Feu Jean Claus

Le travail de Jean Claus (1939–2025) se caractérise par une évolution continue, où chaque période redéfinit la précédente. Après des débuts en peinture, marqués par des natures mortes et paysages encore liés au réel, le dessin et l’aquarelle occupent déjà une place importante comme moyens d’observation et de recherche sensibles.

Dans les années 1970, il opère un tournant vers des assemblages tridimensionnels réalisés à partir de matériaux modestes, affirmant une démarche expérimentale. Les années 1980 voient l’émergence des « reliquaires », œuvres centrales peuplées de figures angéliques, où se croisent mémoire, fiction et sacré, et qui lui apportent une reconnaissance institutionnelle. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, ces figures se déploient dans l’espace sous forme de sculptures, instaurant un rapport plus direct et théâtral avec le spectateur.

À partir du milieu des années 1990, avec le « Garde-Meubles », il développe des formes hybrides entre sculpture et mobilier, dans une dimension plus introspective. Parallèlement, dans les années 2000, il approfondit une pratique régulière du dessin et de l’aquarelle, notamment liée à ses marches dans les Vosges, prolongeant cette recherche par l’écriture, une pièce de théâtre et une réflexion théorique autour de « l’Art Météo ».

Dans les années 2010, il revient à la peinture en y intégrant pleinement le cadre comme élément constitutif de l’œuvre. Jusqu’à sa disparition en 2025, son travail reste traversé par des motifs récurrents — figures, mémoire, phénomènes naturels — et par une dynamique de transformation constante, où peinture, sculpture, dessin et aquarelle dialoguent dans une même recherche de renouvellement

Veslina Salustra

VESLINA SALUSTRA est artiste contemporain·e autodidacte. Iel bidouille et collectionne, façonne et farfouille des formes, des sons ou des usages pour imaginer des fictions guérisseuses et cathartiques. Des obsessions émergent : cafetière italienne, tricotin, boulettes de feutre, plats protéinés, tisanes oestrogène-likes, collections de galets, autoportrait à la flemme… Veslina se joue du réel et de la fiction dans chacun de ses gestes.   Dès son enfance, iel a développé une fascination pour le plancton : entre visible et invisible, ces êtres vivants nourrissent à la fois les baleines et ses propres recherches sur l’inframince.   Iel a été bouleversé·e par l’exposition Vernis-schnaps pendant les ateliers ouverts de la Drêche en 2024. Pour 2026, Veslina prépare une installation immersive – fruit d’un travail en visio-cocréation. A chacun de ses projets, iel s’entoure d’une dizaine d’assistant·e·s et ouvre ainsi son œuvre sur un dispositif social en constante évolution.

Marion Poulizac

La restauration des peintures consiste d’abord à comprendre les matériaux constitutifs du tableau, grâce à une observation détaillée de tous les côtés, à l’aide d’une bonne lumière naturelle et une lampe à rayonnements ultraviolets.
Le diagnostic établi sur les altérations et les interventions souhaitables et souhaitées, nous pouvons intervenir, selon deux axes :
– sa bonne conservation : par la consolidation de déchirures, le refixage de couche picturale, des comblements structurels par exemple ;
– la restauration de sa lisibilité : par la reprise des déformations, des nettoyages superficiels, des allègements de vernis et d’anciennes retouches, un revernissage, la réintégration des lacunes.
Ce métier peut s’appliquer à d’autres spécialités, dont la peinture murale fait partie et sur laquelle j’interviens parfois en collaboration avec d’autres professionnels de la région.
Les techniques et outils utilisés sont variés.
Nous employons des outils pour traiter la structure du tableau comme le châssis et le montage de la toile (colles à bois, pinces, scie, marteau, pince à tendre, semences et agrafes, brosses…).
Mais aussi des outils adaptés à la couche picturale : colles plus fines, résines, vernis, spatules, pinceaux divers, outils de précision, scalpels…
Nous disposons de matériaux naturels et synthétiques, et ajustons leur emploi aux besoins du tableau et ses conditions de conservation : papiers, toiles, adhésifs, intissés.

Sylvia Louisiade

– Designer textile pour des Maisons de Haute Couture à Paris, j’ai pu exprimer mon goût pour la couleur et le dessin, en créant motifs et harmonies colorées pour la mode et l’ameublement
– puis formée par un Maitre Tapissier dans la région de Toulouse, j’ai restauré sièges et habillé la maison à travers les étoffes et cuirs des Maisons d’édition
– depuis plusieurs années, c’est vers la lumière que s’oriente mon travail, avec la fabrication d’abat-jour originaux, en utilisant toujours les textiles d’éditeur et les passementeries qui s’accorderont avec les pieds de lampes, ou pour des créations uniques qui affirmeront la décoration intérieure.

Marie Odile Biry Fetique

Mon travail est principalement axé sur le thème du paysage. Ce paysage sera interprété et dépaysé en quelque sorte par l’exercice de la peinture. Je travaille sur des formats différents qui vont de la miniature au très grand format, pour offrir un panel de sensations optiques et corporelles.sé en quelque sorte dans l’exercice de la peinture.

Théo Moulin

Tenir un spray en main et me tenir face à un mur, une surface qui me dépasse, c’est d’abord par la pratique du graffiti qu’est nait en moi un désir d’explorer la physicalité de mon corps et celle du support prêt à le recevoir. Après une licence en Histoire et l’obtention d’un DNSEP à la Haute Ecole des Arts du Rhin à Strasbourg, j’ai trouvé dans l’acte de peindre, avec l’utilisation de différents outils, matériaux et supports ; peinture à l’huile, aérosol, toile, bois, un moyen de répondre pressamment au besoin de m’inscrire dans le réel par l’exploration et la sensation que pouvait me procurer le contact avec la matière picturale. Qu’est-ce qui fait qu’une toile devient une œuvre d’art ? Que me révèle le châssis, sa taille, la toile, son grain ? Que projette elle avant d’être recouverte de peinture ? De ces questionnements m’est apparue la nécessité de confronter la toile, la martyriser, la soigner, la repousser dans ses limites. C’est dans cette friction avec la matière que s’est formé l’expérience temporelle de la toile, propice à ce que je recherche, pas une image figée mais un événement pictural, une vibration, un basculement qui lui donnerait son autonomie. De là je n’ai alors plus besoin d’intervenir, notre rapport cesse, elle existe désormais par elle-même.  Pour alimenter et structurer cette démarche, je mets en place des méthodes de travail, répétition de rythmes, de gestes et de matériaux. En disposant les toiles dans l’espace, comme des fragments, au mur, au sol et en les travaillant simultanément, elles s’influencent et dialoguent. Des accidents se produisent, ce qui échappe à mon contrôle, je choisis d’en sauvegarder certains, et d’en recouvrir d’autres.  Ces évènements se retrouvent aussi au dehors de l’atelier, lorsque je me déplace en ville où j’appréhende les phénomènes de dégradation, des bâtiments, façades et plus largement dans des zones liminales et naturelles où je capture des détails, motifs, lumières, couleurs, des « impressions » que je transforme à l’atelier, en matière et en expérience picturale.

Romina Kunz

Dans un monde qui s’accélère et glisse de plus en plus vers le numérique, Romina Kunz choisit de se tourner vers le concret et le palpable. Attirée par la richesse et la diversité de l’argile par le dialogue possible entre esthétique culinaire et céramique elle entame en 2023 une formation en tournage au village de potiers de Dieulefit, dans la Drôme.

 

Depuis avril 2025, elle s’est installée au « Le Âtelier », au Port du Rhin. Nourrie par les traditions de la région où elle s’est formée autant que par la céramique alsacienne, elle conçoit actuellement de la vaisselle et des objets du quotidien en terre vernissée, principalement tournés, mais aussi façonnés à la main.

Sylvain Bourrières

Mon travail est orienté vers le réalisme, j’aime saisir les ambiances et lumières dans des compositions recréer de la réalité.J’aime particulièrement le portrait, mais j’ai réalisé une série qui se déploie dans le tram ou chaque tableau est l’écran d’une scène banale figée par le regard extérieur du spectateur.Cette série, composé de 16 tableaux, met en évidence la séparation d’êtres pourtant physiquement réunis.

Je travaille également beaucoup le dessin, d’après nature, au crayon, au fusain, au carré conté, du croquis rapides au travail plus élaboré, mes thèmes de prédilection sont le corps humain, le portrait et la nature…

Ghazal Foroozani

Mon travail naît d’un espace intérieur que je transforme en mouvements, en formes visuelles et en atmosphères singulières.  Au fil de mes projets, j’ai exploré des thématiques variées telles que l’identité, le corps, la figure féminine, l’apparence et l’intériorité, ainsi que les dialogues mentaux et la connaissance de soi. Si les sujets diffèrent, un élément demeure central : le mouvement et la transformation.  Travailler image par image m’a appris à percevoir le changement comme un processus progressif, où chaque modification, même infime, influe sur l’ensemble. Montrer le mouvement constitue une part essentielle de ma pratique artistique : il peut s’agir de transformer une image fixe en séquence animée, de faire passer une photographie vers le film, ou encore de déplacer une peinture vers la sculpture.  La transformation n’est pas pour moi un simple changement de médium, mais une manière de prolonger une idée et d’explorer ce que le passage d’un état à un autre produit dans l’expérience. Aujourd’hui, ma recherche s’oriente vers l’exploration de l’inconscient humain, dans le prolongement de mon intérêt pour le mouvement et les processus de transformation.

Wargnier Zirekian

Ma participation aux Ateliers Ouverts s’inscrit dans la première édition de la résidence Un bruit qui court, initiée à l’Atelier Pierre Kieffer à l’invitation de Renée Kieffer, son épouse, qui a filmé la vidéo éponyme. La magie blanche de l’image numérique y convoque l’artiste : esprit, geste et parole, malicieusement suspendus, nous autorisent au jeu – une forme de ping-pong entre une œuvre interrompue et celles qu’elle pourrait encore susciter.

Investir aujourd’hui cet espace en qualité d’artiste, et disposer du temps nécessaire pour fréquenter ses toiles, n’a rien d’anodin pour moi. J’ai connu Pierre Kieffer. Cette rencontre fut décisive. Pourtant, bien que j’aie occupé durant plusieurs années un local à l’étage inférieur de son cabinet, j’ignorais tout de l’existence de son atelier et de son travail plastique.

Qui était donc ce Pierre Kieffer que je trouvais si peu loquace ? Sa disparition laisse moins un silence qu’une présence active : livres, notes, œuvres, outils et matériaux composent aujourd’hui un paysage dense avec lequel dialoguer.

Ce lieu m’appelle à reprendre la recherche plastique amorcée au début des années 2000 autour de l’intime et des tensions qui s’y déploient – visibles comme invisibles -dans et au-delà de l’amour, du désir et de la mort. Il m’invite aussi à parler de Pierre et avec Pierre : collecter indices et traces, formuler des hypothèses à partir desquelles peinture, écriture, installations ou formes sonores pourraient entrer en correspondance.

Mon travail s’intéresse aux histoires qui surgissent des lieux que nous habitons, publics ou privés : le van des départs en vacances, un salon traversé par la sieste, une place qui respire, une usine habitée de poésie ou un atelier qui continue de travailler après la disparition du peintre. Je cherche moins à raconter une histoire qu’à observer comment elle naît – à travers un espace, un geste, une rencontre.

Mes projets prennent ainsi appui sur des lieux existants que j’explore dans la durée. Par l’immersion et l’échange avec celles et ceux qui les habitent, j’essaie de faire émerger relations, souvenirs et tensions invisibles. Les formes produites, qu’il s’agisse d’installations, dispositifs participatifs ou propositions visuelles, sont pensées comme des expériences ouvertes où visiteurs, récits et espaces entrent en résonance.