Philippe Schoen

La photographie dévoile, la parole cachée de la lumière. J’ai une croyance, qui est en même temps une rêverie : je crois que le réel, ce que nous percevons par nos maigres cinq sens, ce contre quoi on se cogne, nous parle. Il nous parle et nous n’écoutons pas. Nous sommes trop préoccupés par nos petites affaires pour entendre. Je crois que les enfants, les ermites, les arbres écoutent et certains comprennent. Il est donc possible d’entendre ce souffle, loin des hommes, indéchiffrable et jovial, qui chante depuis la nuit des temps. J’écris et je photographie. Chacun de mes témoignages s’exprime simultanément en texte et en image.

Alexandre Kato

Je regarde avec la même attention l’immense océan et les reflets étincelants aperçus entre les écailles d’un poisson rouge. Je m’attache au détail. Il reproduit en lui-même l’immensité de ce qui l’entoure ; de la même manière l’éphémère en dit long sur le temps qui passe.

Se reflétant
dans les yeux d’une libellule
les montagnes
Issa (1763-1828)

Les liens qu’entretient l’Homme au paysage et au territoire constitue la base de ma réflexion. Ils nous déterminent depuis des milliers d’années et influencent notre physique, notre nourriture et parfois même nos croyances. Que sont-ils devenus aujourd’hui, alors que nous traversons les continents et océans en quelques heures et que le monde entier est accessible depuis nos écrans ?

Le shintoïsme, animisme japonais qui place des esprits dans les éléments naturels comme la pierre, les arbres, la lune, m’intrigue. Je me demande s’il y a maintenant des esprits dans les écrans avec lesquels j’observe de grandes étendues de territoire, ou dans la lumière des lampadaires.

Mes origines japonaises sont déterminantes dans mes recherches. N’ayant jamais vécu dans ce pays, je cherche à tisser des liens avec une part de moi-même que je connais et comprends peu.

Dominique Pichard

« Officiant professionnellement dans la photographie depuis 1997, Dominique Pichard a quitté le confort d’un laboratoire photo où il exerçait depuis une dizaine d’années pour se plonger dans le vaste univers de l’indépendance depuis 2007.
Issu du milieu alternatif, ancien musicien, il commence à se faire la main en arpentant les scènes de festivals et salles de concerts dans la région de Strasbourg.
Il publie rapidement dans la presse tattoo internationale, parcourant le monde au gré des conventions de tatouage qu’il couvre notamment pour le magazine Rise depuis 2008.
Fin 2013, il entame une résidence à la Bibliothèque Humaniste de Sélestat qui s’achèvera en 2017, où il expose des photos du lieu actuellement en chantier et en phase de restructuration. Entre plusieurs voyages en Europe, aux Etats-Unis, en Asie ou en Polynésie, il organise deux expositions hors les murs intitulées De Chair et d’Encre et A corps écrits.
En mars 2015, il rejoint le collectif M33, un atelier partagé à Strasbourg, où il installe son studio et développe d’autres approches du métier pour se frotter à des sensations et des rythmes différents : les ateliers sociaux, la vidéo, le clip musical, ainsi que le photojournalisme qui a débouché sur des premières collaborations avec la presse d’information nationale.
Les dix années de documentation dans le tatouage feront l’objet d’une rétrospective sous forme d’un ouvrage édité par Noire Méduse »
L.S.

Muriel BORDIER

Photographe et vidéaste, Muriel Bordier aborde le plus souvent ses sujets avec un goût certain pour la dérision et l’humour. Qu’elle mette en scène le tourisme, l’histoire de France ou le musée d’art contemporain, ses photographies dévoilent un regard amusé et satirique sur le monde. Elle choisit des éléments appartenant à notre mémoire collective, aux codes culturels de notre société, objets, monuments, paysages, personnages, les juxtapose, les met en scène, les photographie en jouant du décalage que produit leur image avec leur représentation dans l’esprit du spectateur.

Fernande Petitdemange

… Ainsi, au sein d’ensembles récoltés avec l’ambition d’épuiser les formes du réel, Fernande Petitdemange choisit d’isoler chaque objet, de l’interroger dans un face-à-face où elle lui restitue sa solitude, sa fragilité, son énigme. Ce qu’elle propose n’est pas une première lecture, celle de la séduction apparente de clichés noir-et-blanc dont la perfection du détail accroche immédiatement l’œil, mais une seconde lecture qui inclut le rapport au temps. Il s’agit de s’arrêter. Le rapport à l’économie. Il s’agit de sentir couler dans l’âme cette simplicité, cet effet salvateur du dialogue muet. Le rapport à la modestie. Ce ne sont pas de grands, mais de petits objets qui sont ainsi proposés à l’admiration, petits par leur taille. On peut les saisir tout entiers dans le regard, sans avoir à les décomposer, à les fractionner. Ainsi ils semblent moins redoutables, plus familiers.
Extrait du texte de Sylvie Lawrence-Friedman (anthropologue, écrivain) pour le catalogue d’exposition « Le fonds de Jacques B. »
Exposition présentée du 26 mars au 12 juin 2011 au Musée des Jacobins, Morlaix, 2011