Après les fleurs factices singeant les véritables fleurs, il voulait des fleurs naturelles imitant des fleurs fausses. (Huymans, A Rebours, 1884) « On entre dans le travail d’Elise comme dans un jardin : une tige, un feuillage, une barrière, une tente, un rocher, une arche. On connaît tous les éléments, on les reconnaît, et pourtant ils ne sont pas ce qu’ils sont. (…) Ses matières en attente d’être définies, redéfinissent pourtant les notions de nature et culture. Elles seraient d’une « nature-culturée » ou plutôt d’une nature « cultivée » par la main de l’artiste-jardinier. Ainsi elles nous prennent au piège de leur (faux) semblances. Pièges de lumières et de couleurs, mais aussi de sensations : Elise active une forme de prestidigitation de l’image et de l’objet qui fascine autant qu’elle inquiète. Le simulacre agit jusque dans nos imaginaires, nous voilà dans un deep-fake sculptural et assumé. Alors on entre aussi dans le travail de l’artiste comme dans un théâtre, ou plutôt une maquette. Elle met en place un décor dont les limites se laissent volontairement discerner, où les loges ne sont pas cachées, et où le rideau ferait autant partie de la pièce. Chaque élément laisse voir ses contours – elle fait du cloisonnement un art à part entière – mais nous ne distinguons pas la bordure de la scène sur laquelle ils sont disposés. C’est parce qu’il s’agit d’un théâtre-jardin sans fin, et bientôt d’un labyrinthe, qui nous met face au vertigineux désir de l’humain à maîtriser ses environnements. (…) En passant par l’autre face du décorum (dans tous les sens du mot), l’artiste nous invite à habiter le potentiel narratif de nos objets, en recréant leurs versions manufacturées. Mais il y a un soin nécessaire à ses fac-simile. Il s’agit de revenir à une ingéniosité de la matière et du faire, ramenant à une époque où nous habitions autant la maison que le jardin. Par cela il s’agit d’imaginer les autres possibles d’une société fragmentée par la modernité. Peut-être Elise invite à penser le monde comme une permaculture à décloisonner : en conscience de notre empreinte sur nos environnements (il n’existe à ce jour plus vraiment de nature non domestiquée par l’humain), elle rend visible cette frontière- rupture avec la nature, et à la fois invite à la laisser pousser en dehors des sentiers que nous lui avons battus. Et par cela, à valoriser notre essentielle co-dépendance, et le besoin de renouveler nos contemplations envers elle. Comme lorsque l’on ramasse une graine et lui imaginons une histoire. Elle se plante dans notre esprit, cette image de graine, pour faire germer encore mille autres comme elle. Elise façonne ces nouveaux écosystèmes, facto-factices, naturo-culturels, scientifico-mythologiques, antico-contemporains. (Extrait d’un texte de Valentine Cotte, Artiste-chercheuse.)
