Ben Jack Nash

Les œuvres de Ben Jack Nash pointent du doigt un état larvaire dans lequel une forme, une identité, en chevauche une autre et passe d’un état à un autre. La vitesse et la fréquence des changements d’identité (en termes sociologiques, environnementaux et technologiques) sont des marqueurs de notre époque dont les passages furtifs d’un état à un autre constituent les traces. Inaccessibles de façon directe et imperceptibles sur le moment, ces instants ne peuvent être perçus que rétrospectivement par leurs sous- produits et leurs conséquences. Le lieu et le temps exacts où se produisent ces passages sont flous, mystérieux et ouverts à l’interprétation. Occulter momentanément le sujet de notre attention libère et épanouit la dimension secondaire de l’arrière-plan à la fois caché et pourtant bien présent. Pendant un instant, l’effet est libéré de sa cause et l’objet devient le sujet, doté d’indépendance. Certains travaux attirent l’attention sur cette ambiguïté qui superpose deux dimensions; d’autres soulignent leur imprécision et leur subjectivité.Les portes sont souvent utilisées comme objets symboliques de chevauchement et sont démantelées afin de désigner les changements de matière comme un passage entre le réel et le virtuel.

Coralie Lhote

Je crée à partir de mon désir de manipuler et façonner les formes, de les collecter, notamment les formes corporelles que ce soit les miennes ou celles plus imaginaires d’un corps qui se veut varié et mouvant. Dans mes créations plastiques, je considère le corps, de par sa fragilité et son instabilité, comme un outil formel et esthétique. Je traite plus spécifiquement de la peau, des surfaces, de la matière. J’assemble des fragments en mêlant organique et fabriqué. On retrouve dans ma production une dimension de représentation personnelle. Il s’agit de suggestions, d’évocations et de tensions entre des apparences sages et maîtrisées et des orientations sourdement ou manifestement charnelles et davantage instables. Je joue et questionne également les formes, les signes de mon identité. Je joue avec les ambivalences sexuelles, avec les formes du genre, avec comme volonté de partager mes expériences et questionnements avec le spectateur autour de la représentation de soi. Mes créations se évoluent pourtant davantage en une relation entre corps et surface, sur ce qui est visible et palpable.

Véronique Moser

Le travail artistique de Véronique Moser se nourrit des contradictions de notre époque mais aussi de leur charge poétique. La profusion des informations, des objets, des statistiques et d’événements sensationnels agissent en permanence sur notre quotidien et le rendent multiple.  Sa pratique artistique raconte ou conte cet état des choses :  Amasser, accumuler, collectionner, thésauriser pour finalement jeter… nous rend paradoxalement fragiles et déraisonnables. Cette constatation est le socle de son travail. Suivant ses projets et leurs contextes elle présente des installations, des dessins, des monotypes et de la photographie. Une constante, l’emploi du papier et l’utilisation du petits formats, qui, présentés en nombre nous renvoie à la surabondance matérielle produite par notre société et incarnent notre fragile relation au monde.

Éléonore Cheynet

Explorer les territoires de marchandisation et les unités de travail dans une perspective anthropologique, poser la question de la situation de l’individu dans l’espace social, a? la recherche d’un point d’ancrage, dessinant des contours. Mes installations se composent comme des partitions minimalistes mettant en scène des éléments de de?cors au sein desquels sont présentées des vide?os. Depuis 2012 je travaille également au sein de l’entité fictive Dimension Émotionnelle compose?e de trois artistes. Nos projets ont étés diffuse?s a? Bridge Art Space (Bangkok), La MAC (Créteil), Austellungsrau?m Klingental (Bâle) et a? la Kunsthalle (Ba?le). Nous élaborons nos projets a? partir de résidus d’informations, flux, déchets, en nous re?appropriant les codes du monde de l’entreprise, les différentes formes de discours et de systèmes de communication. Ces informations sont librement interprétées au travers d’installations et de vide?os.

Vincent Gallais

Le travail de Vincent Gallais met en exergue des temps différés, des directions, des mouvements arrêtés. Ces temporalités et processus peuvent s’observer dans notre environnement par la constitution ou la déstructuration des objets et des espaces.

Sa pratique reste perméable, ouverte et réactive aux variables extérieures. Néanmoins, elle puise dans la machinerie de la production humaine une grande inspiration, passant ainsi de l’objet industriel ou artisanal à l’habitat, de l’architecture à l’espace urbain. Il les considère au même titre que le dessin et l’installation comme des médiums à part entière. Les formes qui résultent de cette recherche interrogent l’acte de fabrication lui même, le geste « en train de se faire », et en développe les potentiels plastiques et critiques.

Que ce soit dans l’espace plan ou dans l’espace tridimensionnel les œuvres produites ne se limitent pas à une forme figée. Les éléments qui les composent sont propices aux déplacements, sujets aux transformations quand le contexte s’y prête. Cela dénote d’une volonté de les considérer comme « vivants » et « flexibles » tout comme le lieu qui les accueille. Le bricolage comme concept et process lie dans une tension, un équilibre précaire, ces dispositifs composés d’objets issus de l’espace domestique, des « objets trouvés »dans l’espace public ou issus d’expérimentations d’atelier.

Ces rapprochements inattendus, ces frictions entre différents états et matières, sont autant de rencontres que ces espaces peuvent produire, égales à celles qui surgissent au coin d’une rue, entre une carcasse de lit et un sac de gravats, une flaque d’eau et un échafaudage. De cette pratique quotidienne de l’Arpenteur découlent des combinaisons photographiques, de dessins ou de volumes – manifestations de ces micro-évènements urbains. Un détournement s’opère dès leur captation/transcription, une nouvelle fiction voit alors le jour.

Alice Bidault

(…) Au cœur de la pratique de Vincent Gallais, le temps et l’espace se télescopent pour produire une forme de poétique de l’instant, sacralisant toujours un peu plus le vivant. L’ambiguïté naissante entre la réalité tangible du monde et ce qu’il nous donne à voir, permet d’apprécier en toutes circonstances L’instant de plus aussi précieux que fugace, qui bien qu’insaisissable cristallise pourtant la conscience du temps qui passe.

Ainsi, invité en 2021 à réaliser une exposition dans l’ancienne maison du trésorier du chapitre de la Cathédrale de Reims, Vincent Gallais a choisi, dans ce lieu chargé d’histoire, d’utiliser les proportions dorées et la géométrie sacrée. La grille de ventilation d’une soufflerie de McDonald’s devient alors le réceptacle à encens d’un autel révéré quand le tournesol se fait relique au sein d’une étrange mezzanine sur pilotis foudroyées dans un espace transformé en temple énigmatique.

Qu’elle soit organique ou synthétique, la matière est omniprésente chez Vincent Gallais, qui cherche en suivant ses intuitions à la mettre sans cesse en tension. Face au miroir tout est double ou contraire : l’ascension et la descente, l’eau et le feu, le flux et la stase. La notion de passage, de changement d’état, voire de transformation, permet ici aux œuvres de constituer une véritable architecture du rêve, que le corps et l’esprit habitent, et où ils peuvent ensemble se mouvoir.

Leïla Couradin
(pour l’exposition L’instant de plus)

GiZi

Les inspirations profondes de Gisèle, alias GiZl, puisent dans ses racines familiales, ces moments de joie partagés, des liens qui nous unissent et interpellent sur l’évolution de l’humain dans un univers en perpétuelle extension. Dans le cadre de sa formation de céramiste à l’IEAC, elle réalise sa première installation artistique, une allégorie parlant de transmission et de diversité. L’installation, occupant 3 à 4 m2, se compose de 26 sphères de différents diamètres disposées en spirale. Ouverte par nature à l’expérimentation, elle s’associe à l’artiste-peintre Sophie Gouvion pour présenter une nouvelle installation sur la thématique des liens, résumée en ces termes par la presse: « Leur installation ne laisse pas insensible tant l’implication des deux artistes lie les deux disciplines. La continuité de la couleur des tableaux dans la présentation des modelages renforce le moi et le double de l’humanité multiple. Les chaînes ne sont pas forcément des entraves mais peuvent servir de liens vers une fenêtre de liberté ». En effet, il parait difficile de parler de chaines sans évoquer le côté sombre de ce lien voulu solide, de l’esclavagisme à l’addiction, l’emprisonnement parfois consenti de notre plein gré. La gravité du sujet se trouve néanmoins conjurée par les couleurs vives qui s’échappent des toiles de Sophie pour coloniser les céramiques de GiZl, harmonie salvatrice pour un message positif au final. Dans le cadre de l’exposition Art au Vert 2019, GiZl explore de nouvelles associations, toujours sur ce thème, en associant le végétal et la terre de grès modelée dans un esprit racinaire. Ainsi les plantes s’enchevêtrent naturellement avec la céramique, le contenu part à la conquête du contenant pour former un ensemble harmonieux, un havre de paix. En relation avec son passé d’aide-soignante, elle aborde également des sujets plus difficiles tels que la maladie, la déchéance. Lors de l’exposition d’Art en Art 2019, elle présente ainsi un buste décharné en relation avec l’opération Octobre rose.

Juerg Schneider

L’installation de son et d’image est consacrée à la question de savoir comment l’espace public en Egypte et au Cameroun est et a été utilisé comme espace de résonance pour la politique. La politique est comprise comme une médiation et une négociation – pacifique, consensuelle, violente – d’idées sur la conception actuelle et surtout future d’une communauté (État).

L’installation est basée sur deux sources sonores et visuelles différentes:

1. Les archives de Joachim Oelsner (Arc Musica, Yaoundé), qui a numérisé des enregistrements musicaux historiques (1950-1980) de stations de radio d’Etat au Cameroun. https://tinyurl.com/ya7x3uqf

2. Des documents audio enregistrés par Stéphane Montavon (Bâle) lors du printemps arabe 2011 au Caire. Montavon est un artiste qui transforme ces enregistrements sonores en installations sonores. Ces documents audio ont ete complète avec des vidéos de téléphone portable enregistrées en même temps. ex. http://www.ji-hlava.com/filmy/zrazene-namesti

Après que les visiteurs aient vu et entendu les installations, une discussion avec Montavon et Oelsner a lieu, impliquant le public. Mercredi 22 et Samedi 25 mai de 18 à 20 heures.

La salle d’événement sera ouverte les mercredi 22 mai, vendredi 24 mai et samedi 25 mai de 15 à 20 heures.

Commissaire: Jürg Schneider (African Photography Initiatives)

Line Boogaerts

Avec mon travail, je veux émerveiller les spectateurs sur les multiples couches qui jouent dans notre perception de la réalité. En ajoutant une couche à la réalité, je veux faire prendre conscience aux spectateurs que l’expérience de regarder est une construction et un concept. Je fais des dessins temporaires sur des fenêtres avec des raclettes et des brosses, de l’huile teintée ou du savon. Étant donné que les dessins sont réalisés sur des fenêtres, intégrées à une architecture, l’œuvre interagit avec un contexte social et psychologique, qui fait partie de l’œuvre.

Des ‘zones d’ombres’ ou des ‘points obscures’ apparaissent à travers le dessin sur la fenêtre. La vue derrière celle-ci est floue ou invisible à certains endroits, mais le paysage ou l’intérieur joue toujours un rôle en raison des trous dans le dessin. Les dessins se transforment et donnent des idées différentes. Ils se concentrent sur des parties de la réalité et accentuent. Parfois, on voit plus nette, parfois les grandes lignes deviennent plus claires en estompant. Une fenêtre fournit un aperçu et une vue. Les dessins symbolisent ‘les taches noirs’ à regarder.

Claire Boullé

Le duo geut.clark roule vers le soleil, la photographie et les bords de mer installés.
Nous explorons de nouveaux processus pour traduire notre pratique photographique et rendre compte de nos affinités avec l’eau.
Nous travaillons surtout l’été, quand la plage devient un grand lit bien rempli.
Avec le vent aussi.
Le soleil collé à la peau nous réinventons le ciel bleu.
Gros plan sur l’été, son souvenir humide et ses accessoires édulcorés.

Julien Pauthier

« Space is in our experience equal to place, and the time is equal to the moment. »

Aldo van Eyck. The playgrounds and the city. Rotterdam 2002, p15.