Pratiques : Céramique
David Fuchslock
Caroline Steinbach
PETITE EXPLICATION… DU TRAVAIL…
Caroline Steinbach présente un univers plastique où dialoguent le dessin à la pierre noire et la sculpture en céramique. Son travail explore des formes organiques à la frontière du végétal et de l’anatomique.
Dans ses dessins en noir et blanc, la pierre noire caresse le papier et sculpte la lumière. Le clair-obscur modèle les volumes avec douceur ; le grain, les transitions veloutées et la composition épurée créent un espace où l’ombre et la lumière deviennent langage. Les formes biomorphiques y demeurent volontairement ambiguës : elles invitent à une lecture intime, à une projection personnelle. Les « Fleurs », aux formes sensuelles et féminines, évoquent une symbolique proche de l’univers de Georgia O’Keeffe, tandis que d’autres œuvres interrogent la perception du corps et la porosité des genres, dans un dialogue intérieur/extérieur, masculin/féminin, qui n’est pas sans rappeler certaines explorations de Louise Bourgeois.
La céramique prolonge cette recherche dans la tridimensionnalité. Les volumes arrondis, les courbes dominantes, les formes épurées deviennent matière vivante. Là où le dessin explore la profondeur par le contraste du noir et du blanc, la sculpture affirme la présence par la couleur. Les teintes franches — jaune solaire, rouge vibrant, bleu profond, noir dense — fonctionnent comme des forces émotionnelles.
Les fleurs, les graines, les formes germinatives traversent l’ensemble du travail. Les « Graines » apparaissent comme des métaphores de la genèse : elles portent en elles le potentiel, la latence, la transformation. De la dormance à l’émergence, elles traduisent le passage de l’invisible au visible, rejoignant une réflexion sur l’origine et la puissance créatrice, que l’on peut rapprocher de certaines recherches de Jean Dubuffet dans l’Art Brut ou de la matérialité essentielle explorée par Wolfgang Laib.
Qu’il s’agisse de la pierre noire ou de la terre modelée, le geste reste central. Il est à la fois doux et affirmé, minimal et chargé de symbolique. La simplicité formelle n’est jamais décorative : elle vise l’essentiel. Les formes se situent à la limite de la reconnaissance, laissant place au trouble et à l’ambivalence.
Ainsi, par le dessin comme par la céramique, Caroline Steinbach interroge la conscience du corps, la dualité des forces et la poésie du vivant. Son travail propose un espace de contemplation où matière, lumière et énergie dialoguent dans une recherche d’équilibre entre ombre et éclat, intériorité et élan.
Agnes Saglio
Mon travail est spontané et instinctif s’exprime indifféremment dans les domaines de la peinture et de la sculpture céramique avec pour thème de prédilection l’humain. Ma recherche se porte sur les formes épurées, le mouvement. Les matériaux employés, collés sur toiles ou incrustés dans la terre permettent d’apposer les empreintes griffées sur divers supports.
APPROCHE PICTURALE
je travaille à plat, rapidement, c’est très gestuel. Ce qui m’intéresse ce sont les gîclures, coulures et griffures et déchirures.
APPROCHE VOLUMES (terre)
Le travail est également rapide, les formes acquises sont « mal-traitées » pour aboutir à des volumes épurés. L’enfumage et l’émaillage finalise le travail.
TETES EN GRES ET BOIS FLOTTE
Des têtes d’enfant d’ethnies différentes, monochromes, installées sur socles en plastique ou métal, accrochées au bois flotté se différentient par leur expression, port de tête, certains ont les yeux fermés, manifestation d’une vie intérieure intense, d’autres les yeux ouverts sur l’inconnu,…
Ces têtes en grès plus ou moins fortement chamottes et de nuances différentes sont brutes, sans émaillage, juste un léger enfumage.
Les suivants seront sûrement différents? L’évolution est en cours!
MON EXPRESSION PLASTIQUE EST POLYMORPHE :
Peinture collage sculpture ceramique raku
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couleur volumes matieres
TOUT EST PRETEXTE A CRéer… ET TOUT EST INTERCHANGEABLE
Thomas Dirsch
Thomas DIRSCH a installé son atelier à Rountzenheim près de Haguenau et poursuit une production artistique depuis 1990.
Il travaille actuellement sur une série de buste en céramique, une terre argileuse modelée et cuite à haute température. Il aborde à travers ses remarquables sculptures la thématique du mythe, par la représentations de geishas, de femmes avec coiffe africaine, de figures mythologiques. La recherche du sens, du mystère, est au centre de sa quête.
Gariste Gatené
Gariste Gatené est un vrai faisan et un faucon, ou plutôt il y travaille. On prétend également qu’il exerce en tant qu’installateur sanitaire et social. Il, Gariste Gatené, est plusieurs, c’est le nom propre commun à un micro-collectif. C’est aussi une anagramme, celle d’Artiste Engagé. Alors, une fois auto-qualifiés ainsi, il nous faut affirmer que nous travaillons à ne pas répondre à la définition dite familière par la rousse la plus connue de la langue française, à savoir qu’un artiste serait un « bon à rien, fantaisiste ». Quoique, nous sommes engagés dans, ou plutôt nous produisons de manière multidisciplinaire en gage de recherche systématique de formes contextuellement pertinentes, ce qui signifie que, bons à rien, nous nous projetons dans la réalisation sans automatisme disciplinaire mais guidés par la maxime détournée « On peut toujours tondre un oeuf ». Nous travaillons donc comme des bons à rien puisque toujours motivés par la volonté de mettre en mouvements, en travaux, les histoires que l’on construit et que l’on donne à voir, que l’on propose au regard, que l’on essaie de « faire entendre ».
Kristina Shishkova
Depuis un certain temps je m’interroge sur la manière de faire cohabiter
des médiums différents. Je travaille en parallèle la peinture, la sculpture et
le dessin. L’échange qui se met en place pendant le processus de travail,
aide à leur développement. Mes œuvres se construisent autour des mêmes
questionnements et sont basées sur des recherches essentiellement
plastiques, quelque soit le médium exploité.
Je considère mon travail comme une mise en tension des couleurs,
des formes et de la matière travaillée de manières différentes.
Je pense que dans la confrontation des médiums se créent des liens qui
rendent plus visibles les tensions que je veux souligner.
C’est pourquoi, je présente mes peintures et sculptures en dialogue.
Je me construis une banque d’images à partir des éléments et des expériences
visuelles rencontrées dans la nature. Je m’intéresse au paysage : les rochers,
les formes naturelles, les textures et couleurs qui se créent sur une surface
par l’érosion, les taches qui apparaissent sur un mur là où la peinture
est tombée attirent mon attention.
Je déplace des éléments de leur contexte pour créer de nouveaux « paysages »
et jouer sur notre perception.
Je mets alors en place une sorte d’ambiguïté, d’étrangeté.
En peinture je travaille par superposition de couches de matière plus ou
moins épaisses (mélanges de colle et pigmentes pour les fonds, sable, vernis
et peinture à l’huile pour les parties en texture). Il y a au cours de ce processus
des réactions, des effets qui échappent au contrôle. C’est là qu’à lieu
la rencontre entre la maîtrise et le hasard, l’habituel et l’étrange.
Mon plaisir est alors de permettre ces surprises, d’accepter ces contraintes.
Je travaille à partir des événements produits par la nature des matériaux.
Je m’intéresse à ces spécificités que j’utilise pour renforcer les tensions qui
s’y sont créées.
Gretel Weyer
Gretel Weyer fouille les symboles et les objets de l’enfance. Les œuvres matérialisent les peurs, les fascinations et les rêveries qui structurent ce qui est communément appelé « l’âge tendre ». Une tendresse que l’artiste vient fendre d’un malaise. L’innocence et la nostalgie laissent place au doute et à l’abandon. D’un seau s’échappent des crapauds, la fuite des princes charmants ? Sur et autour d’un banc traînent des masques animaliers : un loup, un élan, un putois et un ours. Les animaux, attachés à l’imagerie du conte, sont à la fois séduisants et effrayants. Les masques semblent avoir été abandonnés, la scène indique la fin du jeu. Sur des toiles de canevas, l’artiste brode des femmes endormies. Le sommeil se confond avec la mort. Elle travaille ainsi les notions de passages et de rituels auxquels les enfants sont confrontés de manière consciente ou inconsciente. L’humain et l’animal cohabitent de manière fragmentaire. La tête d’un garçonnet regarde le corps d’un oiseau mort. Des petites mains en céramique blanche sont introduites dans les gueules d’un loup, d’un ours, d’un cheval ou d’un cerf. À la lisière de deux mondes, elle fait dialoguer le danger et la bienveillance.
Un sentiment d’inquiétante étrangeté plane au-dessus de l’exposition où le temps est comme suspendu.
Les sculptures de Gretel Weyer génèrent une transfiguration du réel par l’imaginaire. Par le détachement ou le saisissement, l’artistes parvient à ouvrir des espaces narratifs où les imaginaires (personnels et collectifs) peuvent à la fois s’exprimer et se réfugier.
Extrait de texte de Julie Crenn écrit dans le cadre de l’exposition des illusions, à la galerie Maïa Muller-Paris.
