Johnny Gaitée

La découverte picturale et l’interaction virtuelle sont au coeur de mes créations présentes. Engendrées par les jeux vidéos et le deeplearning, le renouvellent de ma pratique auprès de ces territoires d’imaginaire où les pixels et l’invraisemblable se croisent, font déraisonner en moi la vision première d’une réalité virtuelle. Éclatante et inquiétante. Se faisant, l’émergeance de ces peintures hybrides nous donne à voir les images figées d’une esthétique dormante ininterrompu, en plein sommeil paradoxal et machinal. J’explore alors une technique de hacking appelé “corruption”, qui décortique les textures des jeux-vide?os et re-décompose les images au grès des variations innnombrables de l’émulateur. L’image ainsi capturé traverse les liquides colorés, relâchées contre la toile par les touches détachées de mes mains instinctives. D’autre part, les oeuvres tirées de peintures classiques fournissent un abécedaire commencé depuis ma découverte du machine learning, et d’un logiciel appelé Dreamdeeply. J’y introduis alors ces peintures, qui ressortent transformées par l’interprétation des images condensées d’un algorythme. En dernier ressort, je retouche l’image obtenue pour y laissé apparaître les formes numériques les plus criantes à mon oeil. J’en suis à la lettre C des peintres trouvé sur la toile numérique et j’ai commencé à partager quelques unes de leurs oeuvres sur les réseaux.

Valérie Gerrer

Dès mon plus jeune âge, la pierre m’a toujours fascinée. J’aimais arpenter l’atelier de marbrerie familiale et observer les ouvriers dompter le marbre à force de frappes et de caresses. L’intuition du geste et la relation avec le matériau m’ont tout de suite attirée. C’est tout naturellement que je me suis formée d’abord à la gravure, puis à la sculpture. Ma pratique et mes expérimentations nourrissent ma passion qui continue toujours de grandir. Aujourd’hui, c’est à travers une méthode de sculpture en taille directe que je donne libre court à ma créativité en toute spontanéité. J’aime façonner un bloc neutre, le transformer et l’affiner sous le coup de mes outils et de mon imagination, jusqu’à lui donner une forme qui lui est propre. J’utilise mon savoir-faire pour traduire une émotion grâce à une courbe, un volume, un creux, une ciselure, des proportions ressenties de l’intérieur. La souplesse de la main fait face à la fermeté de la pierre pour marier l’intellectuel, l’émotionnel et le manuel. C’est une réflexion autour de la perception du corps féminin et de la place de la femme dans la société, la dualité entre sa force et sa beauté délicate, qui anime ma création. Mes œuvres reflètent les multiples facettes de cet engagement et d’autres encore. J’accorde notamment une place importante à la nature en intégrant des éléments d’autres matériaux comme le bois, l’acier, ou l’or à certaines pièces. Inspirées du Minimalisme et de l’Abstraction, mes créations permettent des lectures variées qui seront influencées par le ressenti de chacun, créant du lien entre différents publics et différents points de vue.

Régis Guillaume

Dès mes débuts en photographie, j’ai été attiré par la faculté de transfiguration du réel par l’image, par les effets obtenus grâce au cadrage ou à la lumière. Puis, lorsque j’ai commencé à faire du tirage noir et blanc, il y a 20 ans, j’ai découvert le pouvoir d’agir sur l’image photographique au delà de la simple prise de vue, de transfigurer cette fois le réel par l’abstraction du Noir et blanc et son espace graphique. Mon intérêt s’est porté non pas vers une photographie qui montre mais vers une photographie qui donne à voir une certaine poésie des choses. Par mes connaissances du médium argentique, dans mes démarches créatrices j’aime explorer et expérimenter des formes plastiques inhérentes à ce dernier, les interactions possibles entre la lumière des choses, la chimie et le papier photographique. Ainsi, en plus d’une pratique du sténopé ou du photogramme, j’ai developpé des pratiques alternatives à la prise de vue classique, telle que la pratique direct de la lumière sur le papier argentique, comme dans la série « Les expressions pures », ou encore la gravure chimique. Faire mes tirages est très important, aussi, l’univers du labo photo, de ma pratique avec l’argentique, est pour moi un autre espace de création.  Représenté aux collections privées de Madeleine Millot-Durrenberger, Marcel Burg et Francis Meyer ainsi qu’à l’Artothèque de la Ville de Strasbourg.

Violette Graveline

Elle considère l’espace scénographique comme un partenaire de jeu, une matière à expérimenter, à propulser, à faire vibrer, à sculpter par la présence de l’acteur, du danseur, du performeur. Espace privilégié des choses et des phénomènes, la scénographie se traverse telle une expérience vivante, aussi palpable qu’atmosphérique et métaphysique. Elle permet de créer des combinaisons poétiques enivrantes entre un lieu, des spectateurs, un texte, des matières, des voix, des corps comme autant de présences dont il faut révéler et sublimer les dimensions.

Clothilde Garnier

Tisser, réparer,
Coudre le passé au présent,
Méditer l’instant.
La vie, notre vécu, notre environnement.
Fragiles.
Assemblées entre eux, ces petits fragments de vie,
sensibles ou éphémères,
viennent recouvrir, protéger.
Tissus vivants, objets de la mémoire.
Du fil, du cuivre, des fruits de la terre,
De la douceur.
Matières empreintes de notre histoire.
Plantes séchées qui ne meurent plus jamais.
Ce qu’il reste, inerte, et pourtant plus vivant que jamais.
Il faut du temps.
Répéter les gestes parfois indéfiniment.
Lâcher prise.
Avancer.
Ne plus se retourner.
Garder le cap, sans vraiment savoir où l’on va.
Pourtant, la forme apparaît, à un moment,
Doucement,
sûrement.
Elle s’impose.
La fragilité est devenue force.
Elle est devenue un tout.
La forme, si frêle, est devenue un corps.
En équilibre, elle tient debout.

Siam Angie

Le dessin a fini par recouvrir ma pratique. J’ai dessiné dès mon plus jeune âge mais pas comme on s’y attend. Je dessinais enfant sous ma couette des portraits de femme. Ils étaient inspirés de mes lectures d’enfant, des bandes-dessinées japonaises des enfants des années 90. J’ai toujours dessiné des femmes dans les coins de page. J’ai toujours dessiné des femmes lorsqu’un bout de papier passait sous mon crayon. Je disais que je voulais être dessinatrice. Pendant les années passées à l’école d’art, le dessin est resté caché. Mon dessin ne se montrait pas. Cela a pris du temps pour que je le regarde autrement.

Le motif de pois irrégulier qui traverse ma pratique vient des textiles de mon quotidien. Après mon DNAP, j’ai commencé à exposer une pratique d’œuvres textiles in situ. Cet univers domestique est le lieu privilégié de ma réflexion féministe. Je dessine comme on tricote, le dessin prend le pli du temps passé. Sur le papier, c’est un entrelacement de traits qui fait apparaître un motif. Mon dessin est un tissage qui résulte des mêmes gestes que ceux qui caractérisent les travaux de maison visant à protéger les corps ou à accroître leur confort. C’est aussi une pratique du repli, retournée sur elle-même, c’est ce qui reste d’une pratique invaginée.

Claire Guerry

C’est l’univers du léger, de l’aérien et du blanc, à l’image de la colombe, qui est au centre des travaux de Claire Guerry. Les installations de plumes blanches in situ, donnent à s’ouvrir vers l’infini, la vastitude, un sentiment de plénitude et de paix quelle cherche à transcrire. Par les peintures en techniques mixtes intégrant des éléments naturels tels que pigments, poudres végétales ou minérales, sables, œuvres en verre, planisphères célestes, elle aime montrer une perception des réalités à la fois multiple et simultanée. Touchée par l’art pariétal et dans l’esprit des arts amazoniens, les images, pour elle, « disent quelque chose et agissent aussi comme une sorte de ‘transformateurs d’énergie’ » et entraîne un processus ontologique de transformation voire de métamorphose.

Mathias Graff

Certain de l’existence de la vie extra-terrestre, Mathias Graff est aussi convaincu que le premier contact avec les Autres se fera par le design graphique. Mathias a donc propulsé Astéroïde, son atelier graphique et sérigraphique, actuellement sous l’emprise gravitationnelle du collectif M33, galaxie scintillante peuplée de petits hommes et femmes vert·e·s de tous horizons artistiques et cosmiques. Diplômé de la Haute École Supérieure des Arts de la Débrouille, sous la direction du professeur Mac Gyver – lui-même Zéta-réticulien – Mathias Graff navigue à vue à travers tout le processus créatif : la conception, l’illustration, la création digitale et l’impression en sérigraphie artisanale.

Paola Guigou

Photographe indépendante basée à Strasbourg, Paola Guigou travaille principalement le portrait et la mise en scène pour des agences de publicité, pour l’édition, et pour la promotion de marques et d’artistes. Elle intervient également auprès des entreprises et institutions en corporate et reportage.

Diplômée des Arts décoratifs de Strasbourg en 2006 et de l’Ecole des Gobelins à Paris en 2008, elle évolue aux côtés de portraitistes et photographes de mode en studio avant de se lancer en freelance. Elle créer en 2014 l’Atelier M33 dans l’ancienne usine Junkers à la Meinau, et y installe ses bureaux et son studio.

Stefano Gioda

Stefano Gioda pourrait être considéré comme un alchimiste moderne décidé à créer un nouveau code de représentation de la réalité constitué de signes en constante mutation. Illustrateur de formation, l’artiste se sert du dessin comme point de départ de la plupart de ses projets pour donner vie à un processus de recherche qui est le fruit d’un travail manuel précis et intense. Son trait minutieux, riche de détails, engendre un univers hybride peuplé de curieuses créatures zoomorphes saisies sur papier à l’encre de Chine, à l’aquarelle et au stylo. Partant d’une étude analytique des insectes, centre et origine de cet univers, l’artiste élabore une oeuvre allégorique de l’humanité : les insectes sont des créatures inconnues en mutation qui dévoilent l’imposture de l’identité, des formes qui évoluent en désordre alphabétique et qui semblent avoir été collectées par un entomologiste surréaliste à l’occasion d’une expédition hors du temps. La technique est méticuleuse, l’approche scientifique, la représentation « immagnifica». La forme insolite qu’il assume provoque grimaces et sourires, répulsion et attraction. La création, limitée à des domaines organiques, est un exercice mu par une impulsion qui veut classifier et montrer un mode d’existence atypique. Les dessins et les oeuvres mixed media exposés ont l’air d’objets vivants figés dans le temps, révélateurs d’une pratique artistique hybride et sérielle, qui ose se répéter et créer l’illusion. Nathalie Fritz