Type : invite
Safouane Ben slama
L’entre-deux, le seuil, la limite, voilà des notions qui ne sont pas étrangères à son travail. Dans ses séries réalisées aux États-Unis, en Palestine, en Jordanie, à Cuba, ou bien plus proche en banlieue parisienne, il explore des espaces qui interrogent à leur tour l’idée de marge et de territoire. Ses productions révèlent les traces et gestes de ceux qui occupent ces lieux, tout en mettant l’accent sur la jeunesse qui s’y rassemble.
Makis Yalenios
Ma recherche théorique et formelle commence par un double parcours universitaire en sciences humaines et en arts du spectacle, avec une longue expérimentation sur la matière et sur l’interaction dynamique entre différentes techniques. Mes travaux explorent de façon poétique la fragilité de l’existence, la puissance de la mémoire personnelle, comme aussi la dialectique entre espace et temps, disparition et conservation, vide et plein, trace et transformation. Après plusieurs années, ma pratique est approfondie par un Master 2 Recherche interdisciplinaire sur la mémoire individuelle et collective mobilisée lors du processus de spatialisation inhérent à la dimension spatiale des installations contemporaines immersives et interactives. L’usage de moyens expressifs à chaque fois renouvelés m’ouvre vers les multiples possibilités offertes par la matérialité du papier et du textile tout en incluant d’autres médiums hétérogènes, puisés dans la nature, recyclés, porteurs des traces d’usure. En définitif, ces « petits riens », ces « copeau[x] raflé[s] à même l’existence » (R. Barthes, La Préparation du roman, N. Léger (éd.), Seuil/Imec, 2003), inscrits dans une dimension durable et aussi dans l’esprit wabi-sabi, constituent des sources d’inspiration permanentes et guident mes recherches, fondées sur le rapport analogique entre forme et fond. Mon intention est de faire sortir la matière, essentiellement le tissu, du carcan de sa matérialité première et de mettre en lumière sa puissance évocatrice, son langage sensoriel en interaction avec les spécificités de l’espace d’accueil et sa propre histoire. Je m’intéresse donc à la matière en tant que langage évocateur et révélateur de la mémoire, des histoires individuelles et collectives, parfois enfouies ou en voie de disparition. Dans mes propositions artistiques, j’explore la rencontre de l’Homme avec ses abîmes. Le recours à l’objet ready-made en série, me permet de travailler le processus de la répétition, de la reprise, et d’esquisser des formes de réparation. En interpelant notre mémoire subjective, notamment par les dispositifs d’installation immersive, je propose un face à face avec ce qui demeure inachevé, défaillant et manquant, une confrontation avec nos « paysages désolés ». Mes propres textes font parfois partie intégrante de l’œuvre. Je porte un regard attentif « aux petits riens » du quotidien, tels des bouts de vieux papiers peints et d’étoffes effilochées. Leur traitement dans ces collages et techniques mixtes évoque les traces d’une vie qui s’estompe et souligne la nécessité d’une part de prendre soin de leur disparition, d’autre part de conserver tout en transformant les traces, en vue d’une transmission. Dans ce même esprit, j’ai réalisé dans le passé des œuvres in situ dans des temples, églises et cloîtres, dans des théâtres, des librairies, mais aussi dans des jardins et des serres, dans des salles de box et autres lieux insolites, dans toute la France et plus récemment encore à Venise.
Karim Madi
Pratiquant la photographe de paysages dans un style proche du « style documentaire » tel que défini par Walker Evans, je m’intéresse essentiellement aux paysages façonnés par l’homme. Ce que je cherche, c’est une photographie de paysage débarrassée de tout artéfact anecdotique et de tout aspect narratif, simple élément d’une typologie abstraite du paysage. A travers celle-ci, je cherche le sens profond du paysage (au-delà de la signification), pour mieux l’appréhender et peut-être mieux le (nous) comprendre. Robert Adams remarquait que « tout comme la philosophie, l’art rend abstrait, simplifie. Il n’est jamais l’équivalent exact de la vie. ». Ce que l’on pourrait compléter par : s’il n’en est pas l’équivalent, il en est une clé.
Carole Nieder
Carole Nieder est artiste-auteure et architecte. Son travail de recherche-création mêle peinture sur grands formats, performance et installation. Elle met sa culture spatiale au service de ses explorations plastiques et voit dans ses créations une manière d’interroger le monde qui nous entoure et son fonctionnement. Sa thématique de travail questionne les rapports entre corps et espace à travers la notion de l’empreinte. Diplômée de l’Ecole d’Architecture de Strasbourg, elle exerce en tant qu’architecte de 2013 à 2021. En parallèle de son métier, elle développe de nombreux projets de performances mêlant peinture, textes, musique, danse et architecture. Des institutions comme le Centre Chorégraphique de Strasbourg, le Théâtre du Maillon ou la Maison Européenne de l’Architecture lui ouvre leurs portes. Elle enseigne également de 2018 à 2021 à l’Université de Strasbourg et à la Haute Ecole des Arts du Rhin en arts plastiques et architecture (théorie et pratique). En 2021 elle décide de se consacrer pleinement à la création artistique suite à la résidence « la Fabrique » où son travail est salué par la DRAC Grand Est. En 2022 la Galerie Murmure à Colmar lui consacre une exposition monographique. Soutenue par le Ministère de la Culture, elle entame en 2023, un projet intitulé « Culture(s) » de trois ans en lien avec les agriculteurs du pays de Montmédy. Ce travail lui valant une reconnaissance nationale elle est nommée fin 2024 Chevalière de l’Ordre des Arts et des Lettres.
LABBEYL
Je fabrique des sacs aux reliefs exagérés, tantôt
organiques, moelleux ou agressifs.
J’emploie différentes techniques de manipulation
textile, telles le matelassage et le rembourrage dérivés
du boutis provençal ou le plissage brodé à la main.
Chaque pièce est conçue et fabriquée à Strasbourg.
Guillaume Berrut
Ayant étudié à l’EESI d’Angoulême et la HEAR de Strasbourg, ma pratique gravite essentiellement autour du dessin, entre autre de l’animation traditionnelle et de l’illustration 2D; en proposant de réfléchir sur la culture chrétienne occidentale par une relecture de son imagerie. En parallèle de ces recherches, je travaille ponctuellement pour des projets d’auteur.ice.s indépendante.s.
Gilles Orage
Après une formation en art aux Beaux Arts de Metz puis en design textile aux Beaux Arts de Lyon, entre l’envie de prendre la parole au travers de formes sensibles et l’exigence d’un savoir-faire dit simplement décoratif, il me fallait formellement éviter le déchirement dans ma pratique. Je décide alors de traverser ce hiatus par la voie rédemptrice de l’idiotie et d’avoir le droit de m’émouvoir à chaque fois que je parcours mon salon ou pose les yeux sur un bibelot. Ornements et autres légèretés deviendraient donc des idées redoutables et soudainement mon travail s’incarne assez librement, que ce soit par le dessin, la conception d’objets, la performance ou encore, par l’élaboration de « titres parfaits » avant même de savoir ce qu’ils habilleront.
Ma pratique est donc un véritable processus de collecte pour laquelle il faut toujours rester hautement vigilante. Il s’agit ensuite de coller, ou plus précisément, de mettre en scène un quotidien de motifs récurrents devenant suffisamment obsédants pour s’imposer comme des ensembles de formes que je dispose et réarrange sans cesse :
« Objets qui brillent, catastrophe domestique, objets qui ne brillent pas, sosies de coupes de cheveux dans la même journée, toutes sortes d’images préfabriquées et autres boîtes de conserve, objets détestables tant par leur forme que pour leur propriétaire, mon chien, phrases entendues, divinations hasardeuses avec un jeu des sept familles, répliques imaginées trop tôt ou trop tard, blagues faites ou à ne pas faire, Divas des années 70, reproches, situations financière, amoureuse, rêvée ou accidentelle, titre de chanson française, bêtise et courage de mon chien, bêtise et courage que je m’attribue … ».
De ces séries de citations ou collections inévitables, j’imagine alors des scènes (en dessin, installation ou situation) comme des décors où quelque chose est sur le point de se produire, rejouant ces motifs pour le simple plaisir de la réplique. Dans un jeu de mise en relation perpétuelle des images et afin d’établir un récit esthétique et poétique, mon travail est toujours dans un écart, se situant tout juste entre le plaisir du bel écrin, la vague impression laissée, la simple suggestion ou la situation inextricable.
Alex Bleuler
Dans mon travail artistique, je m’intéresse à la représentation de l’être humain dans le vide – des figures isolées, sans décor, qui apparaissent sur un fond blanc, entièrement absorbées par leurs pensées. L’espace du papier reste volontairement libre, laissant place au silence, à l’interprétation et à l’intériorité.
Mes œuvres évoquent des paysages intérieurs, des états d’âme introspectifs et parfois rêveurs. Elles naissent d’un processus intuitif, guidé par des impulsions internes plutôt que par un plan défini. Les personnages représentés semblent repliés sur eux-mêmes, plongés dans un dialogue silencieux avec leur monde intérieur.
Chaque dessin est profondément personnel – il reflète mes pensées, mes émotions, mes souvenirs. Ainsi, chaque œuvre devient un fragment de mon propre esprit.
