Role : artiste
Aurélie Hertrich
Artiste pluri-techniques, quelque part entre dessin et peinture, je cultive cet entre-deux afin de préserver la liberté de ma pratique. Le nu n’est pas un sujet pour moi : c’est une évidence, un territoire d’exploration. Loin de rechercher la perfection anatomique, je m’attache à la manière dont un corps habite l’espace ou semble s’y dissoudre, à cette présence fragile, presque imperceptible. Je poursuis cette vibration silencieuse qui n’apparaît qu’à celui qui prend le temps de regarder. Le modèle vivant est au centre de ma démarche. C’est un dialogue muet, une confiance partagée. Chaque séance est unique. Les corps que je représente sont vrais — parfois marqués, parfois puissants, parfois vulnérables ; ils racontent chacun leur histoire. La beauté naît de cette tension, de cet équilibre instable entre abandon et résistance. Mon travail reste instinctif, souvent inachevé. J’accepte que le papier conserve la trace du doute, de l’élan, du repentir, et que le geste demeure visible. Le modèle vivant engage une vérité, parfois inconfortable, toujours profondément humaine. Je dessine pour comprendre ; je peins pour ressentir.
Philippe Schweblin
Bernard Zimmermann
Artiste pluri-techniques, parce qu’aucune matière ne suffit à contenir ce que je cherche. Le fusain me permet l’urgence, l’encre impose la précision, la peinture m’offre, les silences colorés. Parfois, les techniques se rencontrent, se superposent, dialoguent entre. Je ne choisis pas un médium : c’est souvent lui qui s’impose à moi, selon l’énergie du modèle et l’émotion du moment.
Mon parcours s’est façonné dans la pratique régulière, dans l’observation patiente et dans la recherche constante. Je ne cesse d’expérimenter, de douter, de recommencer. C’est ce cheminement qui me définit autant que les œuvres elles-mêmes. Créer est pour moi une nécessité intérieure, un dialogue intime avec la matière et avec l’humain.
Tiago Francez
Né en 1990, Tiago Francez est un artiste originaire de Lisbonne. Diplômé de la Faculté des Beaux-Arts de Lisbonne, il a passé la dernière décennie à travailler entre Lisbonne, Paris, Londres et Mulhouse où il vit actuellement. Au cours des dix dernières années, il a travaillé et a diffusé ses images liées à la représentation de la biogenèse humaine sous forme de gravures et de peintures murales sous le nom de The Empty Belly.
Son oeuvre est habituellement associée à la question de la nature humaine et cherche à mettre en lumière la fragilité ainsi que l’origine des actions de l’être humain que l’on croit toujours dériver d’une cause. Une partie du travail de Tiago Francez se distingue par le langage qu’il emploie. Comme dans le pointillisme, il utilise le point comme l’élément exclusif de ses images – à la fois composant d’un organisme plus grand et individu à l’intérieur de sa propre identité. La philosophie fondamentale qui engloberait son travail pourrait être la phrase de Kandinsky : « Tout commence en un point ».
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Cher Tiago,
Quand j’ai vu le titre de l’une de tes oeuvres « 1+1=1 » ; je me suis souvenue de l’un des derniers poèmes que Jean Arp ait écrit, où il avouait aimer les calculs faux « car ils donnent des résultats plus justes ». Il me semble que ton travail se situe là quelque part où l’image serait une formulation énigmatique ou problématique liée à notre intériorité humaine. Les titres de tes oeuvres d’ailleurs semblent souvent vouloir générer un doute et mener à un endroit où la pensée conceptuelle se balance, d’avant en arrière, de gauche à droite.
C’est d’ailleurs dans ce mouvement de va-et-vient de pendule que tu trouves ton moment de réflexion favori.
Si tu t’intéresses aux images biomédicales, c’est parce que tu aimes pratiquer l’investigation vers le dedans, dans la place de l’intime, pour apercevoir l’être humain dans ses profondeurs. Et bien souvent tu es ton premier patient. Chacune de tes oeuvres dévoile une partie de ton inconscient psychique. Ce point aveugle situé sous la lampe que tu ouvres à l’aide de la technique du pointillisme. Dans cette constellation d’images il y est souvent question de filiation, de transformation, de dépendance, d’érotisme et de causalité. Causalité aussi dans l’expérience empirique de tes performances, lorsqu’elles engagent ta responsabilité devant leurs conséquences ; quand tu es illégalement nu sur le toit d’une usine agitant un drapeau au vent aux couleurs du ciel, ou quand tu te balances obstinément sur un cheval à ressort alors que le parc à jeux ferme ses portes. Notre condition humaine subit l’inéluctable loi des forces « fatales ». Car en effet c’est au moment de la coupe du cordon ombilical que peut commencer l’incise du destin et l’impossible retour en arrière. Où existe la part de liberté humaine là-dedans ? Ce Fatum dont l’étymologie du mot Fado porte la marque est si étroitement liée à ton identité portugaise. C’est dans toute l’étendue de ce terme, qui porte mystère et magie que tu peux alors « fouiller les mots et les énigmes de la vie et réaliser ton devenir propre”.
Bien à toi,
Laura Haby
MDGP
Je cours et je dessine; je marche, j’observe, et je ramasse.
Il m’importe de dessiner les bois, forêts, talus; les mousses, les lichens, les lentilles d’eau…
C’est à travers les éléments, leur forme, leur couleur, leur masse, leur répétition que j’appréhende le
monde qui m’entoure et que j’essaie d’y trouver une place.
C’est à travers les éléments que j’observe les turbulences, les chamboulements provoqués par nos
déplacements, nos vies.
C’est à travers les mots qui souvent accompagnent le dessin que j’interroge le monde à double sens – à double lecture.
Lisa Jaeggy
Christian Peter
Clemens Buentig
