Anna Voreux

Mon processus créatif a pour commencement le vide : un espace mental et une disponibilité physique que j’entretiens afin d’accueillir ce que mon corps alerte et intuitif capte de mon environnement.
« La récolte », l’instant de la saisie des extraits (matières, objets, paroles…), est suivie d’une période de « macération » : une décantation hors de son contexte qui a pour objectif d’en révéler l’essence. Plus qu’une notion, le temps est donc une matière complice agissante qui dévoile, fortifie, transforme et rythme l’ensemble de ma démarche.

Originaire du milieu agricole, j’ai développé une affinité particulière avec les matières organiques et minérales qui m’attirent par la forme de vie intime, puissante et indépendante qu’elles renferment. De l’observation de ces dernières est née une fascination certaine pour les analogies et les porosités qui s’opèrent entre les trois règnes (animal, végétal et minéral). Je souhaite leur rendre hommage et rappeler qu’en temps qu’être vivant, nous sommes, les humains, également intégrés dans cette relation étroite et particulière.

Partager, retrouver ou entretenir l’émerveillement face à la Nature semble aujourd’hui fondamental. Puisant dans des sources multiples (science, mythologie, alchimie, quotidien, ethnologie…), je recherche toujours la présence d’une force universelle et archaïque. C’est dans ce sens que, depuis peu, je déploie au sein de ma démarche une dimension spirituelle, au sens étymologique du terme, « propre au souffle, au principe vital ».

Françoise Saur

Depuis 2015 je poursuis inlassablement la série "Compositions sur le marbre". La première partie a été montrée à "La Chambre" à Strasbourg, au MAMCS, au centre d'art et de photographie à Lectoure. Puis une deuxième partie à la galerie "Le réverbère" à Lyon. En 2024 j'ai un peu changé le protocole: les végétaux sont tous blancs et leur contenant de couleur blanche, ou transparent. Cette parenthèse s'appelle "Les blanches". Je continue à collectionner tous les "petits noms" de chaque plante, après des recherches assez approfondies. Et cela se lit comme un poème.

Collection de photographies Madeleine Millot-Durrenberger

Née dans les années 1880 pour analyser la notion de mouvement, la pratique de la séquence photographique (suite ordonnée d’images) se généralise au XXe siècle parallèlement à la diffusion du reportage photographique dans la presse illustrée. Elle permet le « récit en images » à partir de la saisie chronologique d’instants du réel.

À partir des années 1960/1970, certains auteurs-photographes se réapproprient le procédé pour le mettre au service de leur créativité, échappant ainsi au dogme de l’« instant décisif ».

Ce sont des exemples variés de cette « renaissance » de la séquence photographique que nous présente cette exposition. Pour certains auteurs, la séquence permet d’introduire du rythme dans le narratif, pour d’autres c’est une forme de jeu, éventuellement destiné à désorienter le regardeur. D’autres encore, combinant séquences et mise en scène, nous questionnent sur le rapport au réel (le leur autant que le nôtre). Enfin, dans ce balancement entre instant et durée, comment ne pas être interpellé par l’espace séparant les images les unes des autres, sorte d’entre-deux offert à l’imaginaire du regardeur ?

Bill Noir

Bill Noir travaille depuis l’été 2022 à l’atelier Pare-défaut.
Atelier partagé avec Paul Souviron, Mathieu Tremblin et Corentin Seyfried.
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Le collage que je pratique, est à la fois un geste libre et brutal, une manière d’ouvrir le réel à des associations imprévues. Mais c’est aussi une discipline rigoureuse : je cherche à donner une forme construite à un désordre inspirant, dans une sorte d’errance volontaire.  Tout commence par la récolte. Je chine, je fouille, je collectionne des documents divers : encyclopédies, magazines, papiers anciens. Je puise mes matériaux dans les surfaces imprimées du vingtième siècle, avec comme but, la quête d’images qui portent en elles une singularité, un pouvoir de fascination. Ces fragments de livres et de revues anciennes sont pour moi des trésors inépuisables : ils offrent une richesse de textures, une palette de couleurs et de détails qui nourrissent sans cesse mon regard et mon imaginaire.  Vient ensuite le dépouillement. Le temps consacré au classement, à la découpe, au défrichage. C’est l’occasion de concasser, de définir les lignes, en utilisant les ciseaux comme crayon. De ces multiples destructions résultent des fragments, des monticules d’ingrédients, qui viendront bientôt nourrir mon espace de travail.  C’est alors que j’entre dans un jeu de confrontations et de rapprochements. Je classe, je pioche, je mélange. Le désordre me guide, me déstabilise, jusqu’à provoquer l’étincelle : la surprise d’une rencontre improbable, l’équilibre fragile entre des éléments disparates. Même les rebuts ou les chutes deviennent des ressources précieuses.  La composition s’élabore peu à peu, dans un dialogue entre vides et pleins, entre vibrations de tons et d’images. La page devient un espace où je cherche la profondeur, où les strates s’empilent, s’emboîtent, se bousculent.  En tant qu’il est issu d’un collage, le mot chaosmos pourrait peut-être désigner ce processus.

P-mod

Officiant professionnellement dans la photographie depuis 1997, Dominique Pichard a quitté le confort d’un laboratoire photo où il exerçait depuis une dizaine d’années pour se plonger dans le vaste univers de l’indépendance depuis 2007.
Issu du milieu alternatif, ancien musicien, il commence à se faire la main en arpentant les scènes de festivals et salles de concerts dans la région de Strasbourg.
Il publie rapidement dans la presse tattoo internationale, parcourant le monde au gré des conventions de tatouage qu’il couvre notamment pour le magazine Rise pendant dix ans.
Fin 2013, il entame une résidence à la Bibliothèque Humaniste de Sélestat, où il
développe des projets artistiques et expose les photos du chantier monumental jusqu’à la fin de sa restructuration en 2018. Entre plusieurs voyages sur les cinq continents, il organise deux expositions hors les murs intitulées De Chair et d’Encre et A corps écrits.
Les douze ans de documentation sur le tatouage prendront forme dans l’ouvrage “Figures Libres” co-écrit par la journaliste Laure Siegel aux éditions Noire Méduse.
En mars 2015, il rejoint le collectif M33, un atelier partagé à Strasbourg, où il installe son studio. Il co-préside l’association avec la photographe Paola Guigou. Il y développe progressivement d’autres approches du métier, plus collectives, et se frotte à des sensations et des rythmes différents, comme la réalisation vidéo ou le photojournalisme pour la presse d’information nationale (ARTE, Médiapart…)
La somme de ces expériences donne naissance à une démarche plus engagée dans le cadre de deux résidences artistiques toujours en cours:
– l’une avec la Maison des Ados de Strasbourg depuis 2016, où il documente les activités de la structure, forme les professionnels du médico-social et son public en vue d’un travail de création immersif lors d’ateliers de médiation par l’image.
– l’autre avec Emmaüs Scherwiller depuis 2019, où il forme les compagnons en vue d’un travail de documentation qui deviendra la série photographique “Le Grand Dérangement”, présentée en septembre lors du festival Caritatif Compagnons d’encre, également coordonné par l’artiste en résidence et le collectif M33.
À mi-temps à l’atelier strasbourgeois M33 et l’écolieu Oasis Multikulti à Mietesheim, les projets actuels s’axent aujourd’hui vers la recréation du lien via la co-construction de projets inter structurels à portée sociale et artistique, sur la collecte de mémoire auprès de publics larges et variés par le prisme du projet Memento, ainsi que sur le développement des alternatives économiques et culturelles”

Paola Guigou

Photographe indépendante basée à Strasbourg, Paola Guigou travaille principalement le portrait et la mise en scène pour des agences de publicité, pour l’édition, et pour la promotion de marques et d’artistes. Elle intervient également auprès des entreprises et institutions en corporate et reportage.

Diplômée des Arts décoratifs de Strasbourg en 2006 et de l’Ecole des Gobelins à Paris en 2008, elle évolue aux côtés de portraitistes et photographes de mode en studio avant de se lancer en freelance. Elle créer en 2014 l’Atelier M33 dans l’ancienne usine Junkers à la Meinau, et y installe ses bureaux et son studio.

Catherine Fischer

Les  formes et les couleurs apparaissent librement. Je crée directement sur le papier en laissant les éléments réagir entre eux. Tout est intuitif et les résultats sont souvent imprévisibles. Le souvenir de quelque chose, un arbre ou une fleur, une vision éphémère, un mouvement, un objet, une lumière, un poème, une forme entrevue l’espace d’un instant, toutes ces manifestations  qui me touchent profondément  peuvent susciter la création d’une image. La mémoire parle et le geste est guidé par ces émotions.

Sandrine Rummelhardt

Mon travail photographique est constitué pour l’essentiel par des portraits, plus exactement par des séries de portrait, en noir et blanc ou en couleur. Partir à la rencontre de personnes, de lieux, de paysages, en laissant le regard et le corps parcourir l’espace environnant. Laisser libre cours aux cheminements de la pensée et de l’imaginaire. Explorer le réel. Interroger la place de l’humain et de la nature dans notre société contemporaine. C’est là quelques-unes de mes préoccupations artistiques.

Pierre Rich

Vibrations violoncelle
C’est, au départ de l’aventure, un pari fou : parvenir à capter les vibrations des cordes de l’instrument, défi paradoxal, car une photographie est par nature immobile, tandis que la musique est mouvement. Elle n’est qu’une bouffée du souvenir du temps, dit Pascal Quignard. C’est en cela qu’elle rejoint la photo, car toutes deux usent des sortilèges de la nostalgie. Je rejoins ainsi, très inconsciemment, la chronophotographie de Marey et Muybridge à la fin du XIXème siècle. Beaucoup d’autres photographes depuis ont expérimenté la captation du mouvement. Depuis ce temps, la recherche se poursuit avec d’autres musiciens.
L’image est une brèche dont une des définitions du Larousse – ouverture ou cassure produite par des fragments de matières enlevées – pourrait correspondre à cette série photographique : rendre compte autant de la matérialité du violoncelle – ses matières, ses poussières, ses écorchures, ses brillances, que du surgissement de l’inattendu, sans crier gare et comme par magie, d’une sorte d’abstraction résultant des actions et des mouvements. Des traces, des fuites, des interférences sensibles, des coïncidences improbables, des transparences, des démultiplications, des flous, des bougés, des scintillements, des flottements, des vitesses lentes, des points de netteté décalés – seuls à même de capter ces étranges apparitions  : voilà le laboratoire du photographe. Les artifices techniques révèlent cette énergie où tout s’anime conjointement, bras, mains, doigts, archet, cordes, caisse de résonance.
Tirages 40×40 cmm sur papier fine art ultra smooth.
http://www.pierrerich.com/vibrations-musique.html#vibrations_violoncelle

Martyn Greenhalgh

Mon travail est purement photographique. Ce qui m’intrigue et m’attire dans la photographie est sa dépendance au sujet; l’appareil doit être pointé vers quelque chose. Je ne me lasse pas de la transformation qui a lieu quand le déclencheur est activé, et par la façon dont cette association entre le sujet et cette transformation peut être canalisée pour exprimer des idées et des expériences. Quand je commence à photographier j’ai une fascination presque obsessive pour le sujet qui dure jusqu’à l’achèvement du travail, moment où elle se reporte alors vers les photographies elles-mêmes. Le paysage est une de mes obsessions constantes, particulièrement la frontière entre l’homme et la nature. Je travaille en argentique dans tous les formats (35mm à chambre 20x25cm.) et en numérique.J’ai exposé à travers la Grande-Bretagne, en Europe et aux Etats-Unis. Mon travail se trouve dans les collections privées et publiques dont: Victoria and Albert Museum, Londres.National Gallery of Scotland, Edimbourg.MACBA Museo d’Art Contemporani de Barcelona, Edinburgh City Council.City Arts Centre, Edimbourg.North West Arts, Manchester.Kunsthalle, Bâle.Leipziger Galerie für Zeitgenössische Kunst, Leipzig.Motherwell District Council, Ecosse.