Alexandre Tal

L’espace d’une feuille est comme une aire de jeux. C’est un endroit où je m’amuse, où je doute, où je réussis, où j’échoue, où j’essaie, où je réfléchis, où j’explore.

PS: Ne pas sous-estimer le pouvoir distrayant du toboggan.

Jacky Schieberlé

Le travail de Schieberlé est proche de celui d’un plasticien réalisant des collages. Dans un premier temps, il crée des images par superpositions parfois multiples, puis après développement, il colle sur ce « fond », des éléments prélevés dans ses propres photos ou dans des magazines, ou pose simplement dessus de petits objets. De cette nouvelle opération, naît par télescopage une nouvelle image qu’il photographie à nouveau. Ce processus rudimentaire qui laisse la place au hasard et à l’accident, produit des images d’une indéniable force visuelle. Dans le cas des images de Schieberlé, on ne peut pas vraiment parler d' »œuvres » au sens d’un achèvement. En effet, il réalise de nombreuses versions de ses photos, qu’il modifie et re-photographie à l’envi. Quant il regarde son travail, c’est toujours avec l’idée d’en retrancher quelque chose ou d’y ajouter des éléments. Il ne s’agit pas de la marque d’une perpétuelle insatisfaction face à un travail qu’il faudrait sans cesse peaufiner pour tendre à la perfection, mais plutôt de l’intuition, que les images rendues visibles sur le papier, sont des objets dont l’essence même est d’être en perpétuelle mutation. C’est sans doute pourquoi Jacky Schieberlé manipule ses images sans ménagement, qu’il ose tailler dedans à coup de ciseaux, qu’elles n’ont pas de format bien déterminé, et qu’elles s’entassent dans ses tiroirs ou sur des clés USB, dans l’attente d’une nouvelle idée qui les transformera. Texte : Inès P. Kubler

Le Colonel

Présentation du travail de Bruno Lagabbe dit le Colonel
Les collages : Image reconstituée – Néo-dadaïste des sixties – Détournement de la publicité à des fins dramatiques – Jolies nuisances
Issu de la mouvance « punk » de la fin des années 70 et ses collages en papier déchirés « Le Colonel » développe avec le temps une esthétique « hors d’âge » à partir de la déstructuration au ciseaux des images de la réclame naïves et surannée des magazines de l’après-guerre et des revues spécialisées, périodiques de science, médecine, mode, cinéma. Evitant les carambolages incongrus
violent et hasardeux la démarche va vers la reconstitution en douceur d’images surréalistes ou les éléments des sources multiples s’assemblent dans une harmonie retrouvée faisant oublier les trucages de la pratique.
Depuis peu réalisation de « sculptures insolites » œuvre en trois dimensions par assemblage d’objets, dans le même esprit « hors d’âge » et non dénués d’humour.
Exemple : Le Porte-Greffe : récupération et installation d’un tire bouchon classique en cèpe de vigne (un classique des marchés aux puces) mis en pot et agrémenté de feuilles et de fleurs laissant apparaître le tortillon de métal de l’outil. (voir photo)

Jeanne Bischoff

Tantôt savante, exploratrice ou alchimiste, la plasticienne Jeanne Bischoff navigue avec manœuvre et sagacité parmi les ouvrages et archives anciennes (La Mode Illustrée, Maria-Sybilla Merian, Conrad Lycosthenes, etc.). De ces différents fonds, patrimoniaux ou personnels, l’artiste expérimente le support pour en extraire la trace intangible, souvenir du passé, histoires illustrées, littéraires, graphiques ou historiques.

Formant les sillons d’une recherche intime au sein de l’image, Jeanne Bischoff scrute l’empreinte avec minutie, prélève le détail et retient la forme. Dans l’humilité de ce terreau visuel confidentiel, l’artiste pétrit avec instinct, façonne et sublime l’image jusqu’à épuisement par le geste et l’ordinateur. Purs et anonymes, ces motifs résiduels parachèvent ainsi la première armature de ses créations.

De cette lente consomption de l’archive (re)surgit une œuvre résiliente, protéiforme et ondoyante. Dans l’élégance d’un mouvement aérien, les formes vibrent de concert avec la couleur et distillent l’énergie d’un motif sans cesse renouvelé, composant une odyssée visuelle et sensorielle exaltante.

Tel un art de la mémoire, Jeanne Bischoff dévoile un ailleurs poétique, entre nostalgie et archive collective. Excluant le décoratif pour n’en conserver que la confidence d’une image, l’artiste confère à l’expérience de la forme et du motif, la délicate résurgence d’un intime souvenir. Elodie Gallina, chargée des relations internationales au CEAAC (Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines, Strasbourg) Septembre 2020.

Ayline Olukman

Ayline Olukman a une pratique pluri disciplinaire qui aborde la notion d’intimité et de nostalgie. Elle utilise la photographie, la peinture, l’écriture, la gravure et le dessin. « Maintenir ma quête de l’errance, c’est une quête en elle-même. J’ai fini par admettre que la question du déplacement est centrale dans ce que je fais. Un non-lieu commun à chacun. Pendant longtemps, dans ce rapport à la nostalgie, j’étais dans le désenchantement de ce temps que rien ne retient. Puis, j’ai réalisé que non. L’image n’ est qu’une image mais elle a un statut réel ; elle existe par elle-même, ce qui provoque un certain déséquilibre. D’où mon interrogation constante sur la création elle-même. »

Pascal Henri Poirot

PHP par Henry Cow (extrait)trad:Ruth Goodwin. Dés le début des années 80 ,et comme tant d’autres Poirot est un « sérial painter » Les  canapés ,les architectures,le chantier,les objets, le théâtre de l’atelier et ses acteurs, forment une fiction figurative ou le mythe affleure dés qu’ on le convoque et a la visite de curieux livres peints d’assez grands formats,des carnets de croquis anciens s’empilent dans la grande étagère de l’atelier et semblent nourrir la production Depuis je crois 2000 il peins la peinture du paysage , tout d’abord la ou l’archéologue termine son travail de découverte au pinceau :dans le livre « l’ocre du lœss » ,puis avec les Vosges ,curieusement d’après des décors de théâtres parisiens de la période 1870-1914, la ou apparaît le mythe de la « ligne bleue » , enfin il attaque maintenant une série nommée « Austral » motivée par un périple en 1996 dans le désert australien et la rencontre avec les artistes des antipodes. Les échanges et des résidences en Australie puis en Nouvelle-Zélande se poursuivent avec les séries en cours (Execution..etc) Un travail avec la ruche et l’abeille (,L’arbre-rucher,l’alvéole) commence également en 2010 sur le chemin des passeurs…

Bill Noir

Bill Noir travaille depuis l’été 2022 à l’atelier Pare-défaut.
Atelier partagé avec Paul Souviron, Mathieu Tremblin et Corentin Seyfried.
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Fragments de papiers ou peaux filigranées ? Les surfaces imprimées du vingtième siècle, nobles lambeaux d’époque, sont une source intarissable d’émerveillement. Véritables cornes d’abondance de textures, de couleurs, de teintes et de tailles, les images qui peuplent ces livres anciens et ces revues offrent une généreuse palette au compositeur de collages. Jeune centenaire, le collage est une pratique, mais aussi un acte brutal, iconoclaste, engagé, qui ouvre notre perception vers des associations imprévues et d’infinis rapprochements. Il n’en est pas moins une technique rigoureuse, qui utilise ce désordre inspirant, dans une démarche assumée au sein d’une errance constructive. La première étape repose sur la récolte d’éléments. Une collecte minutieuse de documents, en de multiples lieux et à propos de sujets variés ; notamment sur des actualités passées ou des recueils encyclopédiques. Rester aux aguets de la rencontre, éplucher ces trouvailles avec curiosité, voir dans ces reliques la singularité et le pouvoir de fascination de certaines images porteuses de détails abstraits permet de se projeter dans des envies de compositions. Vient ensuite le dépouillement. Le temps consacré au classement, à la découpe, au défrichage. C’est l’occasion de concasser, de définir les lignes, en utilisant les ciseaux comme crayon. De ces multiples destructions résultent des fragments, des monticules d’ingrédients, qui viendront bientôt nourrir l’espace de travail. Le bureau du collagiste devient alors laboratoire. C’est le moment où je commence à classer, à ranger, à piocher pour opérer des confrontations, des connexions. M’enivrant du désordre ambiant, la perte de repères prépare souvent le jaillissement de la surprise. Cet étonnement me permet alors de saisir des équilibres infimes. A ce stade les rebuts, les chutes de découpes et les formes isolées deviennent des trésors à exploiter. Le mariage des tons, la vibration des éléments entre eux sur le support me feront considérer le vide comme un acteur de la symbiose. A travers ces montages incessants, ces recherches improvisées, le cumul de mes créations délivre un langage graphique, fait de jeux inconscients, de récurrences et de règles implicites. L’espace de la page m’amène à rechercher la profondeur, l’ouverture vers la troisième dimension par l’empilement des strates qui se superposent, s’emboitent, se piétinent. Lorsque tout me semble en place, vient l’ultime phase qui est de coller. Ceci fige les choix, laisse une place aux derniers doutes, en vue des ultimes modifications. C’est le risque des regrets d’auteur ou des occasions manquées, afin d’achever de façon synthétique et pour laisser la place aux idées fortes. En tant qu’il est issu d’un collage, le mot chaosmos pourrait peut-être désigner ce processus.

Lucie Muller-Karapostoli

« la fonction de l’artiste est fort claire: Il doit ouvrir un atelier et y prendre en réparation le monde, par fragments, comme il lui vient. » Francis Ponge

Michael Hein

Je considère mon travail artistique comme un contrepoint de mon travail de peintre de théâtre, mon gagne-pain, qui se caractérise par un travail planifié en équipe. Tout au contraire les points de départ de ma création artistique: C’est d’errer à travers et travailler devant la nature. De capturer un motif, c’est comme partir à la chasse. La réussite est toujours un grand bonheur. Dans mes œuvres abstraites il s’agit d’inspirations par des matériaux que je sors des déchets et des objets trouvés lors de mes promenades au fil du l’hasard dans la nature. Il en résulte des œuvres multicouches, constitués de structures colorées avec des pénétrations et des superpositions. Mes œuvres sont involontaires, elles ne sont pas formulées conceptuellement, ce sont des émotions délibérément libérées. Elles s’orientent vers la forme libre, loin des limitations telles que le format et le cadrage.

Fabienne Weber

C’est un travail en constante évolution qui oscille entre une abstraction géométrique dont la pièce fondamentale est un polygone cruciforme aux proportions définies et une abstraction libérée de ses contraintes mathématiques.

Fabienne Weber, artiste plasticienne

         Au commencement était l’élément cruciforme tripartite, la particule élémentaire de l’univers de Fabienne Weber. À la fois grain et vibration. Brique et fenêtre. 31 cm sur 17 cm, dans un rapport immuable, la croce (la croix en italien) de la plasticienne s’est démultiplié à l’échelle 1/10eet rythme l’espace. Elle ne le module pas seulement, elle le pénètre. Avec une gourmandise ordonnée.

         Une exploration pointilliste, où il ne s’agit plus de penser l’espace entre les points, mais d’envisager la nature même du point, discerner sa matière, sa profondeur, son étoffe. Les croci, figées dans leur réseau cristallin, en suspens dans le temps, sont autant de fenêtres s’ouvrant sur un au-delà, sur un alter mundus. Le tableau de surface, grillagé par les éléments cruciformes, déplie ses trois dimensions, dans la matérialité même de la cage du monde — dans l’épaisseur des barreaux.

          Ces croci devaient être planes, horizontales, posées comme autant de briques paisibles, nous laissant entrevoir un multivers éclaté, en formation, plein de couleurs et d’espoir. Mais le bruit et la fureur se sont abattus sur l’Ukraine, le monde de l’artiste a basculé et les croci ont basculé avec lui. Elles ne pouvaient résister qu’inclinées à 50 degrés, dans un déséquilibre rageur, tels les hérissons antichars de la grande avenue d’Odessa. Et par ces meurtrières obliques, la plasticienne fut submergée par la douleur du monde. 

           Ainsi est née l’Ère ferrugineuse.

          Les éléments cruciformes tripartites sont faits de ce tourment : peaux de mouton grattées, papiers calcinés, restes de tissus des ateliers de l’opéra, fragments d’œuvres classiques où l’on perçoit encore des restes d’humanité.

         Passé la zone blanche, la stase, une traversée cathartique où la croce est sculptée, creusée, traitée en bas et haut relief, la plasticienne retrouve ses émotions positives et primordiales, dans un flot de couleurs et de chatoiements. Parce qu’il lui faut renouer avec l’espoir. Dire sa foi en la vie.

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