Thérèse Qua.

Thérèse Qua. est graphiste et illustratrice. Sa formation en arts visuels à l’Université de Strasbourg lui a fait comprendre l’importance du sens de l’image, de la couleur et de la forme, comme support d’un cheminement de réflexion. Elle mélange les médiums et les textures, intègre souvent le textile dans son processus créatif, s’inspire immanquablement du monde végétal, revisite et détourne les motifs graphiques. Sur le papier ou sur la palette numérique, chaque projet nait d’abord d’une rencontre. S’en suivent des échanges et des réflexions, puis l’éclosion d’une illustration originale – d’un motif ou d’une icône. Chacun de ses projets est pensé, interrogé, revisité, en cohérence avec ses propres questionnements. Nombre de ses illustrations gravitent autour des problématiques liées à l’environnement car elle est personnellement engagée dans une recherche qui lui semble fondamentale : comment lier, relier nos sociétés à la nature ? Comment alerter, interpeler les esprits ?

Emilie Picard

Attirée par le processus de dégradation des images et leur lente perte d’information, je cherche à jouer des temporalités pour créer dans mes tableaux un dialogue entre passé et présent, entre nature et artifice. Mes compositions, traversées de fissures, ramifient des espaces antagonistes et tentent de dire la fragilité de ce qui nous entoure. J’y aborde les notions de leurre, de faux-semblant, d’apparat et d’apparence. Mes peintures se composent comme des mises en scène de théâtre et renvoient à l’illusion du décor. J’y représente des objets divers : artefacts d’animaux ou de plantes, mais aussi des architectures factices, précaires, des maquettes illusoires faites de cartons, de déchets. Tous ces éléments s’inscrivent dans un espace ambigu et cloisonné. Dans mes tableaux, deux plans cohabitent, deux régimes d’images que la peinture fait se rencontrer : face à nous, des artefacts singent grossièrement la faune et la flore. Ils décoraient des espaces ou racontaient des histoires sur des scènes de théâtre ; ils tissent à présent leur propre narration. Délivrés de leur rôle premier, ils s’assemblent en un spectacle statique et silencieux. Ces éléments hétérogènes se détachent difficilement d’un deuxième plan où la nature foisonne, c’est du moins ce que l’on pense. Car en réalité, le regard se heurte à un mur peint : les ombres portées nous révèlent sa planéité. Il s’agit le plus souvent d’une fresque qui emprunte à la nature ses motifs paysagés. C’était le cas dans l’Antiquité, lorsque les riches villas s’habillaient de jardins intérieurs en trompe-l’œil. Aux fresques antiques, j’emprunte donc un catalogue de plantes, de fleurs et d’animaux. Dans leur abondance, ces formes perturbent le regard, se confondent. Leur lecture est d’autant plus confuse qu’elles sont traversées de fissures blanches qui fendent l’image. Celles-ci évoquent la lente dégradation et l’effritement de la matière picturale. Je m’intéresse à la pérennité des images, celles que je construis aujourd’hui comme celles dont je m’inspire, plus anciennes, qui portent en elles les marques du temps. Elles nous parviennent tronquées, lacunaires, et activent l’imaginaire. Ces béances sont souvent insupportables à l’homme. Archéologues et artistes œuvrent à combler les vides, comme en attestent les restaurations spéculatives de plusieurs sites antiques (Knossos, Akrotiri…). Dans mon travail, les fissures deviennent les chemins qui creusent la peinture et guident le regard. Se dessine alors une cartographie faite en réserve, qui met à nu le dessous du tableau et en exhibe le blanc inaugural. En faisant cohabiter des éléments dégradés et lacunaires, j’essaye de construire des images qui interrogent leur propre permanence. Mes peintures octroient aux sujets représentés un destin organique et tragicomique. Dans cette exploration du visible et de l’invisible, mes tableaux tentent de maintenir vivante la mémoire des formes, tout en embrassant leur inéluctable disparition.

 

Baptiste Reymann

Baptiste Reymann est né à Colmar en 1983. Son bac en poche, il entre à l’université d’arts visuels de Strasbourg. La licence obtenue, il passe une année de formation au concours du CAPES d’arts plastiques pour finalement entrer à l’école MJM Graphic Design a fin de mieux maîtriser les outils informatiques. Désormais illustrateur strasbourgeois, il travaille la bande dessinée avant de s’orienter vers l’illustration. Toujours influencé par le 9ème art, ses images sont figuratives, narratives et veulent raconter une histoire à elle seule. Par son travail, il invite le spectateur à entrer dans ses univers imaginaires, aériens, teintés de surréalisme et souvent emprunt d’une certaine quiétude. Il aime aussi diversifier les formats et les techniques, passant du numérique aux techniques dîtes traditionnelles, du papier à l’écran. Chaque médias apportent ses avantages et ses contraintes, mais chacun influence l’autre, et nourrit de nouvelles idées pour les projets à venir.

Régine Reymann

A l’atelier je cultive une cour-jardin, une immersion dans le végétal comme présence méditative au monde ou pour raconter des histoires. Un brin d’herbe au creux de la main fait advenir la présence de tous les éléments, terre, eau, feu, air, espace. L’humain apparait en filigranes par des mains, pieds, cœurs ou maisons et, ce qui m’intéresse là est d’exprimer l’interdépendance entre l’humain le végétal, la nature, les éléments, le cosmos. J’expérimente et associe des approches et techniques multiples, pochoirs, empreintes, dessin d’observation, découpage et collage. Beaucoup d’œuvres se présentent en polyptyques, ou en suites pour multiplier les points de vue, exprimer d’infimes nuances ou créer une «symphonie visuelle».

Marie Freudenreich

Peindre, c’est un peu comme apprendre la mécanique. Démonter la réalité(ou l’ illusion), étaler les pièces devant soi, essayer en se grattant la tête de comprendre comment ça marche. Ensuite remonter tout ça. La plupart du temps on se trompe, abîme une pièce ou la remonte à l’envers. après tout c’est la panne qui révèle…

Sibylle Knapp

Sibylle Knapp est illustratrice de formation. Elle a exercé ce métier en tant qu’activité principale pendant plusieurs années. Depuis 2000, elle se consacre à la peinture de paysages. Sans pour autant abandonner l’illustration. 

En tant qu’illustratrice, elle aime la proximité. Le nez au-dessus de son bureau, elle travaille sur de petits formats, attentive aux détails, aux gestes minuscules, aux scènes de la vie quotidienne. Elle observe les attitudes, les expressions, les interactions discrètes. 

En tant que peintre, elle lève les yeux et prend du recul. Elle essaie de capter des paysages, des lumières, des couleurs qui traversent l’espace et le temps. Elle explore l’atmosphère, la vibration d’un ciel, la densité d’une ombre et la chaleur d’une fin de journée. 

L’illustration réclame du détail, tandis que la peinture oblige au contraire à l’oublier, à plisser les yeux pour chercher une sensation plus large, plus ouverte.

Ces deux pratiques dialoguent en permanence. Ensemble, elles construisent son regard et nourrissent sa manière de créer.

Simone Adou

Ma création est une réflexion sur la possibilité de nous élever au-delà de nos limites matérielles, pour rencontrer la conscience pure qui nous place exactement là où nous devons être ; elle est une quête ascensionnelle, une manière de prendre de la hauteur par rapport au monde, aux êtres.

Mes outils sont à l’image de la pensée : le pastel, le fusain, les pigments, qui, à travers leur essence volatile, expriment la nature fragile et évanescente de toute chose.

Le Papier, support quasi exclusif de mon œuvre, induit le processus d’impermanence : une deuxième peau, à travers laquelle respire le Désir…

Nicolas Aramu

Je suis un artiste italien de Venise où j’ai étudié la peinture et la gravure à l’Accademia di Belle Arti. Titulaire d’un diplôme de Maître d’Art, je travaille entre Mulhouse et Venise.
Ma peinture est inspirée du quotidien, de la mémoire et de l’histoire. Le passé de ceux qui nous ont précédés me réapparaît en images : en cartes postales et anciennes photographies – des souffles de nostalgie et de douce mélancolie des choses perdues.
En donnant une deuxième vie à ces souvenirs privés et publics, je m’applique à la création d’une poésie fantastique et parfois ambiguë qui inspire notre mémoire et imagination.
La nature est un autre sujet central de mon travail, comme le montrent mes paysages aquatiques : une série de peinture de paysage consacrée à l’élément de l’eau à partir de points de vue plus ou moins classiques. Ils vont des études de couleurs abstraites et des peintures de paysages impressionnistes à des compositions poétiques dans lesquelles les lignes entre la réalité et le fantasme sont souvent floues. Ce faisant, mes paysages aquatiques reflètent la nature comme ils proposent des écrans de projection pour l’imagination du spectateur.

 

Les ateliers de Motoco seront ouverts uniquement les 24 et 25 mai.

Nous vous remercions de votre compréhension, et nous réjouissons de vous retrouver lors de ce second week-end des Ateliers Ouverts.

Susanne Janssen

La pratique de Susanne Janssen peut se comparer à la démarche archéologique : dans son œuvre d’illustratrice, elle décompose les différentes strates d’un récit, transfigurant en profondeur la narration afin de générer une création contemporaine. L’onirisme des images dépasse le cadre figé de la double-page, assurant une mise en perspective et en lumière inattendue des textes.La redécouverte de la gravure a profondément inspiré ses recherches et créations en réorientant son travail d’illustratrice et de plasticienne.

Collection de photographies Madeleine Millot-Durrenberger

Née dans les années 1880 pour analyser la notion de mouvement, la pratique de la séquence photographique (suite ordonnée d’images) se généralise au XXe siècle parallèlement à la diffusion du reportage photographique dans la presse illustrée. Elle permet le « récit en images » à partir de la saisie chronologique d’instants du réel.

À partir des années 1960/1970, certains auteurs-photographes se réapproprient le procédé pour le mettre au service de leur créativité, échappant ainsi au dogme de l’« instant décisif ».

Ce sont des exemples variés de cette « renaissance » de la séquence photographique que nous présente cette exposition. Pour certains auteurs, la séquence permet d’introduire du rythme dans le narratif, pour d’autres c’est une forme de jeu, éventuellement destiné à désorienter le regardeur. D’autres encore, combinant séquences et mise en scène, nous questionnent sur le rapport au réel (le leur autant que le nôtre). Enfin, dans ce balancement entre instant et durée, comment ne pas être interpellé par l’espace séparant les images les unes des autres, sorte d’entre-deux offert à l’imaginaire du regardeur ?