Pauline Dubost

La peinture sous verre est merveilleuse. Le verre donne au tableau une lumière étincelante, les couleurs sont éclatantes. On plonge dans le tableau, ses couches, ses transparences et dans les eléments. Vivants et organiques, ils composent le tableau en harmonie avec la figure. J’aime quand la peinture raconte une histoire, qu’elle oscille entre réel et monde rêvé, que le spectateur se perde dans un univers un peu chaotique mais toujours tendre.  Les repères propres à la figuration, nous rattachent à nos souvenirs. Les eléments, au traitement plus  abstrait, sont plus sensuels et sensoriels.  Je joue à perturber les sensations du réel par la peinture et son traitement plastique, par la couleur et avec la lumière.  J’ai trouvé en la peinture à l’huile sous verre l’extase de peindre. Ouais, carrément. Elle est devenue « mon médium ». Fabuleuse technique, elle me donne envie de travailler, d’expérimenter, de chercher, de comprendre et de m’émerveiller inlassablement.

Valérie Demenge

De son oeil d’artiste formé dès le plus jeune âge, Valérie Demenge a gardé une sensibilité particulière pour capter et retranscrire les lieux qui l’entoure. Avec ses études d’architecture d’intérieur à Camondo, ce sont d’abord des lignes et des perspectives saisis sur des croquis qui se projettent sur des aquarelles aux couleurs méditerranéennes et pastels. De ces ébauches résultent des toiles abstraites travaillées entre Paris et l’Alsace qui, avec le temps, se sont désagrégées en un ballet de formes et de contrastes diffus. La technique de l’huile et des textures font alors cohabiter l’ombre et la lumière. L’étude des espaces de vie quotidiens fait naitre des constructions éphémères auxquelles les tableaux de Valérie Demenge peuvent rendre une vie durable. En partant de la contemplation d’un intérieur, de la nature (avec les arbres et les châteaux des forêts vosgiennes) ou de la ville (des toits de Paris ou Rome aux grattes-ciels de Chicago ou aux ponts de Porto), c’est la même lumière universelle qu’essaye de transmettre Valérie Demenge qui considère ses tableaux comme des « passeurs de lumière ».

Magalie Ors

Après une formation universitaire de trois ans, Je me consacrais à mes propres expérimentations. Pour moi la matière picturale n’est pas prédéfinie, mais présente dans tout. Ma sensibilité me poussant vers des techniques éthérées, non immédiates et en perpétuelle évolution, je me suis tournée vers une technique mixte à l’encre, à l’acrylique parfois, et au papier collé, arraché, gratté, déchiré, superposé. La vision du paysage s’impose d’emblée comme un référent, un champ d’expérimentation et d’expression. Bien qu’omniprésent et commun à tous, le paysage côtoie l’intime, le particulier, le souvenir, l’émotion. Je travaille souvent d’après une photo. L’image se retrouve alors nue et brute. Un souvenir se superpose à un moment ou à un autre et imprime une émotion, et l’image retrouve avec la peinture, substance et présence physique. Ce mécanisme d’éloignement et de rapprochement successif apporte la distance nécessaire pour revenir à l’essentiel, à l’essence du paysage.

Claude Lory

Dans mon travail plastique, j’utilise les matériaux les plus divers, le plus souvent issus du quotidien. Avec eux, je joue, j’expérimente, je tisse et je fabrique des volumes.Pour fabriquer le plaquage, l’homme installe le tronc d’arbre sur un tour à bois, sorte de grand taille-crayon. Cette machine va le démembrer et le dérouler. Il peut ainsi voir passer tous ses rayons médullaires à plats ; trace d’une histoire mise à nue. Dans mon travail artistique, je redonne corps à cette matière, par une action méticuleuse et lente, telle une méditation. Je ré enroule ce plaquage rayon après rayon comme un mantra énoncé, sorte de cheminement de pensée. Je reconstruis le début d’un paysage dans lequel des végétaux imaginaires reprendraient leur chemin vers une expansion, exploration de formes et de croissance.

Agnès Weill

Mon travail est une exploration récurrente de la couleur, une expérimentation de superpositions, de juxtapositions, de transparences. La réalité n’est qu’un point de départ, prétexte à faire infuser et diffuser les couleurs. J’aime travailler vite, de manière « jetée », peindre des séries en parallèle parce qu’il faut explorer tous les possibles. Mes gestes tantôt amples, tantôt saccadés font se confronter et s’accorder (parfois, j’espère) taches et graphismes. En peinture, j’utilise des pigments et une émulsion (dite de Wacker), à la recherche de transparences. Parmi les infinies possibilités techniques de la gravure, j’aime le bois « à plaque perdue », avec ses superpositions de couleurs, ses passages successifs plus ou moins bien calés, comme autant d’occasion d’accidents. Sur le zinc, je pratique l’aquatinte et l’eau forte, façons de continuer mes recherches sur les rapports entre lignes, valeurs et textures.Dans mon musée imaginaire j’ai déjà mis : les ciels d’Eugène Boudin, les fenêtres (ouvertes) de Pierre Bonnard, les gravures sur bois de Munch et … beaucoup de peintures de Per Kirkeby.

Noémie Chevaux

Noémie Chevaux est autodidacte. Elle a développé son langage dans son propre univers, avec sensibilité, humour, poésie, finesse et souci du détail. Riche et multiple, elle développe des créations protéiformes qui explorent le dessin, la peinture, le collage, la sculpture, la photo ou l’art digital. Noémie laisse son intuition et ses recherches la guider vers les clés scientifiques qui ouvrent les portes de chemins impossibles. Avec douceur et délicatesse, l’artiste crée des variations sur la vie, le corps et l’espace-temps. Ses abstractions ne sont que d’apparence et le spectateur est enveloppé par ce débordement d’énergie, voyageant du microcosme au macrocosme, sur le fil entre le visible et l’invisible, au gré des chemins spirituels, des émerveillements scientifiques, du regard acéré et de l’imagination sans limite de Noémie.

Philippe Ketterlin

Philippe Ketterlin : liberté, l’envisagée dévisagée. Peindre, c’est se libérer, décrire, c’est déformer… les œuvres de Philippe Ketterlin, bien que souvent dites « figuratives » ne se décrivent pas, ne s’analysent pas : elles se vivent. Elles nous sautent à la gueule, nous mettent les larmes aux yeux, nous remplissent d’effroi ou nous font rayonner : peu importe, elles sont là et nous transportent, dans le mouvement, la grâce, la force et l’absence d’un regard, souvent dans le tourment des émotions. Ne demandez pas à Philippe Ketterlin pourquoi : il sait pourquoi il peint mais ne sait jamais pourquoi il a peint : il s’est laissé guidé par un fil dont lui-même ignore les points d’ancrage. De destinée, il n’y en a peut-être pas : d’une demi-heure à mille heures, Philippe est plus libre que le temps : il commence, s’arrête, reprend une œuvre. Il s’approche pour donner un coup de pinceau, de spatule ou de couteau, recule, revient, s’assoit, boit un bière, fume une Gitane, attend patiemment le lendemain, met parfois de côté pendant des mois… ou recouvre tout pour aller vers un ailleurs que lui-même ne connaît pas. Peu importe, nous sommes hors du temps, dans l’instant présent, sacré, de l’émotion. Ne cherchez pas non plus à rattacher les œuvres de Philippe Ketterlin à des périodes de sa vie : bleues, grises ou colorées, les couleurs sont entremêlées, car l’artiste est jongleur : à peine établi dans un style, il nous fait faux bond et passe des visages et corps aux variations de têtes de mort, puis sans crier gare, nous conduit dans de doux abstraits, éclate de rire dans des couleurs vives puis nous éblouit dans des jaunes rayonnants. En passant, Philippe aura sculpté avec du béton, du plâtre, du fer pour donner vie à de l’inattendu, surprenant et bouleversant. Philippe est libre d’agir ou de rester immobile, de peindre ou de sculpter, de parler ou de se taire. En œuvrant avec une telle liberté, Philippe nous offre aussi la nôtre : nous sommes libres d’aimer ou pas, mais aussi, parce que chaque œuvre est libre de tout message, nous sommes libres d’inventer notre propre histoire et de la réinventer chaque soir !

Marc Trichot

Par la confrontation du Destructuré représenté par les affiches déchirées, lacérées et délavées et du Structuré symbolisé par les lignes et les trames issues de ma profession d’architecte, ma démarche  tente d’équilibrer, de reconstruire voire de sublimer cette production urbaine éphémère à forte charge artistique.

 

Durch die Gegenüberstellung des Destrukturierten, dargestellt durch zerrissene, zerfetzte und verblasste Plakate, und des Strukturierten, symbolisiert durch die Linien und Raster aus meinem Beruf als Architekt, versuche ich, diese vergängliche urbane Produktion mit ihrer starken künstlerischen Ausdruckskraft auszugleichen, wiederherzustellen oder sogar zu veredeln.

Anne Frenois

« Je suis curieuse de créativité ». Face au monde qui l’environne, Anne offre à travers son regard une création plastique qui invite le spectateur à voyager, à plonger dans son monde coloré où l’Harmonie devient Symphonie des Couleurs. Sa problématique plastique est basée sur des jeux picturaux d la couleur. Anne s’exprime soit par la monochromie, soit par la polychromie. Dans son travail pictural, ses compositions peuvent accueillir des éléments figuratifs se déclinant du végétal au paysage marin, voir aux écritures mathématiques ou devenir abstraites. Ses réalisations sérielles sont alimentées par la recherche plastique, par le jeu des lignes et couleurs, par le plaisir de rentrer dans la poësis et d’affirmer l’esthétique de sa création. « La création est pour moi, un véritable bonheur, un havre de paix où tous les sens se libèrent et investissent l’œuvre en devenir. C’est cet espace de liberté, de légèrement que je souhaite partager! »

Élise Planhard

Après les fleurs factices singeant les véritables fleurs, il voulait des fleurs naturelles imitant des fleurs fausses. (Huymans, A Rebours, 1884)   « On entre dans le travail d’Elise comme dans un jardin : une tige, un feuillage, une barrière, une tente, un rocher, une arche. On connaît tous les éléments, on les reconnaît, et pourtant ils ne sont pas ce qu’ils sont. (…) Ses matières en attente d’être définies, redéfinissent pourtant les notions de nature et culture. Elles seraient d’une « nature-culturée » ou plutôt d’une nature « cultivée » par la main de l’artiste-jardinier. Ainsi elles nous prennent au piège de leur (faux) semblances. Pièges de lumières et de couleurs, mais aussi de sensations : Elise active une forme de prestidigitation de l’image et de l’objet qui fascine autant qu’elle inquiète. Le simulacre agit jusque dans nos imaginaires, nous voilà dans un deep-fake sculptural et assumé.  Alors on entre aussi dans le travail de l’artiste comme dans un théâtre, ou plutôt une maquette. Elle met en place un décor dont les limites se laissent volontairement discerner, où les loges ne sont pas cachées, et où le rideau ferait autant partie de la pièce. Chaque élément laisse voir ses contours – elle fait du cloisonnement un art à part entière – mais nous ne distinguons pas la bordure de la scène sur laquelle ils sont disposés. C’est parce qu’il s’agit d’un théâtre-jardin sans fin, et bientôt d’un labyrinthe, qui nous met face au vertigineux désir de l’humain à maîtriser ses environnements.  (…) En passant par l’autre face du décorum (dans tous les sens du mot), l’artiste nous invite à habiter le potentiel narratif de nos objets, en recréant leurs versions manufacturées. Mais il y a un soin nécessaire à ses fac-simile. Il s’agit de revenir à une ingéniosité de la matière et du faire, ramenant à une époque où nous habitions autant la maison que le jardin. Par cela il s’agit d’imaginer les autres possibles d’une société fragmentée par la modernité.  Peut-être Elise invite à penser le monde comme une permaculture à décloisonner : en conscience de notre empreinte sur nos environnements (il n’existe à ce jour plus vraiment de nature non domestiquée par l’humain), elle rend visible cette frontière- rupture avec la nature, et à la fois invite à la laisser pousser en dehors des sentiers que nous lui avons battus. Et par cela, à valoriser notre essentielle co-dépendance, et le besoin de renouveler nos contemplations envers elle. Comme lorsque l’on ramasse une graine et lui imaginons une histoire. Elle se plante dans notre esprit, cette image de graine, pour faire germer encore mille autres comme elle. Elise façonne ces nouveaux écosystèmes, facto-factices, naturo-culturels, scientifico-mythologiques, antico-contemporains.  (Extrait d’un texte de Valentine Cotte, Artiste-chercheuse.)