Alban Turquois

La rencontre avec le travail d’Alban Turquois apparaît à la fois comme une étonnante découverte et d’émouvantes retrouvailles. Face à ses oeuvres-objets on est tout autant frappé par leur caractère familier que par leur extrême atypie. De l’apparente sobriété, voire de la précarité des tables, des chaises, des divers contenants façonnés par l’artiste, émane une force intime, sourde, géologique, le sentiment d’arriver au milieu d’une histoire à la temporalité incertaine mais d’une humanité profonde.Ces histoires sont souvent celles de rencontres, avec des gens, avec des matériaux, avec lesquels l’artiste tisse un lien fort, soutenu, entretenu, qui transparait dans chaque objet. Les moyens et le temps passé pour aller à leur rencontre — cueillettes, glanages, collectes, échanges — sont les points de départ pour inventer et compléter de nouveaux récits. (extrait d’un
texte de Lucas Belloc)

Sirarpi Mikayelyan

Je passe mon chemin, tous les jours, toutes les heures,toutes les secondes. Je suis à la frontière entre mon passé et mon avenir, ce qui est le présent. Je suis à la frontière de la lumière et de l’ombre, à la frontière du traditionnel et du contemporain, et, du fait de mon parcours, à la frontière des cultures de l’Est et de l’Ouest. Le présent semble incompréhensible, l’avenir est incertain, seul le passé est tangible et toujours là. À mon avis, la seule façon de percevoir et de donner un sens au présent c’est d’agir. Le présent devient le passé à chaque seconde et c’est notre « valise intérieure » dans laquelle nos sentiments, nos actions, nos émotions et nos pensées sont constamment accumulés. L’avenir, oui bien sûr, est incertain, mais il a la capacité de contenir de l’espoir.

Séverine Oudart

Je travaille le grès de manière franche et libre. Les traces, les empreintes, parfois même les accidents, participent à rendre mes créations expressives. La cuisson au gaz, en haute température, réserve une part d’aléatoire qu’il s’agit d’accepter et qui offre à chaque pièce un caractère unique. Comme témoignage des civilisations et de leurs rituels, des gestes ancestraux ont traversé les millénaires et se trouvent aujourd’hui entre mes mains. Mon intérêt réside dans ce rapport au temps, dans l’archaïsme des techniques de fabrication, l’usage et les formes en tant que support d’expression, leur pérennité, mais aussi leur fragilité. Les objets présents dans la mémoire collective ou dans notre quotidien, leurs détournements, les rapports de forces et de pouvoir qu’ils incarnent, nourrissent mon imaginaire et questionnent la relation au « sacré ».

Cotte de maille

Valentine Cotte, née à Toulouse en 1994, a d’abord étudié la gravure à l’école Estienne de Paris puis la céramique à la HEAR de Strasbourg. Elle expose régulièrement en Alsace et à Paris, mais aussi à Bruxelles, Bâle et Taean. Ses œuvres ont intégré le fond de l’artothèque de Strasbourg, d’Eleven Steens à Bruxelles et du FRAC Alsace de Sélestat. Elle est lauréate du prix Icart Artistik Rezo 2024.  L’artiste est traversée par l’esthétique médiévale, depuis les gargouilles de sa ville d’enfance jusqu’aux figures gothiques qui l’environne aujourd’hui. Les créatures moyen-âgeuses et l’intérêt pour ces temps pré-capitalistes lui permettent d’aborder les thèmes de la famille, la santé mentale, ou l’invisibilisation des minorisé·es dans l’histoire de l’art. Par des œuvres gravitant autour du thème du corps, de la blessure et de ses soins, l’artiste développe une réflexion sur la fragilité et la résilience au regard des violences et des injustices commises sur les femmes et personnes sexisé·es.

Giom Von Birgitta

En 2017, les envies de création qui sommeillaient en Giom Von Birgitta depuis plus de 10 ans commencent à poindre. Ou alors elles demeurent simplement aussi vivantes qu’avant, mais deviennent visibles par l’œil et l’esprit jusqu’alors concentrés sur d’autres priorités. C’est alors qu’il a rencontré la terre et qu’ils ont échangé. Des mots. Des silences. Des promesses. Des envies. Des peurs. Des doutes. Des convictions et bien d’autres choses encore…

C’est une rencontre : celle d’un parcours, d’un artiste et de la matière, de toutes ses forces. C’est une histoire : de liberté, d’humilité, de patience et de partage. C’est un lieu : signe d’une époque éteinte, mais qui sait se réinventer, bouillonnant de ses nouveaux espoirs. Les créations de Giom Von Birgitta sont tout cela, même si elles renferment une part d’indescriptible magie – celle qui nous échappe toujours – comme forgées par la somme de nos émotions les plus essentielles, à la croisée entre la puissance originelle des éléments et un territoire tout à la fois brut et sensible.

Gashi Shqipe

Réalisé in-situ, le travail de Shqipe Gashi se caractérise par la diversité des supports et des médiums qui se répondent les uns aux autres et qu’elle met en scène en fonction des espaces/environnements d’exposition. Nourrie des codes de la scénographie, de la littérature et de l’histoire de l’art, elle emprunte aussi bien aux codes du théâtre, du consumérisme qu’à ceux de l’histoire de l’exposition pour explorer la construction de nos structures sociales. Ce qui l’intéresse ce sont les conditions particulières qu’une chose a besoin pour exister et les interactions qui se mettent en place entre l’oeuvre, son contexte et son spectateur. Les combinaisons de couleurs et d’esthétiques qu’elle associe à différentes histoires et cultures lui permettent d’annuler les normes et les hiérarchies prédéterminées dans les différentes compositions de son travail. 

Lisa Jaeggy

Plasticienne installée à Mulhouse depuis 2020, Lisa essaie de construire sa pratique céramique comme elle se construit personnellement. Elle est à la recherche dans les deux cas d’une forme de bien-être. Le bien-être se retrouve de bien des manières au quotidien : créer, prendre le temps, partager, prendre soin (des autres, de soi, de ce qui nous entoure…). Cela veut dire un rapport simple, authentique aux choses, à la nature, mais aussi, c’est un besoin, de faire ensemble. Il s’agit de trouver sa place. C’est une recherche simple du bonheur.Ses objets sont des formes très brutes. Des pièces vivantes, qui gardent l’empreinte des doigts, de leurfaçonnage. Elle aime créer des pièces aux allures rondes et rocailleuses.

Hugo Carton

La pratique de la céramique est au carrefour entre celle de l’artisan et de l’artiste, entre l’utilitaire et le sculptural. Hugo Carton prend souvent le parti de ne pas dissocier les deux. Ses sculptures-objets ne sont pas exposées ; elles habitent les lieux comme des choses vivantes, révèlent la continuité entre l’art et la vie quotidienne.

Aux antipodes de la production en série d’objets industriels, chaque objet est unique, possède son histoire et sa présence propre, voire même une personnalité. La figure humaine revient presque systématiquement dans ses productions, comme une célébration discrète de la collaboration de l’Homme aux éléments.

C’est, entre autres, l’observation du monde sur le temps long qui nourrit son travail. Aussi, le végétal occupe une place de plus en plus importante dans ses créations. En effet, il ne cherche pas à le représenter comme il le fait avec le corps humain, mais plutôt à intégrer de vraies plantes dans ses sculptures-objets.
Les végétaux, tantôt habitants, tantôt habités, composent avec l’argile des paysages miniatures, des planètes de poche évoluant au gré des saisons.

La présence quasi vivante de ces objets évoquent aussi un rapport presque animiste à la matière, ils rappellent une certaine filiation entre l’argile et la chair.
Même quand la figure humaine n’est qu’esquissée, presqu’absente, la souplesse et la mollesse est toujours évoquée.

Hugo Carton a parfois recours à la cuisson électrique ou au gaz, pour des contraintes de temps. Mais dès qu’il le peut, il prend un grand plaisir à cuire ses pièces dans un grand four à bois qu’il a construit, et qu’il modifie au gré des cuissons.
Le temps de la cuisson est un moment à part entière faisant un pont direct entre vie et travail créatif : c’est un temps de réunion à la fois tranquille et actif. Les personnes présentes s’alternent pour nourrir le feu, qui brûle souvent plus de 12h consécutives.
C’est une communion entre humains, mais aussi avec les éléments : en plus du feu, l’air, la terre et l’eau sont mis à contribution lors de cet événement.
Au plus haut de sa température, le four atteint les 1300° et reste chaud pendant encore 48h à 72h après la fin de la cuisson.

Sophie Davin

Je joue avec les « rebuts » de mon utilitaire afin de construire et déconstruire en laissant les mains et le corps se laisser aller à faire. Mes gestes sont rapides, instinctifs et intuitifs. Dans mes compositions, je trouve l’équilibre, chaque chose prend sa place.Il s’en dégage, silence, douceur et poésie.D’abord, je collecte mes pièces d’utilitaires tournées, des détails cassés que je garde précieusement, des morceaux de pièces que je glane dans l’atelier. Mon choix se porte essentiellement sur la terre grise, la porcelaine, des pièces crues, biscuitées ou en haute température.Les rebuts, c’est cette matière mise de côté puisque, non aboutie, déformée, fissurée… Des tessons sensibles qui parlent d’une vie, d’un geste, de choix, mais aussi d’intentions, d’un parcours personnel, d’un goût… Poser un regard attentif sur ces éléments m’a permis de les considérer, de les percevoir tels des richesses, des trésors avec leur histoire. Il s’agit de remettre en scène ces fragments afin d’en proposer une nouvelle lecture. Chacun des rebuts confiés ou trouvés est une base de travail, ce qui donne naissance à une pièce unique une fois le tout assemblé. J’aime l’idée que la pièce puisse avoir plusieurs vies.Ensuite, j’assemble le tout, parfois de manière éphémère en déconstruisant aussi vite que construit et parfois, je pérennise mes sculptures en les collant à l’émail.« À chaque fois dans mes constructions, je regarde ce qu’il se passe dans les détails de ce que je suis en train de faire, je ne vois pas toujours ma pièce dans sa globalité, j’ai besoin de recul. Le recul, je l’obtiens une fois ma pièce dans l’objectif de mon appareil photo, et là ma pièce commence à exister, je peux devenir l’observatrice de moi-même et de mes créations ». Sophie Davin

Viktoria von der Brüggen

L’émerveillement face à la vitalité et à la fragilité du vivant constitue le point de départ de mon travail artistique.  J’explore le médium de la terre pour donner une forme plastique à la richesse des expériences suscitées par le contact avec la nature et différents espaces paysagers.  Étroitement liée à ma pratique de la céramique, l’aquarelle m’offre un autre champ pour faire émerger des formes et des motifs et expérimenter avec la couleur.