Géraldine Husson

A travers une approche multiple, je m’interroge sur la porosité, qui existe entre les disciplines. Je passe avec liberté d’un domaine à un autre sans égard de frontière. L’interférence des champs est ma ligne directrice. Mes réalisations questionnent ce croisement par l’instauration de rapports singuliers entre corps, objets et espaces. L’ambivalence de la destination et du statut de l’objet produit m’intéresse. Je me penche à la fois sur l’existence et le dépassement des frontières disciplinaires, spatiales, imaginaire. Le franchissement entre les territoires, en empruntant certains chemins, me permet par association ou hybridation de prendre plusieurs issues, tournures. La circulation parallèlement à la tension qui peut exister entre les disciplines, cohabitent. Les productions s’inscrivent dans cet endroit informel où différents secteurs s’entrecoupent. La limite est envisagée comme une membrane perméable. Je parcours son paradoxe de commencement-fin. Le mystère de l’origine de la vie, de ses cycles et de l’univers m’a toujours intrigué. L’origine n’a ni commencement ni fin. Elle est infinie en tout point de l’espace et du temps. Un concept originel, qui a germé en moi pour devenir une source d’inspiration illimitée. La cellule là où la vie, la matière, la forme prend corps. La fragilité inhérente à la force qui en émane. L’aspect cellulaire est un thème récurrent dans plusieurs de mes pièces. La dualité et la complémentarité sont souvent présentes au moment de la conception des pièces. En combinant les pratiques, les techniques et les matériaux, j’explore, trace, transforme, façonne. L’allure polymorphe, des propositions hétéroclites. Objets / sculptures / peintures / installations invitent à vivre une expérience. Les sculptures enfilées, les objets épinglés, les peintures deviennent espaces. L’apparence minérale et la douceur des lignes épurées s’accordent, s’opposent, se complètent. Droites et courbes coexistent. Tracé fluide ou en pointillé, je dessine les contours puis j’entre au cœur. La couleur est utilisée avec tempérance. Du noir au blanc, je sillonne les nuances de gris. Tonalités naturelles. Poudre de cuivre. Anthracite. Transparence, reflet, profondeur. La matière sensorielle, un soin particulier dans son choix est apporté. J’accorde une place importante au rapport sensitif que peut procurer une pièce. Une forte propension à la sensualité est engendrée. Le processus de création m’importe autant que l’objet produit. Lorsque je travaille sur un projet, je ressens rapidement l’urgence de matérialiser la pièce imaginée. La création peut orchestrer des gestes expansifs ou restreints toujours en constante concentration. La sensation de plaisir est intensément présente. Le lieu intime ou de partage, les objets-espaces, les peintures-assemblages peuvent être des endroits où des choses se produisent. Le temps d’une rencontre, l’espace d’un moment. Les installations peuvent être appréhendées en solitaire ou à plusieurs. Elles existent seules ou ensemble. La quiétude semble se dégager des pièces. J’aime créer des pièces qui invitent à la contemplation comme à la réflexion, tout en y glissant un peu de poésie. La recherche autant que le regard esthétique sont subjectifs. La beauté du geste, d’un silence à sa place. Libre à chacun de se faire sa propre interprétation. L’acte créateur autant que la perception expriment toujours quelque chose de soi. Mon engagement est celui de passer à l’action : Créer. La concrétisation fait acte.

Sandra Tritschler

Artiste autodidacte à l’ADN pluriel je navigue entre papier et toile, paysage et nature morte. Encre, aquarelle et acrylique. Le paysage m’interpelle par son intensité. Silencieuse et simple. Globale et émotionnelle. L’encre ou l’aquarelle s’y colle. Et le papier, les pinceaux dansent… libres. De l’eau, du pigment. Du risque aussi. Il s’agit alors de capter l’essentiel, l’ambiance. La vibration. Et puis je me pose parfois, happée par un sujet à décortiquer. La nature se meurt…Je m’approche au plus près et me recentre. Envie de restituer. Tout simplement. Montrer le sujet, dans une mise en scène sobre. Il me plait, le voilà. Acrylique, toile, concentration. L’observer et le peindre pour révéler sa beauté, telle qu’elle se présente. Jeux d’ombres et de lumières, palette de couleur réduite font le lien et signe mon travail artistique. Peindre est une évidence, une respiration saccadée entre ces deux mondes qui font écho en moi. Ils se complètent et m’harmonisent.

Natacha Perez

Passionnée par les sens cachés, la couleur et les êtres vivants, mes recherches picturales et artistiques m’ont permis de découvrir bien des univers. Je vous souhaite donc la bienvenue dans mon monde – un monde de magie et de poésie mais aussi de sciences et de physique quantique où la quête de la compréhension du monde me mène chaque jour un peu plus à la rencontre de moi-même. Sensible aux couleurs et aux formes ainsi que leur relation à l’homme, je me dirige naturellement vers le design d’objet. Cette formation a nourri mon intérêt pour les matériaux en général et m’a offert la possibilité d’expérimenter de multiples savoirs faire manuels (céramique, bronze, ébénisterie, etc). Actuellement, je travaille principalement sur des créations en peinture et techniques mixtes et ce sur de multiples supports, de la feuille de papier en passant par le bois, la toile et la fresque murale. J’aime mélanger les matières et travailler les textures. J’ai par ailleurs développer une technique à base de journal sculpté afin de réaliser certains sujets sur toile, tels des bas reliefs. Je travaille également la peinture à l’huile ainsi et l’encre de chine depuis plusieurs mois, ce qui élargit mon horizon de couleurs et de nuances. Je décrirais mon travail comme figuratif, réaliste et empreint de symbolisme et de notes abstraites. Je ne suis pas dans une quête de réalisme bien que mes oeuvres tendent vers ce style. Ce qui me plaît, c’est de donner vie à un regard, révéler l’âme d’une matière, partager la mélodie du silence… Le tout dans une alchimie de couleurs entre-mêlant poésie et recherche d’équilibre.

Clémentine Margheriti

Parce qu’au commencement, c’est un gouffre à franchir: de moi à la peinture, au geste de peindre. Ma peinture commence en écartant tous les autres chemins possibles. Alors un fil, et je me cramponne. J’ai plusieurs peintures en cours, qui finissent par être abandonnées, remplacées par d’autres, auparavant délaissées. Elles refont surface de nombreuse fois. Travail au long cours, à la limite de l’absurdité. Ce sont essentiellement des petits formats sur bois ou ardoise. Ces supports m’apportent la concentration et m’amènent à une densité, que j’observe parfois comme un point trop dense, sans échappée. Où est l’image? Où est la peinture? Je peins et dis « surface ». Je me colle à la paroi, comme une pulsion avec le désir de la franchir. Je suis Narcisse et je repeins Adam et Eve. La peinture me lie à ma langue, elle est ma matière à penser, ma présence au monde.

Anne Wicky

Tout est bruyant et flou, emmêlé. Je tournoie dans l’atelier, par bouts d’ellipses, tâtant l’air, la lumière, le bazar. J’attends la fulgurance. Je pense ; la matière et l’esprit sont liés. Combien faut-il de clous pour reboucher un cœur ? Le bleu cobalt me donne envie de courir nue entre les glaces. L’Indigo m’épaissit le sang, le rend velours. J’entre à petits pas dans le rythme du temps géologique. Celui où la matière se forme. J’ai le temps avec moi. Je me débarrasse. Je peins avec la matière, cherche à tâtons l’impact dans l’inhérent. Mets le hors-champ dans le champ. Je peins sans artifice, avec un œil sous terre, ouvert. Comme un caillou âgé de cinquante ans, de cinq cent mille ans. Un caillou de l’espace. La peinture est une entreprise de clarification. Quand le temps le permet ; j’embrasse les pierres salue les arbres caresse l’air, libre. Tel est le but, s’il en faut.

Peter Ross Bond

Calm waters that nurture trees surging strongly branches that reach to flights of freedom dark ranges surrounding fluttering refractions under skies connected by blood.

Marius Pons de Vincent

L’atelier est le lieux, le support et le sujet de mes peintures. Au cours du travail, des choses tombent. Impressions sur papier A4 souillées ou chiffons raidis par la matière, les chutes s’entassent dans l’atelier. Elles ont été les consommables utiles à la fabrication d’une peinture. Certaines deviennent le sujet d’un prochain tableau et à nouveau, des choses tombent. Mon travail produit des déchets dont il s’alimente par la suite. Je peins sur du bois apprêté à la colle de peau et à la craie, sur mes chiffons tachés que je tends sur châssis et que j’encolle, sur le verre, sous le verre, souvent celui de mes palettes. Il m’arrive de compter jusqu’à neuf tableaux en cours. Cela me permet de penser à la fois à la raideur d’un portrait de Memling, aux couleurs de Martial Raysse, à Robocop, à Malcolm Morley, à des erreurs d’impressions, à Mondrian, à Christian Schad, à Franck Stella… J’aime travailler à la grisaille dun drapé tout en réfléchissant à un moyen de peindre comme une imprimante. Des « familles » de tableaux naissent de la diversité des supports. Ces ensembles ont des formes différentes mais sont cependant perméables les uns aux autres. Il y a des traits communs. J’ai, par exemple, régulièrement recours au trompe l’oeil. Je cherche à faire passer la peinture pour ce qu’elle n’est pas: du papier, du scotch, une impression jet d’encre… Dans la série Studio et dans Un café à l’atelier, j’intègre dans l’espace que je peins l’image imprimée dont je me suis servi comme modèle. Je reproduis la feuille à échelle un, scotchée au mur. Je confronte ainsi l’échelle de la scène représentée à celle du A4, d’un bout de ruban adhésif, du réel. Un objet dont la place est en coulisse se trouve dans le cadre. En rapprochant la mise en scène du tableau et celle de sa fabrique, je veille à ce que le travail du peintre soit aussi le sujet.

Camille Brès

Je peins à l’huile sur toile ou à la gouache sur papier. Je peins d’après des photos prises à l’extérieur ou en studio. Je mets en scène mes proches en m’inspirant, de grands tableaux de l’histoire de l’art, de la publicité ou de concepts psychanalytiques. Dans tous les cas, il est question de problématiques intimes et les mises en scène me permettent de mettre une distance, un filtre, pour que ces données personnelles deviennent des sujets. Je peins directement ce que je vois dans mon atelier: L’espace, les outils, les objets, la plante verte. Je peins des autoportraits. La peinture me permet, grâce à ses différents états, de créer l’illusion d’une unité, alors que je compose mes images avec des éléments provenant de sources diverses. Je prends les décisions de couleurs, de formes ou de traitements en peignant, un choix en entraînant un autre. J’use de la matière picturale, de sa capacité à recouvrir, à voiler, à colorer, pour créer une unité artificielle. Puisque je laisse beaucoup de place à ce qui advient pendant le temps même de la peinture, en général, les idées premières ne résistent pas longtemps. Les sujets sérieux ou affectifs basculent dans l’absurde, ceux plus légers gagnent en gravité. Cette mécanique découle, à mon avis, de l’ambivalence des sentiments que m’inspire le monde.

Fantine Andrès

LE CORPS MORCELÉ DE LA NATURE Fantine Andrès est une observatrice attentive de la nature dont elle apprécie en particulier les écarts, les formes surprenantes et parfois monstrueuses. Mais nul besoin pour les découvrir de se plonger dans des ouvrages de tératologie ni de consulter les archives de ces baraques foraines où l’on exhibait volontiers les femmes sirènes ou les moutons à cinq pattes. L’étrangeté est partout sous nosyeux. La précision des dessins de Fantine Andrès est un merveilleux instrument pour la saisir. En se servant de crayon à mine graphite elle obtient des modelés particulièrement délicats qui donnent aux plantes une apparence que l’on pourrait dire presque sculpturale si le moelleux des rendus ne suggérait si fortement quelque chose comme l’épuisement d’une animation interne dont le sujet représenté serait encore témoin. Mais ce sont essentiellement des fragments qui nous sont montrés, qu’ils soient disposés au milieu de la page ou que celle ci, de par son format, produise comme une coupe franche qui laisse interrompu le geste de l’artiste. La symétrie de ces formes est parfois troublante et fait penser aux motifs ornementaux de certaines architectures tout en nous rappelant l’évidente géométrie deces végétaux saisies par les photographies de Blossfeld à la fin des années 1920qui évoquent des rosaces ou des colonnes gothiques. Montrées ainsi, hors de tout contexte, elles acquièrent parfois la majestueuse abstraction de coiffes océaniennes ou de masques africains. Or Fantine Andrès ne se prive pas d’utiliser aussi la photographie produisant ici une série d’oeuvres énigmatiques, entre figures abstraites et matériaux anthropomorphes dont la plus singulière est sans doute cette image-apparition dans laquelle on ne peut s’empêcher de voir une vierge debout au milieu des bananiers couchés parla tempête. De même le devenir sculpté de ces dessins trouve t-il en quelque sorte sa réalisation à travers les plantes tressées ou simplement assemblées et tenues par une sorte de galette de maïs pliée, de la même couleur gris anthracite, rappelant ces images antiques de corps pétrifiés par les cendres volcaniques qui ont saisit la vie dans son dernier souffle, impression que renforce la vue de ces feuilles de bananier couvertes elles-mêmes de poudre de graphite. Gilles A. Tiberghien

Ben Jack Nash

Les œuvres de Ben Jack Nash pointent du doigt un état larvaire dans lequel une forme, une identité, en chevauche une autre et passe d’un état à un autre. La vitesse et la fréquence des changements d’identité (en termes sociologiques, environnementaux et technologiques) sont des marqueurs de notre époque dont les passages furtifs d’un état à un autre constituent les traces. Inaccessibles de façon directe et imperceptibles sur le moment, ces instants ne peuvent être perçus que rétrospectivement par leurs sous- produits et leurs conséquences. Le lieu et le temps exacts où se produisent ces passages sont flous, mystérieux et ouverts à l’interprétation. Occulter momentanément le sujet de notre attention libère et épanouit la dimension secondaire de l’arrière-plan à la fois caché et pourtant bien présent. Pendant un instant, l’effet est libéré de sa cause et l’objet devient le sujet, doté d’indépendance. Certains travaux attirent l’attention sur cette ambiguïté qui superpose deux dimensions; d’autres soulignent leur imprécision et leur subjectivité.Les portes sont souvent utilisées comme objets symboliques de chevauchement et sont démantelées afin de désigner les changements de matière comme un passage entre le réel et le virtuel.