Yves Chaudouët

L’œuvre d’Yves Chaudouët est à l’image du monde dont elle procède : diverse, complexe, lisible, indéchiffrable, sombre, jubilatoire. Par ailleurs très attentive à ce qui la constitue, à l’esprit qui l’anime. Quiconque l’aborde se trouve rapidement confronté à la question des entrées. On peut alors tenter un premier classement, une souple mise en ordre, et pourquoi pas soumettre cette vivifiante profusion à une sorte de taxinomie formelle, fondée par exemple sur de larges catégories de médiums :
– les peintures : les portraits à l’huile, les monotypes, les gravures… les photographies…).
– les installations (un terme bien commode…) : poissons des grandes profondeurs et autres créatures marines réalisées au Centre international d’art verrier (CIAV) de Meisenthal, pieds de verre destinés à faire léviter les objets, sa « table d’hôtes » (sur une proposition de Pierre-Olivier Arnaud et Stéphane Le Mercier)…
– le théâtre et les films, c’est-à-dire des formes où dominent soit la performance soit le récit, soit les deux : conférences concertantes, visites guidées…
– les éditions : on en dénombre plus d’une vingtaine à ce jour. La passion de l’artiste pour la littérature, la poésie en particulier, trouve à se matérialiser ici dans la forme canonique du livre.

 

Il convient cependant, si l’on veut trouver le fil et le tenir, pointer ce qui relie les éléments multiples de ce grouillant univers, de croiser cette première nomenclature avec d’autres grilles de lecture. Insister par exemple sur la récurrence de la peinture depuis les premiers portraits à peine extirpés de leur gangue ombreuse jusqu’aux « peintures bavardes » où s’affirme le dessin porteur de clarté (une sorte de ligne claire comme on dit pour la bande dessinée) et de joyeuse impertinence, d’autres portraits à nouveau, plus graves, synthèse mûrie de la profondeur et de l’affleurement. Rappeler aussi que depuis l’âge de dix-sept ans, et longtemps sans savoir que ça s’appelait ainsi, Yves Chaudouët produit des monotypes. Il parle à leur sujet de « photographies mentales ». Tous proviennent d’une identique et minuscule plaque de zinc, 6 x 9cm et témoignent d’une prodigieuse virtuosité. Il s’agit là d’une véritable base de données, à la fois trace et réservoir de formes et d’atmosphères, d’histoires et de références.

 

C’est peut-être sur la dialectique de l’ombre et de la lumière, de l’obscur et du clair que s’enracine la cohérence de cette œuvre voyageuse. Ce sont le noir et les visions nocturnes qui dominent dans les monotypes, visions hantées, sommeils de la raison, sourde menace. C’est un regard précis et très lucide, qui garde en mémoire les rêves et les cauchemars de l’histoire (la figure tutélaire de Paul Celan). C’est un point de vue sur le monde, résolument politique, praxis autant que poïésis, y compris dans la rêverie telle que la déclenchent les poissons abyssaux. Mais c’est, dans le même temps –sans doute l’autre versant d’une identique visée- et avec de plus en plus d’insistance, un combat sinon pour la clarté du moins pour l’éclaircissement, l’ombre concentrée dans la pupille des yeux de ses beaux portraits récents où le songe gagne peu à peu sur le tourment. Ce mouvement du bas vers le haut, cette informe perturbation de l’ordonnance trompeuse, toute rechute possible, traverse l’œuvre d’Yves Chaudouët dans son entier, y compris dans ses occurrences scéniques, des poissons des grandes profondeurs (dans leur nuit de cristal, littéralement et en toute conscience de l’histoire) jusqu’à ces objets tout juste surélevés par leurs pieds de verre, comme flottants, décollés de ce ras des pâquerettes où gisent le dangereux et le dénonçable, toutes choses entrevues, arrachées, déplacées, élaborées par les moyens spécifiques de l’art.

 

Jean-Marc Huitorel

Denicolai & Provoost

Artistes multidisciplinaires, le duo italo-belge Denicolai & Provoost travaille avec, mais sans s’y limiter, l’animation, les objets, les installations, la performance, la vidéo, l’édition.
Ils proposent volontiers des protocoles collaboratifs et processuels, parfois sur long terme, parfois sous forme de performance ponctuelle, qui impliquent des complicités et des collaborations avec des acteurs qui ne sont pas liés au monde de l’art, et qui sont à plein titre des constituants des mondes qui nous entourent.
Ils empruntent volontiers des éléments existants dans un contexte pour les associer, dissocier, les assembler les uns aux autres et formuler un langage. Ils fonctionnent d’avantage comme des intermédiaires entre les différents composants d’un contexte, pour les faire dialoguer au travers de leurs propres formes.
C’est cette position de l’intermédiaire (ou de ‘régisseur du réel’) qui les intéresse le plus. Quel est le rôle de l’artiste dans la cité ?
Dans l’intimité esthétique et politique de leur processus de digestion artistique, Denicolai & Provoost questionnent la liberté donnée aux artistes dans nos sociétés occidentales, dites démocratiques. Leur travail inclut le spectre entier des possibilités de couverture médiatique, tels des outils pour créer leur univers.

Lukas Hoffmann

Lukas Hoffmann est né en 1981 à Zug, en Suisse. De 2003 à 2007, il a étudié les arts plastiques à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, avant de participer, de 2009 à 2001, au programme de recherche La Seine (ENSBA, Paris). Des bourses d’atelier l’ont conduit à Anvers (2008/2009), à Berlin (2011) et à New York (2016). Ses photographies sont régulièrement montrées dans le cadre d’expositions personnelles et de groupe. Il vit avec sa famille à Berlin.

Cécile Férard

Artiste, portraitiste, plasticienne, le travail de Cécile Férard évoque le corps, ses formes et ses attitudes. Elle aborde le portrait comme une recherche de l’autre.
Durant son cursus à l’École Nationale Supérieur des Arts de Dijon, elle développe une pratique de la peinture, tout en explorant la vidéo, le volume, et le dessin. Elle en sort en 2008 avec d’un Diplôme national supérieur d’expression plastique. Fin 2009, elle réalise une résidence au Fine Art Degree – Curtin University (Perth – Australie ) et développe des projets performatifs. De retour en France, elle participe à la création d’un collectif d’artiste dans une ancienne faïencerie, elle profite d’un espace de travail important qui lui permet de développer son approche de la peinture et s’initie à la céramique. En parallèle, elle amorce une carrière dans l’enseignement pour l’Éducation nationale. En 2013, elle intervient en collaboration avec l’association ACODEGE dans le cadre d’un cours de danse avec des déficients intellectuels. De cette collaboration naît un projet vidéo qui se déroulera sur une année. De 2014 à 2016, elle se forme à toutes les subtilités de la céramique industrielle traditionnelle. Son travail s’affirme à travers le Volume et prend une autre envergure. La céramique, comme tous les médiums avec lesquels elle a pu travailler, est une nouvelle manière de considérer la peinture, qui ne l’a jamais quitté. En 2016, de retour dans sa ville natale, elle poursuit son parcours dans l’enseignement avec un cours de peinture et couleur au sein de l’École supérieure d’art de Lorraine à Metz. Depuis plus d’un an, elle partage un atelier et se consacre principalement à sa pratique de la peinture et de la céramique.

Dominique Ghesquière

Dominique Ghesquière est née à Pensacola aux Etats-Unis. Elle vit et travaille à Rueil-Malmaison. À l’issue de ses études à l’École des Beaux-Arts de Lyon, elle a passé deux années en résidence à la Rijksakademie d’Amsterdam (2002-2003). Son travail est présent dans de nombreuses collections publiques nationales et a fait l’objet de nombreuses expositions en France (Galerie des Ponchettes à Nice, Parc culturel de Rentilly, FRAC Ile-de-France, Paris, Palais de Tokyo à Paris, Centre International d’Art et du paysage sur l’Île de Vassivière, FRAC Bourgogne, Dijon) et à l’international (Casa del Lago, C Sharp, Mexico City ; MUDAM, Luxembourg, Museum Ostwall, Dortmund, Allemagne ; Thalie Art Foundation, Bruxelles ; Lothringer 13 Halle, Munich).
Elle est représentée par la galerie Valentin, Paris.

Guillaume Barborini

Le travail de Guillaume Barborini est motivé par l’envie de mettre en place, au-delà de projets particuliers, une pratique du monde plus dilatée, plus fragile également. A travers des actions simples et leur répétition, il est question de tendre vers quelque chose d’indéfini qui pourrait être une forme de présence à soi, aux autres et aux choses, consciente, engagée, responsable, pleine. Simultanément, il s’agit de tenter une pratique du monde qui consiste en son expérience plutôt qu’en sa consommation : déployer des interactions singulières, neuves, sans préétablis, pour se situer et prendre position. Raconter l’époque en creux, esquisser un plan.

Constance Nouvel

Née en 1985, Constance Nouvel vit et travaille à Paris.
Elle développe depuis 2010 un ensemble d’oeuvres qui prend pour point de départ l’analyse critique des caractéristiques de la photographie : comprendre pourquoi et en quoi le processus photographique n’est pas uniquement la reproduction d’un réel, mais aussi l’image d’une réalité tangible, ouvrant aux complexités de la représentation. Ses réflexions se déploient dans un langage plastique et formel ouvert à l’interdisciplinarité des médiums, et aboutissent à la notion d’objets et d’installations photographiques.
Constance Nouvel a exposé notamment pendant le Mois de La Photo au Théâtre de Vanves (2017), au Centre d’Art et Photographie de Lectoure et au Centre Photographique d’Ile-de-France (2014), à la Maison des Arts de Pékin (2015), et dernièrement aux Rencontres d’Arles de la Photographie, dans le cadre du Nouveau Prix Découvertes 2017.
Depuis 2014, elle enseigne la Photographie à l’École Supérieure d’Art de Lorraine – site de Metz, et la technique du tirage chromogène (argentique couleur), au laboratoire photographique de l’École Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris.

Claudie Hunzinger

Claudie Hunzinger vit dans les montagnes, c’est sa seule nationalité. Elle est à la fois écrivain et artiste.  Publie des romans chez Grasset.  Expose des pages de graminées.  Il lui arrive aussi de travailler en collaboration avec les cerfs, les chevreuils et les lièvres qui l’entourent. Le résultat est alors une installation en commun sur le thème des herbes transformées en cellulose.

Mane Hellenthal

Née à Sarrebruck
vit et travaille à Sarrebruck

Hochschule für Bildende Kunst Sarrebruck
Akademie der Bildenden Künste Munich
Bourses à Berlin, Schöppingen, Ahrenshoop, Langenargen, Luxembourg, Wiepersdorf, Liège

Estelle Chrétien

J’ai eu l’occasion de faire évoluer ma pratique à droite à gauche depuis mon dnsep à l’Ensa de Nancy en 2011. Prenant appui sur un imaginaire rural traditionnel en désuétude pour venir le confronter au réel, mon travail plastique naît, lentement, en gauillant dans la matière. Il se construit selon le hasard des rencontres, au fil d’associations libres, ou d’évidences irrationnelles. Mes errances contemplatives sur papier, nourrissent un imaginaire organominéral. Dans le bavardage omniprésent, j’explore le silence à l’état brut, un silence plein, tente de le préserver, de le transmettre.