Salomé Garraud

Diplômée de la HEAR à Strasbourg, mon travail se développe principalement par la pratique de l’illustration et du dessin. Au fur et à mesure, j’affine et réinvente mon langage visuel, composé principalement de couches de crayons de couleurs, au travers desquelles je laisse différentes interprétations ouvertes et la possibilité pour le spectateur de se raconter sa propre histoire.  Dans mes travaux, la représentation d’une nature idéalisée prend une grande importance. Les végétaux, la mer et surtout le ciel se déclinent, de manière orageuse, étoilée ou brumeuse, et se mêlent aux personnages représentés pour évoquer le temps qui passe, la solitude ou une douce mélancolie. Le rapport au corps, à la mutation et la métamorphose est également au centre de ce que j’aime représenter.  Je pratique principalement le crayon pour le rapport au temps long qu’il permet de trouver dans la création : une image se construit au fur et à mesure, lentement, morceau après morceau. Je cherche toujours à donner du temps à mes images, à les rendre précieuses et uniques à la recherche d’une manière de crayonner qui me semble parfois plus juste qu’une autre. J’aime jouer sur la délicatesse de certains traits qui se devinent plus qu’ils ne se voient parfois, à l’image de la sensibilité que j’essaye de percevoir, archiver et transmettre à travers mes dessins.  Le choix de couleurs pastels me permet de réaliser des tracés subtils, parfois presque invisibles, à l’instar des traits ou des aplats de crayons gommés que je conserve. Ils me permettent parfois, en heureux accidents, de trouver une nouvelle superposition de couleurs plus intéressante que la précédente, ou alors ils apparaissent discrètement dans l’ensemble du dessin, selon l’angle avec lequel on les observe. Je tente avec le temps, de garder toute la poésie de ces soit disantes ratures, ces « anomalies » de traits, discrètes, mais bien là, telles des fantômes de papier, une interprétation qui me plaît tant elle convient à ma façon d’envisager mes images.  En effet, si j’ai toujours choisi le dessin comme technique artistique de prédilection, c’est parce qu’il a toujours été pour moi une langue à part entière, une forme de poésie, une façon d’exprimer des sentiments enfouis, qui se gâteraient peut-être si on essayait de les décrire autrement.  Actuellement, je travaille à des projets d’éditions d’albums illustrés, de séries d’estampes et de dessins et de recueils de textes.

Denis Perez

«… Les empreintes d’un passé à la fois proche et très lointain sont inspirantes
pour Denis Pérez et innervent ses recherches plastiques.
(…)Denis Pérez,(…) ouvre de nouveaux chantiers qui vous dévoilent les
composantes, les inflexions, les relectures et les richesses interprétatives,
cognitives, visuelles et sentimentales de ces thèmes Trace/Empreinte/Écologie.
LES ARBRES CACHENT-ILS ENCORE LA FORÊT ?
Lieu de parole partagée, confident, symbole du temps et de la puissance, lien
entre terre et ciel, figure de la généalogie, de l’informatique et de la
connaissance, être révéré dans nombre de sociétés et de civilisations, l’arbre a
été l’objet récent de l’attention des scientifiques qui ont étudié ses capacités à
s’adapter et à communiquer avec ses congénères(…)
Denis Pérez évoque l’esprit de la forêt dans une technique d’enfumage et révèle
ses mystères tutoyant le fabuleux dans une lumière qui est une lumière
éclairante.
Il entrelace enchantement et mystère en nous immergeant dans les entrailles et
le corps, palimpseste d’un arbre antique qu’il séquence dans une vision
fragmentée en cernes, comme autant d’enveloppes ou de peaux charnelles.
Maître du temps, symbole de puissance et de longévité, l’arbre secoué par les
vents, brûlé par les ardeurs du soleil, battu par les pluies s’avance vers nous
dans ces « coupes » à la transparence laiteuse, cocons protecteurs et cartes du
temps écoulé, qui apparaissent comme un labyrinthe initiatique. Dans une
écriture très organique, qui fait remonter l’intérieur à la surface, cette
installation se dérobe in fine à nous dans ce vaste cerne opaque, tel un ange
enfariné et froissé qui vient blanchir les limites de la représentation, au plus
près et au plus loin d’une forme de figuration.
Dans ses forêts rêvées, lieux confisqués à la fois dans l’obscurité et dans la
lumière des sociétés, lieux communs du légendaire, Denis Pérez interroge dans
une autre technique d’enfumage et part de hasard les secrets flottants des
arbres et leurs sortilèges. Construit comme une fresque et une parenthèse
enchantée, ce sujet agrège sans cesse de nouvelles positions en débusquant les
liens et les osmoses des arbres avec les forces invisibles, entre réalité et
fantasmagories, dans un mystère qui résiste et en redonnant du sens au mot
apparition…​
L’HOMME EST-IL ENCORE LA MESURE DE TOUTE CHOSE ?
Dans ce monde, en guerre bien éloigné de la fin de l’histoire, livré à des
pandémies, étreint par l’éco-anxiété, le recul des traits de côte, un
réchauffement massif et inédit, l’homme longtemps centre du monde se trouve
ébranlé dans ses anciennes certitudes, positions et suprématies.
Acteur aveugle, brûlé par ses folies et ses passions, comme abîmé
physiquement et moralement, tout à la fois dans le repli, l’enfermement et les
équilibres précaires, l’homme n’est plus au centre de l’univers, mais à la
périphérie de ce dernier qui se dépouille de son contexte de représentation
habituel pour se distordre. L’homme de Vitruve n’est plus. Denis Pérez sculpte
avec talent cet homme entre fragilité, vulnérabilité et détermination auquel
l’univers devient étranger dans une suite intitulée « Sur le fil » qui enregistre
des identités précaires de funambules solitaires…»
Brigitte Olivier Conservatrice Musée Baron Martin Gray

Marie Sahli

Je crée un art figuratif à la frontière entre le vivant et la nature morte, explorant les états émotionnels et les relations entre l’homme, l’objet et son espace. À partir d’objets conçus ou existants, détournés de leur fonction initiale, j’interroge le spectateur et le plonge dans un entre-deux où l’esthétique masque la cruauté.
En jouant avec l’effet de surprise, je mets en tension l’attrayant et l’inquiétant, rappelant ainsi que tout n’est jamais simplement bon ou mauvais.

Jean-Baptiste Petit

Je suis artiste-plasticien, illustrateur et co-fondateur du collectif d’artiste Bétonite.

Ma pratique se situe entre les frontières de l’estampe, du dessin, de la peinture.

Je m’intéresse particulièrement à la notion de traduction du réel, de ses interprêtations et de sa transformation par le processus créatif fractionné et multiple. Cette fragmentation consiste régulièrement à faire passer une image par plusieurs états successifs, à travers des médiums qui la modifient progressivement.

La représentation de la nuit se trouve au centre de mon travail du fait de son caractère irreproductible, m’amenant à la traiter sous une infinité de points de vue et de variations.

Conjuguer, mélanger différentes plasticités me permet de trouver des langages spécifiques à mon propos: la gravure donne à la peinture ce qu’elle ne peut pas dire seule et inversement. Le savoir-faire technique m’est d’autant plus cher car il me laisse la possibilité de naviguer entre plusieurs registres graphiques (de l’illustration à l’œuvre plastique).

Il s’agit souvent pour moi de confronter l’instantanéité des images pensées ou saisies à leur production/reproduction lente et minutieuse, dans un rapport au temps distordu.

Je cherche le point de rupture entre figuration et abstraction, où la mémoire s’estompe en songe.
Les narrations contemplatives et séquentielles m’inspirent des récits silencieux, nocturnes. 

Les images issues du souvenir et de l’enfance apparaîssent ponctuellement accompagnées d’une écriture en prose.
Les scènes ou récits qui mèlent la peur à la contemplation m’intéressent particulièrement.

Amélie Royer

Mon travail s’articule aujourd’hui entre la peinture, la gravure et le dessin. Je développe ma pratique autour de la représentation du temps et explore différents moyens de le faire résonner plastiquement. Je me concentre dans l’image sur la recherche d’une sensation, celle d’être immergée dans une ambiance jusqu’à m’y oublier. Cette ambiance se caractérise par un temps palpable, si lent, si présent, qu’il semble habiter l’espace.
L’origine de cette recherche s’ancre pour moi dans un désespoir de la jeunesse, du moins de celle qui m’entoure. On se renferme dans la mélancolie, face à un monde qui nous aliène. J’incarne alors un déni de la réalité, je cherche des espaces de refuge, attirée par la marge et fascinée par les espaces qu’elle occupe.
Ces lieux sont d’importants témoins entropiques. Face à la roche, les aménagements humains se détériorent rapidement, rongés par la rouille ou le moisi. Ces empreintes caractéristiques rendent plus appréhensives l’effondrement qui s’étend dans une temporalité difficilement imaginable. Dans ces espaces de liberté, le temps est suspendu. Je me trouve face à une certaine immobilité. Je me fonds dans ce silence hypnotisant et y disparaît. Ce ressenti est la cible de mes recherches plastiques, une expression de la mélancolie, plus précisément de l’acédie, que je retrouve notamment dans la peinture romantique.
La Zone, dans Stalker de Tarkovski trouve un écho dans mon sujet. Le Stalker, personnage principal, y accompagne ceux qui ont perdu espoir. Espace et entité surnaturelle de silence, elle est à chaque instant le produit de l’état d’esprit de ceux qui la traversent, une métaphore de notre for intérieur.
Aussi, c’est dans l’obscurité que je fais apparaître mes images. Cette fascination pour le noir va de pair avec mon expérience des souterrains . Quand je m’engouffre dans le noir, je me renferme sur moi- même, le temps n’existe plus, mes perceptions de l’espace sont sublimées et se mêlent à l’affect. Il y a dans les profondeurs de l’obscurité une sensation d’engloutissement, de désintégration. Puis je vais trouver là de la lumière, un monde à part. C’est comme rentrer dans le sommeil, les lueurs qui apparaissent surviennent comme un rêve. Cette lumière est comme une présence, elle définit l’ambiance, la tension, elle semble flotter dans l’infini.
Il y a dans l’exploration, une sensation similaire à celle que je cherche dans la création. Comme une pulsion d’oubli de moi-même, pour n’exister qu’à travers ce qui m’entoure : l’espace de liberté d’un lieu en marge ou la feuille/plaque/toile, une atmosphère dont m’imprégner. Ma pratique se nourrit de ces moments que j’ai photographié, elle survient comme une nouvelle temporalité ; je reconstruis pendant un long moment suspendu une scène. Cette étape de réalisation plastique, absorbée dans l’espace de l’image en construction, est une façon presque méditative de me réapproprier mon temps. Mes œuvres sont autant d’invitations à faire une pause, contempler le vide.

Marguerite Caillot

Dans ma pratique, il me plaît d’interroger le signe à travers le mouvement, le geste et l’amplitude. Le travail de la ligne m’envoute ; courbes, plis, boucles, volutes, avec lui je m’empare spontanément des thèmes du Corps et de l’Intime et du Rapport à l’Autre.
Je vois le corps comme un inventaire de signes et de matières, de pleins et de creux… Je vois la ligne et le dessin automatique comme le moteur d’une création libérée d’attentes. Mêler lâcher prise et précision pour faire parler le corps et les émotions.

Sylvestre Bouquet

Je suis illustrateur, graveur et auteur de BD.
Je sculpte aussi dans le bois des bas reliefs qui prennent la forme de portraits-totems.

Romain Goetz

Romain Goetz est un artiste peintre, dessinateur et graveur. Il est né en 1992 à Strasbourg, ville où il vit et travaille. Il est diplômé de la HEAR à Strasbourg, ainsi que de l’ENSAD à Nancy.
Sa démarche questionne l’expérience humaine et son inscription dans l’environnement. Paysages, végétation, pierres et récits lui donnent des indices du rythme, du cycle, de la vie et de la mort, des incarnations multiples des respirations du réel.
La peinture et le dessin deviennent des manifestations, le support d’une relation intime, émotionnelle et matérielle au monde. Également, une remémoration, des témoins, des symboles de l’expérience vécue, de l’instant évanoui. Enfin, des révérences à la nature, à ses impressions et à ses dangers ; un témoignage de la joie profonde du regard.
Il enseigne le design graphique à l’université de Strasbourg, ainsi que le dessin à la HEAR à Strasbourg.

Lisa Colicchio

Depuis quelques années, je travaille autour des thèmes de la maison, du chez-soi et surtout des abris, ceux qu’on a choisi de se fabriquer après une tempête, un incendie ou un cœur brisé. Ceux dans lesquels on rentre se réfugier parce qu’ils sont doux, familiers et confortables.

J’ai d’abord beaucoup représenté des accidents, des incidents et incendies qui venaient détruire ces foyers, ou simplement les perturber. Après ces destructions, il fallait donc fabriquer des abris, que j’ai représentés d’abord avec des techniques de peinture et de dessin, puis de gravure, pour pouvoir les multiplier presque à l’infini. 

À force d’en représenter, ma conception de l’abri a évolué : ils étaient d’abord très fermés, dépourvus de portes ou de fenêtres et même parfois sous cloche pour se protéger de l’extérieur, risquant de devenir des prisons. 

Par la suite, ils se sont ouverts et parés d’accessoires pour pouvoir y aller et venir à guise, jusqu’à s’ouvrir complètement sur le monde qui les entoure.

Évidemment, j’ai appris à considérer ces abris comme l’expression de mon « foyer intérieur », de la façon dont je me place dans le monde, comment je matérialise mon intériorité et son rapport avec l’extérieur : le réel, le concret et les autres. J’aime beaucoup la façon dont les femmes-maisons de Louise Bourgeois font du « soi » une construction dans laquelle on peut s’abriter.

Souvent, les abris que je crée sont littéralement des représentations de maisons, de cabanes, etc.   ; parfois, c’est un souvenir doux et agréable qui me sert d’abri, alors je me sers de photos pour construire une peinture, un dessin ou une gravure qui représente un lieu ou un moment qui m’a entourée de douceur. 

En ce qui concerne les techniques de gravure, j’essaie toujours d’expérimenter pour aller au bout de ce qu’une technique peut apporter à mon travail. J’aime beaucoup jouer avec les différentes textures, les jeux de superpositions de couleurs, les nombreux niveaux de détails que la technique que je choisis peut apporter à mon image.