Lors d »une résidence dans la région du Veracruz au Mexique, j’ai renoué avec de précédentes investigations autour du monde agricole.
Je me suis penchée sur un costume social en particulier, un uniforme involontaire, celui des coupeurs de bananes. Je me suis aussi intéressée à des formes et des présences végétales ambivalentes pour ensuite les re contextualiser différemment. J’ai aussi reconstitué un nouveau fil historique de l’évolution agricole de cette région à travers une confrontation d’images et de boites noires évoquant le pourrissement et la collection. L’ensemble de ces recherches a pris la forme finale d’un musée à ciel ouvert sur les murs d’une ancienne coopérative de mais.
Il y a trois ans, Delphine Gatinois découvre la vallée du Thann et est saisie par des formes à l’arrêt : c’est l’hiver et les hautes structures en bois des bûchers sont alors plongées sous la neige. Pour la première fois de l’histoire de la tradition dans la région, ils n’avaient pas pu être mis à feu lors de l’été précédent. Mais cela leur aura permis de tenir une place dans le paysage qui donna à l’artiste la possibilité d’en faire la rencontre. Rencontre qu’elle décrit en ces termes : cet isolement leur donnait le caractère d’une ossature, des formes sculpturales qui se détachent et s’imposent dans leur rapport au paysage, dont elles sont faites. En suivre la piste, le trajet, est aussi pour elle une manière d’entrer dans cet endroit et de commencer à le comprendre. C’est toute une vallée, dont plusieurs des points culminants sont choisis chaque année pour y construire ces bûchers, qui les voyait se dresser et rester là, comme bloqués dans leur attente.
Depuis 2022, dans le cadre du soutien Mission de Territoire de la Région Grand Est, s’ouvre ainsi une recherche qui choisit de se placer sur le temps long. Un rapprochement que Delphine Gatinois va opérer sur plusieurs années, à observer des pratiques, collecter des objets, documenter les usages et les récits que la tradition agence autour d’elle. C’est tout un travail plastique qui s’élabore, configuré autour de différentes techniques de production et d’édition d’images : de la photographie documentaire, de l’expérimentation sur matériaux textiles, la création d’affiches grand format déployées dans l’espace public, et la réalisation d’une oeuvre vidéo à venir. Un travail plastique qui est traversé par des questions, nées du rapport qui s’établit entre un certain passé, dans lequel s’origine la tradition des Fackels, et le temps présent du monde dans lequel elle continue d’avoir lieu.
(Texte d’Hélène Soumaré)
Au coeur de cet atelier, elle poursuit en parallèle d’autres projets personnels comme Kèmè Kémé, entre danse et photographie ou Trois sillons, un regard sur la propriété terrienne et la circulation des espèces.
