Composée d’œuvres en céramique, de dessins et de peintures sur toiles, l’œuvre de Karima Duchamp est polymorphe. De sa formation de céramiste, elle a gardé le goût de la matière qu’elle travaille et retravaille afin d’atteindre légèreté, transparence et luminosité. Elle passe d’un médium à l’autre, afin que chacune des techniques enrichisse sa création. La matière de la terre, les couleurs printanières de sa palette, la lumière qui émane de ses œuvres, toutes ces manifestations visuelles et matérielles révèlent son cheminement créateur. Née en France de parents algériens, Karima Duchamp est animée par les liens conscients et inconscients liés à ses origines, se sentant passeuse d’histoires de femmes. Elle puise son inspiration dans les fresques historiques, l’ornementation et l’architecture vernaculaire. Dans une réduction de formes, elle cherche à aller à l’essentiel. Cette épure est motivée par une sensibilité au passage du temps dans une forme de contemplation et de nostalgie offrant un langage particulier pour lire et imaginer le monde.
Née dans les années 1880 pour analyser la notion de mouvement, la pratique de la séquence photographique (suite ordonnée d’images) se généralise au XXe siècle parallèlement à la diffusion du reportage photographique dans la presse illustrée. Elle permet le « récit en images » à partir de la saisie chronologique d’instants du réel.
À partir des années 1960/1970, certains auteurs-photographes se réapproprient le procédé pour le mettre au service de leur créativité, échappant ainsi au dogme de l’« instant décisif ».
Ce sont des exemples variés de cette « renaissance » de la séquence photographique que nous présente cette exposition. Pour certains auteurs, la séquence permet d’introduire du rythme dans le narratif, pour d’autres c’est une forme de jeu, éventuellement destiné à désorienter le regardeur. D’autres encore, combinant séquences et mise en scène, nous questionnent sur le rapport au réel (le leur autant que le nôtre). Enfin, dans ce balancement entre instant et durée, comment ne pas être interpellé par l’espace séparant les images les unes des autres, sorte d’entre-deux offert à l’imaginaire du regardeur ?
Brendhan Dickerson a travaillé principalement dans le fer forgé, souvent en combinaison avec le bois ou le bronze. Le processus intense, presque alchimique, qui consiste à transformer un matériau résistant en le travaillant tout en le chauffant, résonne avec sa quête de transmutation intérieure.
Bien qu’il cherche souvent à articuler une perspective lyrique, ironique ou satirique, c’est sa perception de la sculpture comme fondamentalement performative qui motive ses choix formels et qui anime le plus sa pratique.
Dans les années 90, parallèlement à son travail en studio, il a commencé à explorer la sculpture performative de feu. Pour lui, il y a quelque chose d’atavique dans la sculpture de feu, quelque chose de primal et de fascinant dans son immédiateté et sa fugacité. En tant que forme d’art éphémère et irrécupérable, elle est un contrepoint à la permanence de la sculpture en fer et en bronze.
Ces dernières années, il s’est immergé plus profondément dans la performance. Fusionnant les aspects durables et éphémères de sa pratique, le travail qui émerge de ce changement explore l’intersection des objets sculpturaux performatifs avec le corps performatif spontané, et avec l’énigme de la présence et de la communion incarnée
C. et D. sont dans le couloir et admirent les tableaux de C. Je passe devant un tableau de chevalier allongé et ne peux m’empêcher d’admirer l’ambiguïté qui se dégage de ce chevalier en armure : sa féminité et sa juvénilité alliées à sa force masculine, à sa puissance guerrière. Sa grâce céleste, irréelle, et sa force tellurique. Je crie à qui veut l’entendre « Quelle ambiguïté ! Quelle ambiguïté ! ». Et ces mots résonnent pour moi comme la plus belle des choses que l’on puisse faire en peinture. Rêve du 17 juin 2010 Je suis peintre. Je vois mon travail comme un carnaval, un lieu où tout est possible. Dans mes tableaux, je vis une « autre » vie, libre de toute morale et affranchie de la réalité. Si je suis bien élevée dans la vraie vie, je suis une peintre « dé-polie », « dé-policée ». Mon père spirituel est Otto Dix. Ma mère spirituelle, Paula Rego. Peindre, pour moi, c’est pouvoir être à la fois une bonne sœur et une mère maquerelle sans que cela pose problème. C’est créer des êtres hybrides, un homme qui a des seins, une femme qui a 3 jambes. C’est faire cohabiter dans le même espace-temps mon amie Célie et Gargantua, le personnage de Rabelais peint par Doré. C’est vivre dans un monde où lilliputiens et géants se côtoient. C’est avoir un visage bleu. C’est piétiner un ancien amant et qu’il s’en sorte sans une égratignure. C’est autoriser une histoire d’amour entre mon ami Guillaume et une statue de marbre. C’est escalader à mains nues une montagne infranchissable sans être alpiniste. C’est avoir tranché une tête et se balader avec en bout de bras sans risquer la prison.
La peinture sous verre est merveilleuse. Le verre donne au tableau une lumière étincelante, les couleurs sont éclatantes. On plonge dans le tableau, ses couches, ses transparences et dans les eléments. Vivants et organiques, ils composent le tableau en harmonie avec la figure. J’aime quand la peinture raconte une histoire, qu’elle oscille entre réel et monde rêvé, que le spectateur se perde dans un univers un peu chaotique mais toujours tendre. Les repères propres à la figuration, nous rattachent à nos souvenirs. Les eléments, au traitement plus abstrait, sont plus sensuels et sensoriels. Je joue à perturber les sensations du réel par la peinture et son traitement plastique, par la couleur et avec la lumière. J’ai trouvé en la peinture à l’huile sous verre l’extase de peindre. Ouais, carrément. Elle est devenue « mon médium ». Fabuleuse technique, elle me donne envie de travailler, d’expérimenter, de chercher, de comprendre et de m’émerveiller inlassablement.
De son oeil d’artiste formé dès le plus jeune âge, Valérie Demenge a gardé une sensibilité particulière pour capter et retranscrire les lieux qui l’entoure. Avec ses études d’architecture d’intérieur à Camondo, ce sont d’abord des lignes et des perspectives saisis sur des croquis qui se projettent sur des aquarelles aux couleurs méditerranéennes et pastels. De ces ébauches résultent des toiles abstraites travaillées entre Paris et l’Alsace qui, avec le temps, se sont désagrégées en un ballet de formes et de contrastes diffus. La technique de l’huile et des textures font alors cohabiter l’ombre et la lumière. L’étude des espaces de vie quotidiens fait naitre des constructions éphémères auxquelles les tableaux de Valérie Demenge peuvent rendre une vie durable. En partant de la contemplation d’un intérieur, de la nature (avec les arbres et les châteaux des forêts vosgiennes) ou de la ville (des toits de Paris ou Rome aux grattes-ciels de Chicago ou aux ponts de Porto), c’est la même lumière universelle qu’essaye de transmettre Valérie Demenge qui considère ses tableaux comme des « passeurs de lumière ».