Jean-Pierre Brazs

LIEUX-DITSChaque être, chaque monde qui disparaît emporte avec lui ce qui n’a pas été dit. Les paroles non prononcées ont pourtant existé : retenues, enfouies, inavouables, ébauchées parfois en gestes modestes, générateurs de traces dérisoires sur l’épiderme des apparences.Les recueillir oblige à voir des signes langagiers dans les écritures incertaines qui peuplent les murs ou les rochers parce qu’une main en a scarifié la peau. L’honnêteté oblige à considérer également que les lois physiques qui régissent les forces naturelles obligent les matériaux à se fissurer, se distordre, se disloquer, avant de parfois se rompre. Les lignes de fracture sont autant de signes qu’un imaginaire peut animer et déchiffrer.C’est la raison pour laquelle, j’ai entrepris depuis 2018 la collecte (sur des parois rocheuses, des murs ou des sols) de modestes « écritures » volontaires ou fortuites pour les décomposer en multiples fragments, persuadé qu’une langue y est à l’œuvre et qu’il suffirait d’y puiser des syllabes visuelles pour écrire la suite d’un récit ébauché: ce qui pourrait se nommer une survivance.À ces récits visuels j’ai donné le nom de « DITS ».Les travaux qui seront présentés à La Case à Preuschdorf en mai 2023 sont des « dits » de la Mine de Pechelbronn et de la Case à Preuschdorf : « figures », « bestiaires » et « embrouillaminis ».

Simon Hampikian

Originaire d’un milieu rural de l’arrière-pays bordelais, j’ai vite appris à assembler, réparer, fabriquer et créer avec ce qui se présentait autour de moi. Mes grands-parents, agriculteurs, et mon père, passionné de charpente marine, avaient ces compétences pour l’agilité plastique quand il s’agissait de repenser les objets; ils m’ont transmis un héritage qui m’a mené au design.
J’ai d’abord été formé à sa version industrielle, bénéfique mais restrictive à mon goût, avant de suivre un cursus plus artistique à la Haute Ecole des Arts du Rhin pendant quatre ans, où j’ai pu trouver une approche plus personnelle, et qui m’a mené jusqu’en Alsace. J’y ai effectué des stages marquants : l’un chez Björn Steinar, représentant de PreciousPlastic en Islande et l’autre chez Bram Vanderbeke, artiste-designer belge, membre de du collectif Brut.
Je commence cette année un nouveau chapitre de ma vie professionnelle : mon installation dans mon premier atelier, à MotoCo. J’y débute mon activité. Cet espace est un élément essentiel dans ma vision du design : j’y produit principalement des projets personnels mais il me sert aussi d’espace de prototypage, d’expérimentation et agit comme un lieu d’échange.

Ornella Baccarani

Ornella Baccarani travaille un certain « être en jachère » qu’elle organise entre la création de partitions et un laisser-faire assumé. Ses installations se basent sur le détournement de phénomènes physiques et littéraires. La voix active ses installations. Ses poèmes s’écrivent et se tissent. Ses sculptures ont une vie propre. Les évènements créés sont prétextes à des expériences artistiques partagées.

Leila Helmstetter

Je m’appelle Leïla Helmstetter et j’ai passé mon enfance en Afrique, dans des paysages de sécheresse qui ont marqué mon imaginaire. Fille d’un ingénieur agronome et petite-fille d’agriculteur, mon intérêt pour le monde végétal s’est développé très tôt et m’a poussé à obtenir un diplôme de paysagiste en 2014. Je mesuis ensuite tourné naturellement vers l’argile, qui est à mes yeux le matériau idéal pour exprimer le monde du vivant. Diplômée de l’IEAC de Guebwiller en juillet2022, je viens tout juste d’ouvrir mon atelier à Strasbourg. J’aime travailler cette matière molle, humide, porteuse de vie, loin des sols arides africains que j’ai connus toute petite. Quand j’ai de l’argile entre les doigts, je n’oublie jamais qu’elle vient de sous nos pieds, qu’elle flirte avec les racines des arbres. Nous l’avons extraite pour la ramener à la lumière, et elle est le matériau idéal pour exprimer les dynamiques du vivant. Je sais qu’elle est issue d’un processus de dégradation très lent. Ce temps qu’elle a mis pour se former nous parle aussi de l’évolution des espèces. De celles qui s’éteignent et restent prises dans les roches, et de celles qui mutent au fil des siècles. Quelle est notre place au sein du vivant ?Existe-t-il d’autres formes de vie ?Ces sculptures en grès chamotté, texturées et émaillées nous questionne. Les techniques de façonnage sont multiples. Ici, tout se mélange, pousse, fleurit, meurt puis renaît. Bienvenue en territoire inconnu et pourtant si familier.

Camille Kuntz

Jonglant avec les contraires, je souhaite mettre en lumière la soumission des êtres qui se plient aux machines ou aux espaces conçus pour s’adapter à elles -leur permettant une mobilité et efficience productiviste toujours plus rapide-.  À tout ce qui forme le canevas de nos architectures, à ce qui structure, proportionne nos chemins quotidiens (comme les rails de chemins de fers, tramways, routes et véhicules avec ou sans moteurs tels que les Caddies de supermarchés), j’associe -jusqu’à les hybrider parfois- des matières souples (tissus, bâches, laines, végétaux, fleurs, etc) qui rappellent le vivant, qui appellent à la contemplation, soit à une certaine résistance face au monde actuel qui court sans faire de pause.

Avec le même « sens de l’interrogation et de la réflexion, le désir d’explorer des contrées nouvelles, de se frayer des passages vers des destinations inconnues […dans le domaine de l’art…] « , qu’avait repéré le philosophe Jean-Luc Nancy lors de nos échanges en 2016 autour de  »l’obscène » -titre et sujet de l’une de mes recherches écrites-, je cherche au fond à saisir l’insaisissable, soit l’existence et le temps. Je poursuis ainsi ma quête conceptuelle et formelle de metteuse-en-scén’ographe consistant à sculpter l’espace-temps : Pour dilater, contracter le temps  je déforme les perspectives -via des répétitions, leitmotivs, trames, plis, ondulations, lignes-, je fractionne l’espace d’arythmies. Que ce soit pour un spectacle, un film, une performance, une installation, une forme sculptée -figuratives ou abstraites-. Je passe surtout par des jeux d’échelles (de la maquette, du modèle réduit, au réel agrandi, par le décor, la sculpture).

Sans perdre de vue cette exploration des rapports de force qui se jouent entre les machines, les architectures-machines et leurs impacts sur les corps-émotions. Je questionne : Comment en viennent-elles à se retourner contre leurs créateur.ice.s ? Et que se passerait-il à essayer de revenir à l’Origine des choses / à l’essence de l’existence? Je rêve alors de rencontres collectives autour de nouveaux mythes ou rites, pour matérialiser l’idée d’une porosité entre les réalités, et d’une circulation possible entre les différents degrés de celles-ci.

Régine Falbriard

J aime les pierres. Les cailloux au lit de la rivière, les conglomérats du désert…La puissance du rocher, ancré solide dans le temps qui passe. Je suis traversée par une danse changeante, et renouvelée sans cesse. Le plaisir de répéter les gestes, la sensation s’affine, l’énergie vient et s’échappe, alors je sais que je vais commencer. Je touche l’écorce, je caresse la peau, je choisis la couleur, je réinvente l’émotion, j’y crois. Le béton a cette troublante qualité de se muer du liquide en solide. La fragilité devient la force…………….. Je commence et ne sait jamais ce qu’il va advenir. Pourtant, j’ai besoin de la source, c’est la naissance. L’amour me guide et prend corps. Ensuite vient ce qui nait de ce qui s’impose.

Hans Jellam

Bronze et papier, contraste des matériaux. La forme imposée au bronze, travaillée directement dans le sable, est transférée sur le papier. Il faut regarder, toucher pour qu’un subtil accord apparaisse et qu’éclatent la rigueur, l’exigence et la cohérence de ce travail.

Séverine Oudart

Je travaille le grès de manière franche et libre. Les traces, les empreintes, parfois même les accidents, participent à rendre mes créations expressives. La cuisson au gaz, en haute température, réserve une part d’aléatoire qu’il s’agit d’accepter et qui offre à chaque pièce un caractère unique. Comme témoignage des civilisations et de leurs rituels, des gestes ancestraux ont traversé les millénaires et se trouvent aujourd’hui entre mes mains. Mon intérêt réside dans ce rapport au temps, dans l’archaïsme des techniques de fabrication, l’usage et les formes en tant que support d’expression, leur pérennité, mais aussi leur fragilité. Les objets présents dans la mémoire collective ou dans notre quotidien, leurs détournements, les rapports de forces et de pouvoir qu’ils incarnent, nourrissent mon imaginaire et questionnent la relation au « sacré ».

Sébastien Fernex

Je me laisse toujours guider par le bloc brut de pierre ou de bois, je ne conçois jamais d’idées à l’avance.Je me mets à l’œuvre seulement après avoir passé du temps dans la nature pour avoir la tête dans les étoiles et les pieds sur terre. Je me mets à l’écoute de la matière en devenir, et c’est là, les paumes sur le bloc indéfini, fragment d’une roche mère ou d’un arbre majestueux, que me parviennent les fulgurances d’une forme, d’une dynamique à exprimer. Les lignes qui se dessinent alors sont souvent organiques, voire végétales, et possèdent toujours ce mouvement ascendant, vertical, comme si la matière se voulait être un lien entre ciel et terre. Comme si les œuvres se voulaient les interprètes d’une cohérence intemporelle qui sous-tend la Vie de la nature en dépit des folies des hommes qui se croient en dehors d’Elle.Souvent une forme appelle un cristal ou autre pierre semi-précieuse pour se mettre en valeur, pour préciser son émanation.Je suis au service d’une matière en développement bien plus que la matière n’est à mon service, c’est ma façon de redonner la juste place à la nature dans ma vie.