Jusqu’à présent, je conçois mon travail comme un questionnement, une manière d’agir sans certitudes. Ma pratique explore, au sein des objets, discours, constructions, normes et codes du paradigme fonctionnel contemporain, où peut émerger une rupture, dans une tentative de libérer la présence humaine de son conditionnement à l’efficacité. Sculptures et performances – envisagées comme un continuum – sont des situations de dialogue. Elles prennent souvent la forme de systèmes hautement régulés, tout en suggérant subrepticement incertitude et ouverture. Objets, systèmes et catégories du quotidien sont extraits des contextes qui leur confèrent sens et utilisés à des fins incertaines : des actions familières mènent à des résultats inattendus, où la logique binaire des contraires est mise à mal. Les visiteurs sont souvent invités à s’engager attentivement avec l’œuvre. De cette rencontre naît une transformation mutuelle. En expérimentant directement l’étroitesse de la structure imposée, le visiteur peut actualiser la responsabilité qu’il exerce à son égard. Le corps en situation se révèle alors comme un champ des possibles où se manifestent les mécanismes acquis de la perception, et comme la source de leur possible désarticulation. Inséparable de l’intuition, des émotions et de l’intellect, elle abandonne son rôle d’instrument rationnel pour devenir une présence, créant un espace de resensibilisation et d’empathie. Le comportement opérationnel et la notion de fonctionnalité peuvent alors être resignifiés : l’univocité du sens et l’ordre acquis figurent parmi les constructions possibles de la réalité. Concret et spirituel, sacré et quotidien, efficacité et sensibilité, soi et non-soi sont à la fois distincts et identiques. C’est là que se révèle la structure au-delà de sa conception fixe et monolithique, ouverte dans sa résonance vitale, tendre, dynamique, polyvalente, versatile, mutante, poétique.
