Ma pratique questionne la scénographie non comme un art réservé à la boîte noire du théâtre mais comme une tension des rapports entre l’espace, le temps et le public. Les performances, les installations comme les scénographies que je conçois ont agitées de la même interrogation : comment rendre l’espace et le le temps signifiants au regard du spectateur ? Ces notions sont travaillées comme des matières à tordre, à transformer, à épuiser. L’objet scénographiquedevient moteur de jeu et de fiction. C’est de cette activation du lien concret et poétique avec la matière, de ce corps bousculé par l’objet que se nous une expérience sensible de l’espace et du temps. Comme dans les arts vivants, ma pratique est collective. J’ai cofondé Milieu de Terrain avec Floriane Jan et Club Sandwich avec David Séchaud. Je travaille régulièrement avec des plasticiennes (Gretel Weyer, Célie Falières).
Loïc Urbaniak fait bondir avec ardeur le trait et la littérature hors de la page.
Pluridisciplinaire, son travail chemine à la fois entre des constructions en volume, avec des mises en scène qu’il envisage comme ces tableaux qui finissent par bouger quand on les fixe trop longtemps, comme ces livres d’images que l’on voudrait mouvant, et sa pratique du dessin, nécessité complémentaire.
Ces deux mondes se rejoignent lors d’interventions artistiques, où Loïc Urbaniak rencontre public et praticiens, et où les imbrications et implications de recherches font face au pragmatisme.
Au cœur de tout, pour lui : raconter, sans répit.
La pratique d’Axel Gouala s’inspire d’objets et de matériaux du quotidien qu’il implique dans un changement de plan et de sens. Lorsqu’ils les reproduit ou les transforme il intervient sur leur image et déplace leur champs d’action. Leurs représentations socialisées sont ainsi recontextualisées. Balais à frange, chaise de bureau, plante tropicale. Tous renvoient à des réalités socio-économiques, historiques, géographiques différentes. En les assemblant à la manière de totems, ils s’unissent pour créer des corps hybrides, contestataires et drôles. Dans sa série Totem-Voyage, dessins et sculptures mélangent environnement du bureau, fourrures et palmacées décoratives. Ces rapprochements absurdes tournent en dérision le monde du travail et nos lubies exotiques. Il s’amuse de nos préjugés en nous incitant à associer nos fantasmes à des objets de labeurs et d’inégalités sociales. Ainsi poussent un aspirateur dont le tronc se termine en cocotier qu’il appelle Aspiration Vacances (Totem-Voyage 12) ou une ventouse de toilette qui finit en palmier sur une île déserte (Totem-Voyage 09, L’Île). Ces sculptures font aussi une allusion parodique au Romantisme et à l’objéctification de la nature. Cela se traduit notamment dans le titre de ses pièces Échelle de Peintre (Romantique) ou Le Grand Tour a.k.a. Steppy. Cette relation homme-nature est présente dans sa pratique à plusieurs niveaux. On la retrouve dans ses fragments de paysage réalisés à partir de matériaux de construction, comme sa série sur les vagues en polystyrène ou ses falaises de briques. Elle est aussi manifeste dans ses travaux sur l’ornementation végétale, où celle-ci est extraite de sa narration architecturale pour se concentrer sur ses qualités de langage et en revisiter les connexions aux plantes et au vivant.
Dans ma démarche artistique, puisant son élan dans l’innocence des souvenirs d’enfance, je m’engage dans une série de travaux où se rejoignent divers sujets et techniques. Au-delà de cette diversité, une constante se dessine : la projection intime et la volonté d’abolir les frontières entre mon monde intérieur et l’extérieur, entre les souvenirs qui me bercent et ma condition présente. Chaque création devient ainsi le témoin vibrant de cette quête artistique, explorant la complexité du monde à travers les petits drames quotidiens.
Dans cette aventure artistique, mes choix de matériaux sont guidés par une complicité profonde avec les nuances du quotidien. Chaque pièce que je façonne transcende la temporalité, révélant des liens intemporels entre l’individu, ses souvenirs, et l’histoire. Ce mouvement artistique est une invitation à la contemplation, à un voyage imaginaire où notre réalité intérieure se mêle aux sensations et aux images projetées à l’extérieur. J’appelle cet instant fugace l' »instant imaginaire », une parenthèse éphémère qui n’aspire pas à l’éternité, mais qui, le temps d’un souffle, crée les conditions d’un éveil en permettant une échappée hors du mode habituel de perception.
L’observation attentive de la nature et de ses composants est au cœur de ma pratique. Je considère l’ensemble de mon travail comme une sorte de réserve accumulant et abritant de mes tentatives de rendre visible la vulnérabilité et la ténacité du monde végétal et minéral. Souvent en symbiose avec le dessin et la gravure, j’expérimente d’autres matériaux. Les recherches fragiles et éphémères sont « préservées » par la photographie, qui à son tour me fournit un moyen d’explorer les changements d’échelle. La lumière, qu’elle soit projetée, réfléchie ou bloquée et la transparence ou la superposition peuvent interagir et parfois d » déconcerter.
Née en 1989 à Rennes, Floriane Jan vit et travaille à Strasbourg et Bruxelles. Sa pratique se nourrit de l’observation du surgissement hasardeux de la fiction dans nos espaces quotidiens. Elle tente ainsi d’en saisir l’essence pour la réinvestir dans l’espace de représentation. Trouver le détail qui contamine le tout, détraque un semblant d’évidence. La fascination pour les rebuts et les objets sans attrait la pousse à collectionner, répertorier, assembler… Considérer l’espace de manière fragmentée comme celui d’un collage et non pas dans une forme pleine et tangible. Que le regardeur soit là pour coller les morceaux les uns avec les autres, pour en faire sa propre composition.
Initialement formé aux Sciences de la Terre, Vincent Chevillon convoque dans ses oeuvres différents champs d’études naviguant de l’anthropologie, la géophysique à l’iconologie. Il mène une recherche au long court qui l’amène depuis plusieurs années à réétudier et réévaluer les fondements de notre société moderne à savoir l’invention d’une séparation franche et théorique entre culture et nature, d’un monde sans limites à conquérir et à domestiquer. Depuis 2010, il poursuit des recherches plastiques et théoriques sur les imaginaires rapportés et construits par le colonialisme. L’étude approfondie de l’ouvrage Moby dick d’Herman Melville a inspiré le nom de ce vaste projet: The Spermwhaler’s dream (Rêve de pêcheur de Cachalot). Par un va et vient entre des actualités spécifiques et leurs inscriptions dans des systèmes géographiques, historiques et culturelles plus obscures, ses recherches œuvrent à la cohabitation de formes, d’attitudes et de savoirs au sein de cosmogonies croisées. Sa pratique tend à rendre manifestes des états de surface, des agencements, prononce ce qui à l’abri des regards, agite secrètement le monde. Elle s’interroge sur notre relation à l’ailleurs par le biais de ces marges, à ce qu’elles limitent et prononcent de part et d’autres. Ces travaux se développent en dispositifs généralement évolutifs à partir d’éléments récoltés ou façonnés, des images, des récits qui se formalisent sous forme d’installations, d’éditions, d’oeuvres numériques, d’objets. Généralement ses recherches s’élaborent par des dispositifs d’enquêtes qu’ils associent à une pratique volontaire de la dérive. En 2013-2014, il entreprend un périple à bord d’un voilier au travers d’une itinérance de 7 mois en mer de part et d’autres de l’océan Atlantique.
En 2023, il rejoindra Aotearoa pour une enquête de terrain de 7 mois sur les traces de cétacés échoués dont les ossements sont actuellement conservés au musée zoologique de Strasbourg.
Il enseigne depuis 2014 à La Haute Ecole des Arts du Rhin (HEAR) à Strasbourg.
Ma pratique se développe autour du dessin et de la peinture, oscillant entre petits formats et installations qui se déploient dans l’espace d’exposition.
Les techniques que j’emploie sont le fusain, le pastel sec et une peinture de ma composition qui s’apparente à l’aquarelle.
Mon regard se porte particulièrement sur les formes de la nature et je veille à ce que le dessin d’une pierre, d’une fleur, d’herbes sauvages, ou d’un bout de jardin, soit aussi le lieu où s’exprime une présence, une voix.
Partant souvent d’un geste spontané, qui s’enrichit petit à petit d’images mentales, de photographies, de préoccupations du moment et de références à l’histoire de l’art, mes dessins invitent à regarder le vivant avec une attention renouvelée.
Les motifs, la couleur, la texture, les traits s’assemblent pour créer des récits sensibles tels des paysages intimes.
Mon processus est marqué par l’expérimentation et les changements de technique. Ma façon de travailler ne suit pas un chemin tracé. Il s’égare, s’essaie, se transforme. Je fais avec la sève du moment, en conciliant l’affluence autant que les erreurs présumées de manière inclusive.