Claudine Cibray

Je couple dans ma pratique dessins et volumes céramiques . De ce jeu de réponse entre la fragilité du papier et la matérialité du grès s’initie un espace de signes, traces éparses ; ma pratique céramique développe une série de pièces en grès émaillé : trophée évoquant l’arme, l’outil, la branche, le pot … Les dessins, sur feuilles épinglées au mur, illustrent et détournent, invoquent et dansent autour.

Mélodie Meslet-Tourneux

«A rebours de la révolution numérique et du « tout dématérialisé », Mélodie Meslet-Tourneux investit depuis dix ans la céramique qu’elle marie à la photographie argentique dans un minutieux travail artisanal qui révèle simultanément images et volumes. Travaillant étroitement avec des potiers aux savoirs immémoriaux, elle est guidée par des postures, des façons de préparer la terre, mais aussi d’être potier. C’est par l’observation et le mimétisme gestuel que Mélodie s’imprègne d’un site et de son histoire. Elle modèle, tourne, monte la terre à la plaque ou au colombin, prend autant de notes dessinées, écrites que photographiques, pour constituer une collecte hétéroclite de sources. Elle ne néglige aucun mode d’écriture pour embrasser un sujet. Le résultat de ses recherches génère de multiples traces, documents et objets qui parfois s’hybrident avec finesse et sous la forme de pièces témoins aussi bien inédites que chargées de mémoire. De cette façon, en 2015, l’artiste a travaillé avec les potières de Dioulasso Ba au Burkina Faso aux cotés desquelles elle a réalisé des répliques d’objets traditionnels détournés de leur fonctions premières. Terre Burkinabée présente ainsi des contenants oblitérés par des clichés qu’elle réalisa de femmes façonnant la terre. En 2016, Bleu fassi raconte la rencontre avec des potiers d’un atelier marocain au travers de créations de monotypes, d’une vidéo et de photographies dont certaines sont développées sur la face des stèles modelées. Lors de ces expériences, Mélodie Meslet-Tourneux a perfectionné une technique de travail personnelle. Elle fait apparaître des images à la surface des reliefs de la terre cuite par l’usage de gélatines photosensibles. Ces expérimentations sont parfois longues et aventureuses, mais font partie du processus de recherche qu’elle élabore à chaque fois différemment pour faire advenir ces objets comme des apparitions visuelles et révèle ce qui habituellement ne se voit pas. Des lieux, des gestes, des situations de création, des histoires d’atelier dont l’objet devient le témoin. (…) « Sophie Auger-Grappin Critique d’art Directrice du centre d’art contemporain le Creux de l’enfer, Thiers

Skander Zouaoui

« Mes oeuvres dérivent de mes préoccupations, réflexions et interrogations ; il ne s’agit pas de commentaires pour autant, pas tout le temps. Ce sont peut-être plus souvent des questions que des réponses. J’emprunte parfois au quotidien des formes qui sont facilement identifiables, j’aime les manipuler. En les refaisant, j’ai l’impression de les comprendre davantage, de les saisir un peu plus. La matière est un élément important dans mon travail, elle m’impose un temps nécessaire.» SZ PARCOURS Tuniso-allemand, Skander ZOUAOUI est né en 1982 à Tunis, il vit et travaille à Strasbourg, où il y a obtenu en 2005 une Licence d’arts plastiques puis un DNSEP en 2008 (HEAR). Son travail fait régulièrement l’objet d’expositions en France et à l’étranger, notamment en 2010 au Musée des arts décoratifs à Paris, au CRAC le 19 à Montbéliard en 2012, la même année à la biennale de Vallauris… Parallèlement il donne différents cours du soir à Strasbourg à l’ARES et à la HEAR et à l’Université de Strasbourg.

Celine Martin

Dans Je et Tu, texte fondamental sur le principe de réciprocité, le philosophe Martin Buber conçoit la capacité relationnelle de l’homme comme la source de tout renouvellement. Buber identifie trois domaines dans lesquels ce « privilège » se manifeste : la relation de l’homme à la nature, celle qu’il établit avec les entités spirituelles et sa « vie avec les [autres] hommes » où seuls sont possibles ces liens nés du fait d’être « contemplateurs et contemplés, connaisseurs et connus, aimants et aimés ». Ce dernier champ de relations, plus exactement le « point central où les lignes prolongées des relations se coupent » et ce qu’engendre cette intersection, sont au cœur de la démarche créatrice de la plasticienne Céline Martin (…)

« Ce que je fais : je regarde. Je n’ai jamais fait que regarder les gens. Je n’ai fait que voir ou essayer de voir les rapports humains afin d’en parler. Voilà ce qui m’intéresse. Je ne connais d’ailleurs rien de plus important. » Cette phrase de Pina Bausch, qu’apprécie tout particulièrement Céline Martin, apparaît comme la devise de sa propre œuvre, où l’observation et les relations interhumaines occupent une place centrale.

Extrait de l’article de Viktoria von der Brüggen – Toucher l’humain : Gestes de sollicitude dans le processus créatif de Céline Martin

LAURA Plassier

De la sculpture à l’assiette il y a des ciels changeants, des mousses grimpantes, des musiques lancinantes…

Karima Duchamp

Karima Duchamp est une artiste et céramiste basée à Mulhouse en France. Elle a obtenu son DNSEP avec mention à l’Ecole des Beaux-Arts de Besançon et un diplôme en céramique. La pratique de Karima Duchamp est intuitive : avec de l’argile, de la terre, sur papier ou sur toile libre, l’artiste manipule, lâche prise, se dégage d’une pratique académique de la sculpture et du dessin. Elle déploie des paysages, où s’entremêlent les architectures primitives et les corps fantomatiques, si légers qu’ils semblent prêts à s’envoler, à disparaître. Le corpus de sculptures Déconstruction montre une forme d’habitat schématique, qui semble avoir été détruite puis recomposée, dont l’équilibre paraît précaire, presque miraculeux. Assemblage de plaques de terre, l’objet est enrobé et habillé avec des engobes, des terres colorées : comme dans un tableau en volume, Karima Duchamp dépeint une situation étrange, avec personnages masqués et lignes de fuite. Le processus de cuisson comporte des risques et des mutations maitrisées par l’artiste, entre primitivisme et alchimie élémentaire. Dans le corpus de sculptures Golden Rocks, la céramiste construit des volumes de plaques de terre découpées, à l’image de feuilles d’origami froissées. Les surfaces prématurément vieillies semblent porter les traces fossilisées d’une histoire passée. Les reliefs intérieurs sont révélés par un travail sur un engobe blanc et sur les surfaces extérieures, les engobes bleus, blancs et noirs mats contrastent avec la lumière de l’or, à la fois matériau et symbole. Elle s’intéresse à la couleur, au flou, à la patine, à l’usure et au vieillissement de la couleur. L’argile lui permet de raconter le temps qui passe, l’histoire de ses souvenirs laissés par des relations diverses et imprévisibles avec les autres. Ses souvenirs s’expriment en utilisant des formes précaires et fragiles. Ces mêmes souvenirs peuvent être représentés dans son travail à travers l’exploration de la dualité entre faiblesse et force. Elle utilise principalement des plaques d’argile pour créer des surfaces en céramique inhabituelles. Ce qui émerge dans son travail peut provenir d’un détail qui la transporte dans des histoires, des souvenirs et des projections possibles. Ses œuvres uniques ont remporté de nombreux prix et ont été incluses dans de nombreuses expositions individuelles et collectives à travers le monde, telles que The Salon Art + Design à New York, Design Miami et à Bâle. Son travail est dans des collections publiques telles que le musée Ariana à Genève et le musée Yingge à Taipei. Membre de l’Académie Internationale de la Céramique, elle poursuit ses explorations céramiques à travers des résidences artistiques dans le monde entier.

Anne-Catherine Klarer

J’ai toujours été créative, depuis plusieurs années je pratique la sculpture. C’est en me formant à la fonderie d’art que germe en moi l’idée d’un projet d’atelier collaboratif. En effet, il est impossible de pratiquer la sculpture en bronze en dehors de stage auprès d’artistes professionnels car le matériel nécessaire, en plus de prendre beaucoup de place, est trop coûteux. L’idée était de trouver un espace à partager avec d’autres artistes, d’acheter du matériel en commun, afin de réduire les investissements. C’est un concours de circonstances dans le cadre de ma vie professionnelle qui a été le déclencheur de la création de La CabAnne: licenciée de la société de service informatique dans laquelle je travaillais, je me suis trouvée face à un choix : retrouver un poste dans cette branche ou faire quelque chose de différent. Poussée par mon entourage et par une réelle envie de faire de ma passion mon métier, j’ai fait grandir cette idée et l’ai faite évoluer. Je me suis mise en quête d’un local et suis tombée par hasard sur cette ancienne gare au détour d’un chemin. Un vrai coup de cœur : 400m2 d’espace rénové, une verrière offrant une lumière zénithale, un espace extérieur… bref le lieu idéal. Dès lors que ce lieu a été trouvé, les idées ont coulé de source et ont enrichi mon idée de départ de simple local servant à partager les espaces et à mutualiser les outils. Et pourquoi ne pas créer un lieu où l’économie collaborative serait au centre du développement de l’entreprise, un lieu de partage de connaissances et de compétences en vue de favoriser les pratiques écoresponsables ?

Philippe Sutter

Mon travail s’articule autour de l’opposition de deux axes, d’une part, la structure amorphe des pensées d’aujourd’hui et d’autre part, la structure cristalline des savoir anciens. Je digère le chaos magmatique de la relation hyperréaliste métaphysique, une méthode spontanée de connaissances irrationnelles basée sur l’objectivation critique et systématique des associations et interprétations délirantes résultant des contradictions de notre société moderne.

Sophie Bassot

Sophie Bassot Elle s’inspire de la nature, dont elle capte les forces élémentaires, les lignes essentielles, la spontanéité, le présent éternel, en une sorte de sur-vie. Elle doit choisir une vision totale de l’objet, l’ensemble et non les détails, une nature nue et dépouillée, qui ignore totalement les contours de l’élégance. Elle refuse toute norme de beauté statique, mais une beauté dynamique, en devenir continu, qui ne permet jamais l’exploitation commode des chemins déjà parcourus. Le tableau est là comme idée et non comme objet : le lieu des intuitions et des structurations sur lesquelles s’organisent sa pensée. Elle retrouve le rapport entre rythme individuel et rythme universel, entre individu et univers. Elle pratique l’art par excellence de l’inconscient et de l’irrationnel, cette conscience plastique de nos instincts, l’extériorisation de la vie intérieure représentée par la nature. Elle est aussi opérateur culturel. Avec tous les « enfants terribles » que produit notre société. Elle réconcilie l’art et la vie, en centrant son action sur la valeur sociale, à la recherche des nouveaux mythes fondateurs de la société contemporaine. Elle est porteuse d’ouverture, de tolérance, de sens collectif, de volonté d’être elle-même, du refus de perpétuer le passé. Consciente de pouvoir contribuer à l’évolution de l’art, en suscitant des émotions toujours nouvelles.

Eden Lefevre

Un peigne, une feuille d’alocasia gigantea, un doigt, de grosses cigarettes et des Madones âgées de trois siècles ; mes sculptures se nourrissent d’imagineries symboliques aux acidités harmonieuses. J’aime interroger les choses et objets qui habitent nos quotidiens, sonder leurs identités, leurs charges historiques, politiques et affectives. Silencieuses et précieusement arrangées dans l’espace, mes installations deviennent narration où discours dominants et transversalités piquantes se charment et s’affrontent (…)