Christophe Hohler

Les personnages que Christophe Hohler met en scène ont quelque chose de fascinant. Le terme de fascinant ne rend pourtant pas avec suffisamment de précision ce qui se produit exactement au moment où nos yeux se posent sur ces personnages. En fait, ces frêles silhouettes s’offrent à nous avec une évidence si déconcertante que nous en sommes bouleversés. En contemplant ces êtres désarmés, saisis à des moments anodins de leur existence, nous réalisons combien nos regards sont conditionnés, entravés. Depuis longtemps, les convenances ont recommandé de ne pas dévisager avec trop d’insistance nos sembla- bles. Ne doit-on pas soigneusement éviter de croiser trop longtemps un regard ? La bienséance nous interdirait-elle aujourd’hui de voir l’autre (de le comprendre) ? Christophe Hohler lève ce tabou, en tant qu’artiste, en tant qu’homme, il refuse de se conformer à ce genre de convention. Alors, quand on lui pose la question d’où pro- viennent toutes ses figures, l’artiste répond en toute simplicité « c’est en peignant que le sujet se révèle ». Voilà un certain temps, en effet, qu’il n’a plus besoin de modèle devant lui pour donner un corps à ses silhouettes. C’est que sa vigilance mentale mobi- lise sa mémoire visuelle et son empathie. Cette fusion guide ses mains, et en quelques traces fulgurantes surgissent Celui-ci, Personnage 12-01, Individu 1, Groupe de réfu- giés… Car il peint vite, très vite. Il faut l’avoir vu, ne serait-ce qu’une fois : en quel- ques lignes colorées, il invente un corps et lui assure l’allure désirée. On comprend alors qu’il a intégré une multitude d’observations et qu’il a mémorisé les formes que peuvent prendre certains états psychiques. Et il les érige en véritables images sympto- matiques. Il modèle la figure avec son jaune, avec le bleu, le rouge. Le rouge surtout, celui de la vie. « C’est en peignant que le sujet se révèle »… Il ne cherche pas l’indivi- dualité, ni la ressemblance, il débusque, avec une précision infaillible qui lui est propre l’humanité dans les êtres. Il en capte une part intime, leur fragilité, leur dignité lumi- neuse. Celle que nous refusons de voir et qui justement ici nous fascine. Claude ROSSIGNOL

Christophe Chabot

Les polyptiques de cette nouvelle série sont l’un des fruits d’une expérience individuelle et collective : Renaissance, Amour, Amitié, dépassement de Soi ont guidé l’Esprit créateur dans nos actions et dans nos Vies. La photographie est ici l’une des allégories de cette traversée.

Emmanuel Georges

Je suis photographe auteur (et aussi pro pour la communication publique) depuis plus de 30 ans. Les images présentées pour cette édition seront essentiellement issues de mon dernier travail « America Rewind » exposé à ST’ART galerie La Chambre en 2017, au CEAAC et à Mulhouse (galerie Hors champs et Filature) et qui a fait l’objet d’une monographie éditée par Hatje Cantz. Je présenterai quelques images issues d’autres séries, notamment « Photo 2000 », et d’autres tirages jamais exposés.

Vincent Malarte

Travaux en cours:  » térébenthine essentiel, matières encore, énergies, couleurs, …lumière! »

Elham Etemadi

Je suis née à Shiraz, en Iran en 1983. A l’école, je n’avais que deux crayons pour écrire, un noir et un rouge. Les deux étaient ornés du logo d’une marque : un crocodile. Il était gage de qualité. Et c’est vrai : mes crayons “crocodile” écrivaient bien ! Je dessinais beaucoup. Les formes graphiques des textiles avec lesquels je jouais, les motifs des tapis sur lesquels je sautais, tout cela me fascinait et m’inspirait. Je ne pouvais pas envisager la vie autrement qu’en peignant. Les animaux, les objets du quotidien, les jouets de mon enfance, les motifs décoratifs de mon environnement sont restés présents dans mes compositions … Ils apparaissent dans presque chacun de mes « puzzles picturaux » ! Ce sont des élément récurrents qui se conjuguent sous de multiples formes. Ils agissent tantôt comme un fil conducteur, tantôt comme un élément indispensable, même s’ils sont amenés à être estompés sous un coup de brosse ! Ils se métamorphosent, s’imposent, s’effacent doucement selon une formule sans cesse renouvelée que je ne bride pas ! Ma peinture est ludique, onirique, elle suit son cheminement propre et libre. Aucune contrainte ne la lie à la représentation organique des formes de la nature. Des architectures, semblables à des jeux de construction d’enfants, peuvent apporter une structure. Parfois des répétitions d’éléments rythment la composition. Des liens plastiques relient ce qui semble juxtaposé ou imbriqué pour fédérer. L’animal, en particulier, souvent protagoniste de l’oeuvre, survit et se métamorphose de manière aléatoire et spontanée… Et, dans le bestiaire, surgit parfois, inconsciemment, le crocodile… Karel Appel* exprime bien cela : « Je ne veux pas de frontières séparées entre un oiseau, un chat, un tigre. Je commence un animal en chat, et puis il devient oiseau. Mais c’est encore trop direct. Je travaille toujours dans l’ambiguïté. ça devient un tigre-oiseau. Je refuse la limite.» Cette circulation interne sur la toile, j’en ai conscience, c’est mon histoire à la manière d’un conte revisité avec l’éclairage du monde contemporain, mais je ne la dévoile pas au regardeur. Je désire qu’il soit libre de penser, de voir, d’imaginer… Ainsi, mes œuvres ne portent-elles pas de titre. Sur mes tableaux, je désire conserver le regard de l’enfant : les proportions n’ont plus sens, un même monde onirique unit personnage, animal et objet dans le comique, le grave, le poétique et l’émotionnel. Encore une fois, je fais mienne une réflexion de Karel Appel* : « J’aime à attirer l’attention des gens sur le fait que le monde est un jeu, une série de jouets, un élément de jeu entre naissance et renaissance. » Regarder le monde à travers le filtre du jeu, résulte d’un choix : c’est grâce à ce transfert que je puis m’exprimer totalement. * ARMENGAUD, F. Bestiaire Cobra. Une zoo-anthropologie picturale. Paris: La Différence, 1992 p.110 *Karel Appel, 40 ans de peinture, p. 49

Eban

Eban est né à Banméthuôt en 1954 au Vietnam. Par sa mère il est originaire d’un peuple minoritaire de l’ancienne Indochine : les Êdes. Son père est français. Il a fait ses études à Bordeaux, une école graphique en publicité, mais se dirige finalement vers la peinture où il crée son propre style. Il a présenté de nombreuses expositions en solo et en groupe depuis 1974. Ses peintures sont la rencontre de deux mondes : l’Asie millénaire et la vieille Europe. Par ailleurs le monde végétal, aime aussi peindre sur de grandes toiles. Chaque tableau se transforme en recherche vers une nouvelle expression. Sa démarche : Eban au travers des multiples facettes de son art poursuit son objectif d’éveilleur et d’humaniste C’est toute l’expérience et le parcours d’un jubilé créateur que nous propose Eban. Son oeuvre contient l’image d’une ancienne Indochine qui s’est déjà sublimée et qu’il effleure du bout du pinceau avec toutes les couleurs du ciel et de la terre déposées sur la palette. Depuis son enfance en terre vietnamienne jusqu’à l’aboutissement d’un principe et d’un art révélateur maîtrisé, socle sur lequel s’érige toute une vie. L’art est un long chemin de silence qui donne à l’homme les clés d’accès à sa métamorphose. Michel Bénard. Lauréat de l’Académie française.

Catherine Sombsthay

À la recherche d’un équilibre, Catherine Sombsthay chemine entre théâtre d’objets, musique et arts plastiques. Dès sa première création elle développe un axe de recherche précis : entrer dans la proposition artistique par l’objet manipulé et l’occupation de l’espace. Les objets sont choisis en tant que matériau « sensible » plus que pour leur caractère usuel ou leur capacité à « figurer ». Au fil des années, d’hyperréalistes, ils deviennent matière avant de tendre vers l’abstraction. L’espace est redistribué entre l’aire de jeu et la position du public. Il interroge la place physique et émotionnelle du spectateur dans le dispositif théâtral et promène le public dans l’évocation plus que dans l’histoire. Actuellement, elle développe les relations entre arts plastiques et arts de la scène en proposant une série de formes plastiques théâtralisées ayant pour ambition de développer une idée simple en quelques minutes. Elle s’efforce d’associer physiquement le public présent dans des propositions ponctuelles et ludiques.

Pascale Klingelschmitt

Dans mon travail, je tente de répondre par des matières dures (comme la céramique et le verre) aux questions liées aux structures matérielles des organismes vivants, leur propriété, leur temporalité ou leur état de mutation dans le but de rendre palpable l’invisible. Souvent j’appréhende et confronte les différents acteurs des règnes du vivant dans une relation combinatoire, ce qui m’amène également à traiter notre relation au corps. L’hybridation, la métamorphose ou l’entropie sont appréhendées et convoquent alors intrigue ou dégoût. Pour révéler l’intimité du vivant, à l’interface de la physique et de la biologie, je m’intéresse aux outils d’observation scientifiques des phénomènes physiques tels que la radiographie, le microscope ou encore l’imagerie médicale, jouant ainsi avec les singularités du micro et du macro.