Estelle Chrétien

J’ai eu l’occasion de faire évoluer ma pratique à droite à gauche depuis mon dnsep à l’Ensa de Nancy en 2011. Prenant appui sur un imaginaire rural traditionnel en désuétude pour venir le confronter au réel, mon travail plastique naît, lentement, en gauillant dans la matière. Il se construit selon le hasard des rencontres, au fil d’associations libres, ou d’évidences irrationnelles. Mes errances contemplatives sur papier, nourrissent un imaginaire organominéral. Dans le bavardage omniprésent, j’explore le silence à l’état brut, un silence plein, tente de le préserver, de le transmettre.

Hyacinthe François

Convaincu que le dessin est à l’origine de la transformation du réel en imaginaire et de l’imaginaire en réel, mes travaux visent à établir une relation entre ces différents espaces.
J’utilise comme support plastique la ligne et la matière, comment les lignes d’un dessin créent un espace, comment les matières dans l’espace créent le dessin. C’est un dialogue qui constitue notre monde, la matière transformée, l’imaginaire introduit. Le processus de fabrication de mes projets exploite des
techniques manuelles et directes sur le matériau, elles offrent la liberté de modifier les formes, de dessiner l’objet au fur et à mesure.
Ces éléments me conduisent à réduire la frontière entre surface et espace, d’appréhender la matière comme dessin et le dessin comme matière.

Hélène Humbert

Ossillant entre l’illustration jeunesse, l’installation et l’image imprimée, mon travail artistique s’axe autour de trois idées globales qui se croisent, se nourissent et se répondent: le processus, la participation et la transdisciplinarité.
Que ce soit pour les images, les éditions, les installations ou les ateliers, j’amorce toujours une idée de projet en collectant des éléments.
Je récolte des mots, je repertorie des formes, je liste des couleurs. Ce “protocole” me permet d’établir une base visuelle et sensorielle cohérente. Il est d’autant plus intéressant de l’utiliser pour des projets collectifs et participatifs.
Ce rapport aux publics est pour moi primordial, que la réalisation même de l’oeuvre se fasse ensemble, avec les personnes ou que la finalité de l’oeuvre amène les gens à manipuler, transformer ou s’approprier les éléments. Il est important que le contact avec l’art soit humain et partagé.
Les différentes sensibilités et les différentes approches que chacun peut avoir de l’art sont également une source de réflexion. La dimension pluridisciplinaire d’un projet me permet, avec une même intention et une même idée, d’en proposer différentes visions, différents angles. Je ressent souvent le besoin de transposer une même pensée, un même projet, d’une manière différente. J’accompagne mes images au-delà de leur finalité en tant qu’image. Leur vie continue souvent dans une installation ou dans un atelier. Toujours dans ce soucis de compréhension, de partage et d’échange. Tout peut toujours être raconter et reraconter d’une autre façon, à un autre moment, dans un autre élan et dans un autre lieu. Cette approche me permet aussi de me détacher de mes créations, de les voir se transformer et de les laisser vivre ailleurs, avec d’autres.

Julie Chane-Hive

Mon travail artistique est lié au paysage, il fait autant appel à l’expérience personnelle, qu’à la contemplation de celui-ci. Se mouvoir dans un espace, accorder un temps pour l’observation et la vanité, sont aux fondements de mes préoccupations et de mes réflexions. Dans la lenteur et la répétition de la marche, le corps se meut autant que la pensée. Prendre le temps de regarder les lumières changer, écouter les murmures de la forêt, ressentir les nivellements du terrain sont les expériences desquelles je m’inspire en partie pour créer, ainsi ce que j’essaie de retranscrire n’est pas le phénomène mais bien une interprétation de l’expérience. L’image du glaneur est aussi présente, je collecte autour de moi, ici et là, des fragments du paysage, des mots, des extraits de textes, des images. Je relie les éléments entre eux pour construire ma pensée en constellation.

La création de récits est constante dans les projets que je mène, car c’est pour moi un moyen d’amener le lecteur à se projeter ailleurs que dans ce qu’il voit. Partir d’un fragment pour re-concevoir une histoire, chercher et ré-assembler les éléments pour comprendre l’ensemble. La notion de discrétion est aussi importante, la discrétion c’est avoir le pouvoir de décider mais c’est aussi le caractère de ce qui n’attire pas l’attention. Celui qui regarde doit prendre part à l’oeuvre car la rencontre n’est pas frontale.

Le livre et la maison d’édition Martian’s Parlor que j’ai créé avec Colin Thil font partie intégrante de la réflexion que je mène. J’ai commencé
à m’intéresser à l’objet livre pour la valeur qu’il a dans notre société, il a depuis l’imprimerie peu de valeur monétaire mais garde une forte valeur culturelle. Ce que j’aime dans la forme du livre c’est qu’il a un côté populaire, et très facile d’accès. Pourtant il faut s’y intéresser, s’y plonger, le livre comme les formes que je mets en oeuvre demande de l’attention.

Bénédicte Lacorre

« Mes objets flottent-ils au-dessus de moi dans un espace autre ?
Une utopie ?
Il y a tellement de moments dans la vie où j’aimerais pouvoir faire comme ce que nous faisions étant enfant, dire pause : pause, je joue plus. Et là le jeu s’arrête et on est libéré de ses règles jusqu’à ce qu’il reprenne.
Mes objets eux sont libérés du temps et de ses effets.
Ils ne peuvent pas se dégrader, ni vieillir. Toutes mes actions sont réversibles. Et si je les supprime définitivement, je peux faire en sorte qu’il n’y en ait plus aucune trace.
De toute façon ils ne peuvent pas mourir puisqu’ils ne vivent pas dans le temps.»

Alexandre Kato

Je regarde avec la même attention l’immense océan et les reflets étincelants aperçus entre les écailles d’un poisson rouge. Je m’attache au détail. Il reproduit en lui-même l’immensité de ce qui l’entoure ; de la même manière l’éphémère en dit long sur le temps qui passe.

Se reflétant
dans les yeux d’une libellule
les montagnes
Issa (1763-1828)

Les liens qu’entretient l’Homme au paysage et au territoire constitue la base de ma réflexion. Ils nous déterminent depuis des milliers d’années et influencent notre physique, notre nourriture et parfois même nos croyances. Que sont-ils devenus aujourd’hui, alors que nous traversons les continents et océans en quelques heures et que le monde entier est accessible depuis nos écrans ?

Le shintoïsme, animisme japonais qui place des esprits dans les éléments naturels comme la pierre, les arbres, la lune, m’intrigue. Je me demande s’il y a maintenant des esprits dans les écrans avec lesquels j’observe de grandes étendues de territoire, ou dans la lumière des lampadaires.

Mes origines japonaises sont déterminantes dans mes recherches. N’ayant jamais vécu dans ce pays, je cherche à tisser des liens avec une part de moi-même que je connais et comprends peu.