibles. Cette expérience est fondatrice, car c’est là « sur le tas », que je sculpte quelque chose pour la première fois ; et c’est là aussi que je rencontre mon matériau de prédilection : la cire, dont la nature de caméléon tantôt  fluide ou solide, opaque ou translucide, m’a immédiatement séduite. Depuis, mon travail se développe essentiellement en volume, sous la forme de séries de sculptures ou petites installations, et la cire est devenue un matériau indispensable, presque un fétiche. Le travail que je poursuis sonde la matérialité des objets. Guidée par leur fort pouvoir d’évocation, je les manipule, laissant volontiers la place à l’accident. Je coule la cire, y agglomère divers matériaux, grave ou teinte certaines surfaces, parfois en lutte avec le tempérament de l’objet qui me contrecarre. Par ce processus qui peut s’apparenter à un collage, je tente de mettre au jour des aspects de la personnalité des choses jusque là restés invisibles. L’objet se déploie hors des limites imposées par l’usage, pour se glisser dans une toute autre peau et de nouveaux champs d’interprétation. Le caractère transitoire de la cire en fait des objets incertains, passagers d’un monde qui ne l’est pas moins.

Mélodie Meslet-Tourneux

A rebours de la révolution numérique et du « tout dématérialisé », Mélodie Meslet-Tourneux investit depuis dix ans la céramique qu’elle marie à la photographie argentique dans un minutieux travail artisanal qui révèle simultanément images et volumes. Travaillant étroitement avec des potiers aux savoirs immémoriaux, elle est guidée par des postures, des façons de préparer la terre, mais aussi d’être potier. C’est par l’observation et le mimétisme gestuel que Mélodie s’imprègne d’un site et de son histoire. Elle modèle, tourne, monte la terre à la plaque ou au colombin, prend autant de notes dessinées, écrites que photographiques, pour constituer une collecte hétéroclite de sources. Elle ne néglige aucun mode d’écriture pour embrasser un sujet. Le résultat de ses recherches génère de multiples traces, documents et objets qui parfois s’hybrident avec finesse et sous la forme de pièces témoins aussi bien inédites que chargées de mémoire. De cette façon, en 2015, l’artiste a travaillé avec les potières de Dioulasso Ba au Burkina Faso aux cotés desquelles elle a réalisé des répliques d’objets traditionnels détournés de leur fonctions premières. Terre Burkinabée présente ainsi des contenants oblitérés par des clichés qu’elle réalisa de femmes façonnant la terre. En 2016, Bleu fassi raconte la rencontre avec des potiers d’un atelier marocain au travers de créations de monotypes, d’une vidéo et de photographies dont certaines sont développées sur la face des stèles modelées. Lors de ces expériences, Mélodie Meslet-Tourneux a perfectionné une technique de travail personnelle. Elle fait apparaître des images à la surface des reliefs de la terre cuite par l’usage de gélatines photosensibles. Ces expérimentations sont parfois longues et aventureuses, mais font partie du processus de recherche qu’elle élabore à chaque fois différemment pour faire advenir ces objets comme des apparitions visuelles et révèle ce qui habituellement ne se voit pas. Des lieux, des gestes, des situations de création, des histoires d’atelier dont l’objet devient le témoin. (…) ( Texte de : Sophie Auger-Grappin Critique d’art Directrice du centre d’art contemporain le Creux de l’enfer, Thiers)

Jan Stevens

L’observation attentive de la nature et de ses composants est au cœur de ma pratique. Je considère l’ensemble de mon travail comme une sorte de réserve accumulant et abritant de mes tentatives de rendre visible la vulnérabilité et la ténacité du monde végétal et minéral. Souvent en symbiose avec le dessin et la gravure, j’expérimente d’autres matériaux. Les recherches fragiles et éphémères sont « préservées » par la photographie, qui à son tour me fournit un moyen d’explorer les changements d’échelle. La lumière, qu’elle soit projetée, réfléchie ou bloquée et la transparence ou la superposition peuvent interagir et parfois d » déconcerter.

Jacqueline Bilheran Gaillard

Un triple travail de photographie, de peinture-techniques mixtes et de sculptures-assemblages. 

Mon regard saisit de la beauté dans ces continents de déchets produits par la consommation de masse ou dans les lieux désertés d’une industrie périmée. Mon objectif photographique y prélève les couleurs de ma palette et les formes de mes motifs artistiques : métal, papier, plastique, entassés, écrasés, plissés, déformés, colorés. Le fouillis de formes et de couleurs que je saisis dans ces tas de détritus ou ces lieux à l’abandon, deviendra peintures, sculptures, photographies plasticiennes. Mes photos sont donc à la fois le point de départ, le matériau de mon travail pictural par l’usage du transfert, et un aboutissement quand je les retravaille, que je photographie des fragments de sculptures ou que je peins des sculptures photographiées. De la photographie à la peinture, de la peinture à la sculpture, pas de choix exclusif des médiums ni des matériaux, mais un même univers, la poésie de l’abandon, la beauté des objets qui ont perdu leur usage familier et subi l’usure du temps et la déformation aléatoire de l’entassement, celle aussi, volontaire, de l’artiste démiurge qui comprime, écrase, fond, déchire, plisse, assemble, colore, peint.

Mes peintures et mes sculptures empruntent au Pop Art américain ou au Nouveau Réalisme une part de leurs techniques et leur fascination pour l’univers de la culture populaire à l’époque de la consommation de masse. Tout dans le monde qui nous entoure, même les objets les plus triviaux, peut faire art. Il n’y a pas de hiérarchie des formes et des matières. Le sens, l’émotion et le beau peuvent surgir là où on ne les attend pas. En cela je produis sans doute comme une archéologie et une mémoire de ma propre culture, celle de la pénurie de l’après-guerre où l’on ne jetait rien, où tout pouvait être réutilisé. Celle aussi des Trente Glorieuses et de l’abondance inouïe promise par de nouveaux matériaux et de nouvelles techniques.  

Travail de généalogie, d’interprétation, pour retrouver, sous les strates du présent, dans ces restes relégués aux marges, ce qui fait encore sens. Mais travail d’une époque qui n’est plus celle de l’émerveillement devant le ready made ou la vitrine de Noël du Grand Magasin, mais celle de la catastrophe annoncée et du tragique de l’excès, de l’accumulation et de la décrépitude. Fascination pour les pertes, les destructions, les formes du difforme, pour les formes de ce qui est exclu comme déchet, déprécié par la culture dominante et qui devient signifiant pour l’artiste.

 

Violaine Chaussonnet

Mon travail en ce moment tourne toujours autour des miroirs ronds et carrés, de l’eau, de ma main, des broussailles et surtout de la lumière.
C’est un travail qui utilise l’appareil photo argentique.
C’est un travail qui cherche à attraper quelque chose tout au bout dans la lumière et qui passe par les images et par les mots de plus en plus.
C’est un travail qui cherche ce qui sauve.
Tirages jet d’encre divers format et livres d’artiste.

Nathalie Ramirez

J’ai toujours oscillé entre réel et irréel, équilibre et extravagance, raison et excentricité. J’aime la rencontre entre l’originalité, l’anormal, l’exubérance. Je m’évade volontiers vers des créations atypiques, parfois déroutantes pour les puristes de la photographie. Pour moi, la photographie sert aussi à exprimer une pensée, une émotion, des sentiments ; elle doit être belle, vivante, vibrante et significative de son temps. Dans mon travail le choix du rendu est primordial, que ce soit par la photo émulsion ou par la photographie sur toile, j’aime que l’image soit confrontée à la matière.

Les J’mages

Les J’mages rassemblent deux faiseuses d’Images, Jeannine et Julie-Anne Weber, une mère et sa fille, complices dans leur regard sur le Monde qu’elles osent réinterpréter avec un zeste de folie et un brin de magie… Derrière son objectif photographique, la première saisit au gré de ses pas, aux détours des chemins, les beautés naturelles de petites merveilles parfois ignorées. Nourrie de contes et légendes, la seconde quant à elle utilise la technique de l’aquarelle pour illustrer ses rêves, revisiter et enchanter la pellicule. Leurs deux arts visuels réunis offrent, aux petits comme aux plus grands, des « tableaux-photos » oniriques et récréatifs, emplis de fantaisie, de poésie et d’espièglerie, au travers desquels chacun pourra s’évader du quotidien et s’inventer quelque historiette peuplée de créatures imaginaires… Les J’mages ont également choisi de décliner leurs créations originales sur des impressions textiles pour des coussins ou des transats inédits propices à la rêverie.

Alicia Gardes

Je suis photographe et vidéaste. J’ai découvert la photographie argentique et le moyen format au début de mes études d’arts, avant de me tourner vers le cinéma et la vidéo. Mes images se veulent contemplatives et poétiques, tout en jouant sur les frontières entre mise en scène et documentaire. C’est par ce chemin que je tente d’amener le spectateur à questionner les normes, les stéréotypes, les rapports de pouvoir. Depuis plusieurs années, je porte également un projet de photographie documentaire intitulé Girls wanna have strength qui questionne la perception de la force physique chez les femmes, grâce à des portraits de sportives professionnelles. Je réalise aussi des images sur commande, principalement pour la musique (pochettes de vinyle et cd, clips vidéo, portraits d’artistes).