Pratiques : Sculpture
Barbara Schnetzler
Barbara Philomena Schnetzler est sculptrice
Elle vit et travaille entre Bâle et Mulhouse.
chantal million
De points en points, de fils de fer en bois flottés, de jouets délaissés en colliers brisés, inspirée par la rencontre d’un damassé, d’une cotonnade, d’une couleur ou d’une courbe, Justine & Cow sculpte, tisse, brode, explore un univers onirique, dérangeant et doux.
Justine & Cow déconstruit et détourne les objets jusques et y compris ses propres créations.
Elle s’approprie et brode les matières ; elle enlumine les tissus, raccommode notre passé comme pour saisir – piéger ? – nos trahisons intimes et collectives liées à l’enfance, à la Nature, aux animaux, dans une société où tout va (trop) vite, où l’inutile s’accumule, où le rapport au vivant s’affole.
Hervé Spycher
L’artiste peut certes choisir de jouer avec ces limites de la sculpture, de la
dématérialiser, de dissimuler la proie pour montrer l’ombre ou de troquer les
formes pour des abstractions. Mais à qui s’adresse ces subtilités ? Qui regarde en nous et qui apprécie ? S’il faut parfois se doter de décodeurs culturels sophistiqués pour “comprendre” une oeuvre, il n’en faut aucun pour apprécier et pour ressentir ce qu’une oeuvre suscite en nous.
Le travail d’Hervé Spycher s’adresse avant tout à ces émotions spontanées. Artiste autodidacte, il propose une discussion sans intermédiaire académique entre l’oeuvre et le regard.
Ses sculptures sont soigneusement préméditées. Un thème survient et exige
d’exister, par tous les moyens, par toutes les techniques. Or, ce besoin de création oriente dès lors les choix de vie de Hervé Spycher qui se forme aux techniques de travail des matières qui constitueront ses oeuvres. Ébéniste, soudeur, tailleur sur pierre, ses oeuvres reflètent sa curiosité et son approche pratique du métier d’artiste
Le souci de l’équilibre anime toute la création de Hervé Spycher, de façon
concrète puisqu’il se confronte à toutes sortes de matières et de formes qui doivent sous ses mains trouver un accord de coexistence mais de façon plus subtile quand il cherche simplement à déjouer la gravité qui peut accompagner la confrontation avec l’oeuvre d’art. Ses création cachent ainsi des indices, jeux de mots qui font d’une créature fantastique digne d’une fresque+++ baroque une “Deux-chevaux” ou d’un Pégase courtaud propulsé par une hélice caudale un
“Pet-gaz”… Cet humour potache s’inscrit dans l’héritage revendiqué de Dada,
courant assez vaste et généreux pour faire de chacun un convive à sa table, grave ou joyeux, toujours ludique.
Docteure Apfel Marion.
Clément Richem
Clément Richem explore les relations du mouvement et du temps, entre petite et grande échelle, accélération et suspension. Faisant et défaisant des civilisations, des mondes et des univers entiers à hauteur de châteaux de sable, il emprunte au regard de l’enfant, à celui de l’architecte ou encore à celui du biophysicien pour générer une expérience aux résonances mystiques. Il interroge les relations entre humanité, nature et matière. Utilisant la gravure, le dessin, la sculpture ou la vidéo, il cristallise ses réflexions autour de processus de construction et de destruction, inhérents à la vie et à la création. Dans ses oeuvres, les éléments bruts ou artificiels s’opposent et fusionnent. L’artiste en souligne le caractère à la fois éphémère et éternel, et crée, tout en le documentant sur la durée, un univers mû par de constants phénomènes de régénérescence et de métamorphose. Louise Le Moan et Daria De Beauvais
Christian Seiter
Peinture et sculpture, deux arts du visible, ô combien complémentaires, mis sous nos yeux!
Depuis 1972, année de ses premières expériences en peinture, Christian Seiter a tenté, un peu par hasard en 2012, de rétablir le « libre-échange » -et non pas « l’autarcie »- de cet art avec la sculpture. Cela, au fur et à mesure de ses rencontres avec Sylvain Chartier, Gérard Starck et Patrick Lang, artistes et/ou professeurs qui l’y ont initié et soutenu.
Pour lui, la lumière et l’énergie sont devenus aujourd’hui les éléments principaux de sa peinture. Et ce lien, il a voulu le transposer dans ses premières sculptures où il travaille assidûment à saisir et capter les effets de la lumière sur la matière, tout autant qu’il prend plaisir à jouer avec les volumes, les pleins et les vides, grâce à cette même matière qu’il manie puissamment, assemble ou désassemble, modèle, élève jusqu’à trouver l’équilibre, la position dans l’espace architectural de l’oeuvre en devenir, celle qui lui donnera vie et sens pour ceux qui (l’)observent…
Une recherche passionnante et prenante, qui l’incite à poursuivre ces deux arts qui opèrent en parallèle et se rejoignent dans l’infini, afin de créer toujours et encore!
Michelle Laporte
Albert Hartweg
Tout en gardant ma passion pour l’aquarelle pure que je travaille régulièrement, l’exploration d’une autre voie pour une utilisation d’une grande liberté et sans tabous de ce médium en l’alliant, au fusain, à la craie, à la pierre noire, au collage est pour moi une vraie source d’inspiration.
Mon inclination naturelle pour les vieux matériaux et notamment les cartons d’emballage est largement présente dans mes œuvres depuis de nombreuses années. La couleur chaude du carton a souvent été un atout voire une priorité dans mes compositions. L’idée de recycler cette matière en l’utilisant, non plus comme sujet, mais comme support a fait tout naturellement son chemin, aquarelle après aquarelle. Ce support a l’avantage de pouvoir être travaillé en surface, mais également en profondeur en utilisant sa structure. Pour garder tout son effet visuel et susciter même une envie de toucher, le carton est fixé brut sur un châssis en bois.
Comme écrin, j’utilise parfois de vieilles tôles zinguées dont la teinte gris-bleu de tonalité froide s’harmonise à merveille avec celle du carton. Cet heureux mariage sublime les vibrations et les énergies que suscite l’expression d’un modèle. Ce sont moins des portraits que des regards, des émotions où aucune place n’est laissée aux faux-semblants ou à la simulation.
Ce travail est rythmé par la création de sculptures. Les œuvres plastiques entrent en résonance avec le pictural, les deux sont complémentaires.
Je ne désire pas m’exprimer plus avant sur mes sources d’inspiration, sur le détail ou le cheminement qui donnent l’impulsion, le déclic. C’est très intime. Le sujet émerge, prend forme et se libère pendant mon travail. L’humeur et les émotions du moment me guident. Je tiens à ce que chacun puisse laisser libre-cours à son interprétation, à ses sentiments.
Sebastien Pierre Portron
Né en 1973 en Alsace, d’après la fiche d’état civil…
patrick lorea
Par Frédéric-Charles Baitinger
A la manière d’un Giacometti ou d’un Francis Bacon, Patrick Loréa ne cherche, à travers ses sculptures, aucun effet de ressemble.
Sans pour autant verser dans l’abstraction pure, ces corps et ces visages n’appartiennent à aucun lieu ni à aucune époque :
ils ne sont, pour ainsi dire, que les supports anonymes d’un devenir qui les ronge et les emporte.Figures de chairs, portant sur elles comme les stigmates de leur vie
passée, aucune Idée ne transparaît dans leurs formes mouvantes, mais quelque chose de plus subtil et de plus difficile à nommer aussi.
Que ce soit dans son oeuvre représentant une femme légèrement penchée, la bouche entre ouverte et les yeux fermées, ou bien dans cette autre, encore plus explicite,
nous montrant, à travers un morceau de verre, le visage d’un homme à moitié détruit, une même fragilité semble planer sur ces êtres, comme si l’expression première qui
les caractérisait luttait pour ne pas disparaître sous les assauts d’une force que le physiciens appellent : le principe d’entropie.
Tout passe, et ce qui aurait dû préserver pour l’éternité les traits d’un visage le montre tout à coup en proie au vertige de n’être plus qu’une forme temporaire;
qu’une forme dont l’essence se confond peu à peu avec celle de ses accidents.
Mais par quels procédés Patrick Loréa est-il parvenu à produire de tels effets ? L’histoire mérite d’être contée, car elle résume, à elle seule,
ce qui se joue d’essentielle dans ces oeuvres. Naguère sculpteur d’obédience classique, Loréa modelait ses figures dans la terre, puis les moulait à l’identique
dans un matériaux plus dur.
Mais lassé, un jour, d’un tel procédé, il redécouvrit, dans un coin poussiéreux de son atelier, deux têtes en terre, depuis longtemps oubliées.
Touché par la grâce de ces visages abandonnés, il comprit, alors, qu’une période de sa création s’achevait et qu’une autre s’ouvrait enfin à lui.
Tel un sculpteur archéologue, fouillant les arcanes de son atelier, ce n’est plus la figure en tant que telle qui intéresse maintenant Loréa,
mais l’ensemble des processus physiques et chimiques qui font d’elles l’analogon d’un corps souffrant.
Voilà pourquoi ses sculptures ne sont pas sans nous rappeler celles d’un Giuseppe Penone qui, aux dires de Georges Didi-Huberman,
nous permettent de toucher du doigt la différence qui existe entre « un sculpteur qui fabrique des objets dans l’espace ? des objets d’espace,
et un sculpteur qui transforme les objets en actes subtils du lieu ? en avoir lieu*.»
Ne plus se contenter, donc, de donner forme à ses idées, ne plus chercher à rendre pérenne une figure trop marquée, mais essayer,
envers et contre les risques que cette quête implique, d’atteindre à cette part d’expressivité accidentelle sans laquelle toute oeuvre d’art,
même la plus parfaite, reste un point d’arrêt ? « un arrêt de mort. »
Paxal
Le sujet abordé n’est que prétexte, une bribe du message secret contenu dans l’œuvre. Il est lui-même support. Pour déceler le véritable intérêt, il faut laisser s’offrir à notre regard, lentement, tous les détails qui composent ou qui accompagnent le motif. Comme dans le proverbe du sage qui montre la lune, ici le sujet n’est que le doigt qui montre, il n’existe que pour attirer le regard sur ce qui vient ensuite, un foisonnement d’éléments subtils, parfois drôles, souvent mystiques, qui expriment des sentiments, qui dévoilent et développent l’histoire. Bosch, Arcimboldo, Dali, Clovis Trouille, le tatouage, la BD, etc. Autant de sources d’inspiration auxquelles on pourra penser en se laissant perdre dans ses images.
