Le travail de Guillaume Barborini est motivé par l’envie de mettre en place, au-delà de projets particuliers, une pratique du monde plus dilatée, plus fragile également. A travers des actions simples et leur répétition, il est question de tendre vers quelque chose d’indéfini qui pourrait être une forme de présence à soi, aux autres et aux choses, consciente, engagée, responsable, pleine. Simultanément, il s’agit de tenter une pratique du monde qui consiste en son expérience plutôt qu’en sa consommation : déployer des interactions singulières, neuves, sans préétablis, pour se situer et prendre position. Raconter l’époque en creux, esquisser un plan.
Née en 1985, Constance Nouvel vit et travaille à Paris.
Elle développe depuis 2010 un ensemble d’oeuvres qui prend pour point de départ l’analyse critique des caractéristiques de la photographie : comprendre pourquoi et en quoi le processus photographique n’est pas uniquement la reproduction d’un réel, mais aussi l’image d’une réalité tangible, ouvrant aux complexités de la représentation. Ses réflexions se déploient dans un langage plastique et formel ouvert à l’interdisciplinarité des médiums, et aboutissent à la notion d’objets et d’installations photographiques.
Constance Nouvel a exposé notamment pendant le Mois de La Photo au Théâtre de Vanves (2017), au Centre d’Art et Photographie de Lectoure et au Centre Photographique d’Ile-de-France (2014), à la Maison des Arts de Pékin (2015), et dernièrement aux Rencontres d’Arles de la Photographie, dans le cadre du Nouveau Prix Découvertes 2017.
Depuis 2014, elle enseigne la Photographie à l’École Supérieure d’Art de Lorraine – site de Metz, et la technique du tirage chromogène (argentique couleur), au laboratoire photographique de l’École Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris.
Claudie Hunzinger vit dans les montagnes, c’est sa seule nationalité. Elle est à la fois écrivain et artiste. Publie des romans chez Grasset. Expose des pages de graminées. Il lui arrive aussi de travailler en collaboration avec les cerfs, les chevreuils et les lièvres qui l’entourent. Le résultat est alors une installation en commun sur le thème des herbes transformées en cellulose.
J’ai eu l’occasion de faire évoluer ma pratique à droite à gauche depuis mon dnsep à l’Ensa de Nancy en 2011. Prenant appui sur un imaginaire rural traditionnel en désuétude pour venir le confronter au réel, mon travail plastique naît, lentement, en gauillant dans la matière. Il se construit selon le hasard des rencontres, au fil d’associations libres, ou d’évidences irrationnelles. Mes errances contemplatives sur papier, nourrissent un imaginaire organominéral. Dans le bavardage omniprésent, j’explore le silence à l’état brut, un silence plein, tente de le préserver, de le transmettre.
Convaincu que le dessin est à l’origine de la transformation du réel en imaginaire et de l’imaginaire en réel, mes travaux visent à établir une relation entre ces différents espaces.
J’utilise comme support plastique la ligne et la matière, comment les lignes d’un dessin créent un espace, comment les matières dans l’espace créent le dessin. C’est un dialogue qui constitue notre monde, la matière transformée, l’imaginaire introduit. Le processus de fabrication de mes projets exploite des
techniques manuelles et directes sur le matériau, elles offrent la liberté de modifier les formes, de dessiner l’objet au fur et à mesure.
Ces éléments me conduisent à réduire la frontière entre surface et espace, d’appréhender la matière comme dessin et le dessin comme matière.
Ossillant entre l’illustration jeunesse, l’installation et l’image imprimée, mon travail artistique s’axe autour de trois idées globales qui se croisent, se nourissent et se répondent: le processus, la participation et la transdisciplinarité.
Que ce soit pour les images, les éditions, les installations ou les ateliers, j’amorce toujours une idée de projet en collectant des éléments.
Je récolte des mots, je repertorie des formes, je liste des couleurs. Ce “protocole” me permet d’établir une base visuelle et sensorielle cohérente. Il est d’autant plus intéressant de l’utiliser pour des projets collectifs et participatifs.
Ce rapport aux publics est pour moi primordial, que la réalisation même de l’oeuvre se fasse ensemble, avec les personnes ou que la finalité de l’oeuvre amène les gens à manipuler, transformer ou s’approprier les éléments. Il est important que le contact avec l’art soit humain et partagé.
Les différentes sensibilités et les différentes approches que chacun peut avoir de l’art sont également une source de réflexion. La dimension pluridisciplinaire d’un projet me permet, avec une même intention et une même idée, d’en proposer différentes visions, différents angles. Je ressent souvent le besoin de transposer une même pensée, un même projet, d’une manière différente. J’accompagne mes images au-delà de leur finalité en tant qu’image. Leur vie continue souvent dans une installation ou dans un atelier. Toujours dans ce soucis de compréhension, de partage et d’échange. Tout peut toujours être raconter et reraconter d’une autre façon, à un autre moment, dans un autre élan et dans un autre lieu. Cette approche me permet aussi de me détacher de mes créations, de les voir se transformer et de les laisser vivre ailleurs, avec d’autres.
Mon travail artistique est lié au paysage, il fait autant appel à l’expérience personnelle, qu’à la contemplation de celui-ci. Se mouvoir dans un espace, accorder un temps pour l’observation et la vanité, sont aux fondements de mes préoccupations et de mes réflexions. Dans la lenteur et la répétition de la marche, le corps se meut autant que la pensée. Prendre le temps de regarder les lumières changer, écouter les murmures de la forêt, ressentir les nivellements du terrain sont les expériences desquelles je m’inspire en partie pour créer, ainsi ce que j’essaie de retranscrire n’est pas le phénomène mais bien une interprétation de l’expérience. L’image du glaneur est aussi présente, je collecte autour de moi, ici et là, des fragments du paysage, des mots, des extraits de textes, des images. Je relie les éléments entre eux pour construire ma pensée en constellation.
La création de récits est constante dans les projets que je mène, car c’est pour moi un moyen d’amener le lecteur à se projeter ailleurs que dans ce qu’il voit. Partir d’un fragment pour re-concevoir une histoire, chercher et ré-assembler les éléments pour comprendre l’ensemble. La notion de discrétion est aussi importante, la discrétion c’est avoir le pouvoir de décider mais c’est aussi le caractère de ce qui n’attire pas l’attention. Celui qui regarde doit prendre part à l’oeuvre car la rencontre n’est pas frontale.
Le livre et la maison d’édition Martian’s Parlor que j’ai créé avec Colin Thil font partie intégrante de la réflexion que je mène. J’ai commencé
à m’intéresser à l’objet livre pour la valeur qu’il a dans notre société, il a depuis l’imprimerie peu de valeur monétaire mais garde une forte valeur culturelle. Ce que j’aime dans la forme du livre c’est qu’il a un côté populaire, et très facile d’accès. Pourtant il faut s’y intéresser, s’y plonger, le livre comme les formes que je mets en oeuvre demande de l’attention.
« Mes objets flottent-ils au-dessus de moi dans un espace autre ?
Une utopie ?
Il y a tellement de moments dans la vie où j’aimerais pouvoir faire comme ce que nous faisions étant enfant, dire pause : pause, je joue plus. Et là le jeu s’arrête et on est libéré de ses règles jusqu’à ce qu’il reprenne.
Mes objets eux sont libérés du temps et de ses effets.
Ils ne peuvent pas se dégrader, ni vieillir. Toutes mes actions sont réversibles. Et si je les supprime définitivement, je peux faire en sorte qu’il n’y en ait plus aucune trace.
De toute façon ils ne peuvent pas mourir puisqu’ils ne vivent pas dans le temps.»