Ma participation aux Ateliers Ouverts s’inscrit dans la première édition de la résidence Un bruit qui court, initiée à l’Atelier Pierre Kieffer à l’invitation de Renée Kieffer, son épouse, qui a filmé la vidéo éponyme. La magie blanche de l’image numérique y convoque l’artiste : esprit, geste et parole, malicieusement suspendus, nous autorisent au jeu – une forme de ping-pong entre une œuvre interrompue et celles qu’elle pourrait encore susciter.
Investir aujourd’hui cet espace en qualité d’artiste, et disposer du temps nécessaire pour fréquenter ses toiles, n’a rien d’anodin pour moi. J’ai connu Pierre Kieffer. Cette rencontre fut décisive. Pourtant, bien que j’aie occupé durant plusieurs années un local à l’étage inférieur de son cabinet, j’ignorais tout de l’existence de son atelier et de son travail plastique.
Qui était donc ce Pierre Kieffer que je trouvais si peu loquace ? Sa disparition laisse moins un silence qu’une présence active : livres, notes, œuvres, outils et matériaux composent aujourd’hui un paysage dense avec lequel dialoguer.
Ce lieu m’appelle à reprendre la recherche plastique amorcée au début des années 2000 autour de l’intime et des tensions qui s’y déploient – visibles comme invisibles -dans et au-delà de l’amour, du désir et de la mort. Il m’invite aussi à parler de Pierre et avec Pierre : collecter indices et traces, formuler des hypothèses à partir desquelles peinture, écriture, installations ou formes sonores pourraient entrer en correspondance.
Mon travail s’intéresse aux histoires qui surgissent des lieux que nous habitons, publics ou privés : le van des départs en vacances, un salon traversé par la sieste, une place qui respire, une usine habitée de poésie ou un atelier qui continue de travailler après la disparition du peintre. Je cherche moins à raconter une histoire qu’à observer comment elle naît – à travers un espace, un geste, une rencontre.
Mes projets prennent ainsi appui sur des lieux existants que j’explore dans la durée. Par l’immersion et l’échange avec celles et ceux qui les habitent, j’essaie de faire émerger relations, souvenirs et tensions invisibles. Les formes produites, qu’il s’agisse d’installations, dispositifs participatifs ou propositions visuelles, sont pensées comme des expériences ouvertes où visiteurs, récits et espaces entrent en résonance.