Ouissem Moalla

Ouissem Moalla développe des concepts de langage visuel qu’il expérimente par l’expression artistique. Ses productions se matérialisent sous plusieurs aspects et sont organisées en séries, constituant chacune une représentation globale des différents sujets qu’il traite. Il élabore des systèmes de représentation visuels en organisant des ensembles d’associations coordonnés par une théorie et des lois. Ce sont des langages expérimentaux d’expression plastique qui touchent un large éventail du champ visuel, employant corps, matériaux, mouvements…dans l’espace. Sa recherche se nourrit de développements philosophiques autour de l’image et de références culturelles contemporaines. Résident en France, il poursuit une voie autodidacte depuis 2012, après des études en école d’art et d’apprentissages auprès d’artistes en exercice.
Son intérêt pour les systèmes de représentation le pousse à explorer partiellement plusieurs domaines qui ont nécessité le développement de tels outils. Ceux-ci s’étendent des concepts philosophiques imagés aux schémas de représentations scientifiques, en passant par la construction littéraire et poétique. La synthèse de ces inspirations le pousse à habiller ces systèmes de diverses approches plastiques pour leur donner consistance. Cependant, la géométrie est de loin la plus favorisée, lui permettant l’emploi d’éléments visuels simples, universellement définissables et donnant ainsi la possibilité de déceler des relations, qui mettent à nu le système de représentation derrière l’œuvre. Cette porte entrouverte offerte au spectateur se veut ludique et permet d’appréhender progressivement l’ensemble des œuvres établies sur un même langage. À travers d’autres expériences, il tente de tisser des correspondances spéculatives entre les éléments abstraits de ses systèmes et des références culturelles. C’est un processus inversé lors duquel il décompose intuitivement les codes d’un objet culturel, pour appréhender sa raison d’être dans son contexte et déterminer ces différentes caractéristiques. Les résultats plastiques de cette approche sont des représentations, dont les compositions poussées vers l’abstraction, déploient en large partie des objets familiers. Cette démarche est récurrente dans ces travaux à caractère « in situ » et dans ces recherches en résidence artistique.
Ce va-et-vient entre l’abstrait et le concret tire son influence des théories et techniques de l’ « Ars memoriae ». Sois des méthodes mnémotechniques qui invitent à imaginer des espaces et à y disposer des éléments visuels, ayant une connexion abstraite avec la chose à mémoriser. Ouissem Moalla a construit sa démarche artistique en puisant dans les recherches de l’historienne Frances Yates, qui met en parallèle l’évolution historique des représentations artistiques et celle de l’art de mémoire (« The Art of Memory », 1966). Il s’intéresse particulièrement aux mécaniques ludiques des systèmes de représentation et leur rapport cognitif avec le spectateur. Derrière ces recherches, il revisite la notion de « Culture collective ». Il questionne sa genèse influencée par les facteurs environnementaux, à son processus d’abstraction par la mythification. Mais également de l’avantage et inconvénient de cette métamorphose et de son instrumentalisation par l’homme.

Clara Muel

Née en 1994, Clara Muel suit une formation de photographe au lycée artistique de Saint-Luc Tournai en Belgique. Elle intègre par la suite la Haute École des Arts du Rhin à Strasbourg, où sa pratique deviendra davantage pluridisciplinaire, mêlant sculptures, photographies, vidéos, écriture… Elle y obtient son DNA avec les Félicitations du Jury et son DNSEP avec Mention. Elle se considère dorénavant comme une artiste plasticienne, aspirant à travailler de manière libre et multiple autour des sujets qui l’animent.

“Tout juste à la fin, immédiatement, elle sentit son cœur s’ouvrir, sa peau se durcir, ses muscles s’apaiser, son âme prendre de la hauteur.” Extrait de Galva, (fiction spéculative) écrite en 2019. (83 pages)

“Les rapports de dominations entre le corps et son environnement prennent forme dans mon travail à travers une manipulation presque jouissive de la matière.

L’espace urbain dans lequel j’évolue, les matériaux de constructions, l’architecture ou encore les divers dispositifs de sécurités qui le traversent exercent un contrôle plus ou moins permanent sur mon corps.

C’est sous la forme de sculptures, de textes, de photographies et de vidéos que j’entend me réapproprier ses matériaux. Le tissu rencontre alors la cire, le latex traverse le béton, la vaseline s’empare du plâtre, des corps/objets confrontent les murs de la ville. La propriété des matériaux ainsi que leur temporalité (temps de séchages, de prises etc.), et les accidents qui se produisent durant ces temps de travail tiennent une place importante dans ma pratique.

J’entend me réapproprier les matériaux auxquels nos corps sont confrontés quotidiennement en les travaillant de manière sensuelle, en y injectant une certaine forme d’érotisme. Mon corps reprend alors de la place à l’intérieur d’un environnement viril, dur, oppressif qu’est l’espace urbain et ses normes”.

Jules Maillot

J’entends faire usage du temps de résidence AZ – ALLER & ZURÜCK ? comme la possibilité de poursuivre l’examen des thématiques qui parcourt mon travail. Le corps occupe toujours en creux mes productions plastiques. Plus que le corps, ce sont toutes les activités somatiques et esthétiques qui me stimulent. La mode vestimentaire, notre rapport à la technologie, nos habitudes de consommations, de divertissement…
Durant mes études je me suis peu à peu rapproché des figures transgressives, de la performativité sociale des corps marginalisés. La consommation de substances psychoactives, les pratiques bdsm, les genres musicaux « extrêmes » (musique industrielle, black metal…)
Tous ces phénomènes isolés que je mets en forme s’accordent à interroger en creux le pourtour normatif de nos existences.
Que signifie la normalité ? La transgression ? L’émancipation ? La coercition sociale ?
J’accorde une grande importance à créer des transversalités entre plusieurs domaines de savoir. Ainsi mes œuvres deviennent des réceptacles rendant visible ce fourmillement des modes de vie contemporains.
Aujourd’hui, la science et le monde médical occupent une place importante dans mes recherches. Je collecte des données autour de l’histoire de la chirurgie, l’usage sociopolitique de l’opium, le·a cyborg, le bio-hacking, le parasitisme, la psychanalyse lacanienne…
La notion d’artificiel me semble est la plus à même de lier cet ensemble. J’envisage l’artificiel comme l’occasion de m’attarder à ses modes de vie «sous substitution», sous influence par l’usage de la technologie ou de certaines
substances.
Pourquoi cette œuvre est-elle advenue ? Dans quel cadre peut-elle s’exposer ? comment s’expose-t-elle ?…

Françoise Marmillot

Elle passe des feutres pointe fine aux aiguilles, des tapisseries aux fils à broder, des pastels secs aux fils métalliques. Françoise Marmillot a démarré sa carrière dans les arts plastiques à L’Évasion, lors du lancement en 2004 de cet Esat artistique et culturel unique en Alsace. Les techniques qu’elle emploie se sont enrichies au fil des projets, que ce soit au sein de L’Atelier ou au sein de la Compagnie de L’Évasion, dont la spécialité est le théâtre d’ombre et la création visuelle. Ses couleurs de prédilection sont à la limite des tons francs, délicatement fanées, comme des fleurs qui auraient juste dépassé leurs plus belles heures. Des fleurs que Françoise voit quasi-quotidiennement lorsqu’elle se rend dans son jardin partagé ou dans les arbres et autres végétaux qu’elle aperçoit tout au long du chemin bucolique qui y mène. Que ce soit en peinture, en gravure, en couture ou en sculpture, ses sujets –personnages, animaux, végétaux…– se parent d’une pointe de tendre naïveté. Sa grande spécialité? Des petites marionnettes qu’elle forme en fil de fer, de coton et de laine, et qu’elle pare de boutons et autres bouts de tissus de récupération.

Mots clés. Couleurs, fleurs, bonheur, labeur, végétaux, oiseaux, marionnettes, couture, gravure, collage, récup’.

Ana McKeir

Influencée par la bande dessinée américaine et française, le folklore français et anglais et les thèmes développés dans les musiques traditionnelles, je rencontre le tatouage après m’être intéressée aux murder ballads, aux chansons de prisonniers et aux chants de marins. Ce langage de codes et de symboles parle immédiatement à ma sensibilité et je l’intègre à ma pratique. Puis je deviens tatoueuse. Avec le temps, mon travail d’illustration presque exclusivement en noir et blanc s’éloigne du traditionnel tatouage de marin pour produire des images mélancoliques qui interrogent les mystères de la nature et de l’univers, et je construis mon propre folklore, peuplée de figures hybrides, animaux humanisés, chimères tristes mêlant le végétal au minéral, personnages de contes pervertis, femmes dominatrices, fantômes joyeux, trésors, galaxies, labyrinthes, micro-organismes et constellations, coulures, formes organiques qui possèdent les personnages et l’espace faisant rapidement passer de la légèreté du rêve à la vision angoissante d’un monde à l’agonie. En parallèle, mon travail de tatoueuse est plus léger et se nourrit de culture populaire, d’humour et d’auto-dérision ou s’oriente autour de la recherche formelle de l’ornement ou du motif.

Mureil McIntyre

L’inspiration de mon travail est mon identité franco-américaine. J’explore de manière esthétique la culture de ces deux pays. D’un côté, le luxe français et ses traditions dans lesquelles j’ai grandis. De l’autre, la culture populaire des États-Unis, d’où viennent mes deux parents. Je suis un parfait collage de ces deux espaces géographiques et culturels. Ma pratique artistique prend ses racines dans la sculpture, mais je la définis plutôt comme une exploration de l’espace par des installations éphémères et expérimentales. Ce qui m’intéresse, c’est de créer des lieux avec des objets trouvés ou fabriqués, et d’observer comment la vie organique s’initie à l’intérieur. Tout commence par l’association d’images, des collages papiers et/ou digitaux, qui m’aide à appréhender l’espace. Ces intuitions 2D se transposent ensuite dans la dimension physique et tangible de la 3D. Là, les produits animaliers se mélangent aux matières organiques, en faisant appel au viscérale : ils dérangent mon univers habituellement épuré et anesthésié. Ainsi le gore a-t-il sa place dans mon travail par des touches d’abjects subtiles qui perturbent l’environnement de mes propres espaces contrôlés et structurés. Que se passet-il lorsque le vivant rencontre l’inerte ? Lorsque l’organique se mélange à l’objet industriel produit en série ? Mes installations sont spontanées et répondent à mes impulsions visuelles. Celles-ci sont guidées par les lignes structurante du lieu choisi. J’introduits le mouvement, par mes accrochages, et mes placements d’objets dérangeants. Ce n’est pas une promenade de tout repos pour les spectateur·ice·s. Bien au contraire, leur marche les immerge dans un environnement étrange, légèrement décalé de ce qui peut sembler être un espace habituel et commun. Tour à tour, une salle d’attente, une caisse de supermarché, ou la vitrine d’un magasin se trouvent perturbées par l’introduction d’un élément décalé, comme un chien qui respire, la tête d’un cochon mort, ou encore une figure humaine. Les spectateur·ice·s se glissent dans une narration ouverte à l’interprétation. Chacun·e est libre de projeter sa vision sur l’installation que je donne à voir. Mes recherches théoriques sur les comportements humains vis-à-vis de l’art, supplante mon travail artistique, et sont sans cesse enrichis par des conversations. J’écoute, j’observe, j’analyse.

Lenore McIntyre

J’aime le dialogue, les conversations, l’échange. On se comprend ou l’on ne se comprend pas. On est vague, on est précis, on se loupe, on se fâche, on est intime en se dévoilant. Le lien entre l’intérieur et l’extérieur m’interpelle, et son ressenti de ce qu’il crée à l’extérieur de nous. J’aime la tension entre ces deux mondes ou la dualité du dedans et du dehors se côtoient. La recherche des couleurs et des formes, et la communication qui se manifest entre elles est intriguant. C’est tout autant une conversation, une collision, où l’on se percute à de nouvelles possibilités qui se révèlent. C’est ainsi que la célébration des états humains, les émotions, les sentiments, les vécus, les conflits et les déceptions sont visible. J’observe le mouvement, les interactions, les liens, la réactivité, le respect pour ce que les personnes ont construit entre elles. Ces aspects sont traduit visuellement dans ma pratique artistique. Quelquefois je suis dans une sorte de vacuité. Quelquefois je réagi. Ainsi, ma peinture joint un amour de la couleur à un respect et une fascination pour des états intérieurs ressenties. Mes compositions sont des traductions de sentiments en couleur, en forme, en lumière, et en mouvement tracés sur ma toile.

Salomé Macquet

Salomé E.  Macquet est designer et artiste. D’un pas de côté, elle conçoit des formes singulières figurant des sujets complexes. À l’enseigne d’un studio de création et de recherche actif dans les champs du design graphique et du design spéculatif, elle dessine des livres, des identités visuelles, des objets numériques et des installations. Dans ses recherches, Salomé explore les questions temporelles de la physique relativiste et quantique pour mieux questionner notre rapport au temps. Depuis 2019, elle imagine la fiction quantum.ville avec Grégoire Delzongle. Ce projet de design spéculatif brouille les pistes entre réel et fiction et imagine une ville autosuffisante à temporalité relative. Son atelier est un laboratoire. On y interroge les matériaux, les interactions, les expériences, les encres, les interfaces, les espaces physiques et virtuels, les algorithmes, dans le but de créer des outils innovants de communication et de transmission des savoirs, des idées, des projets, des récits. Elle a notamment travaillé avec : Renault, l’Institut français d’Allemagne, le Signe – Centre national du graphisme, l’École des Arts décos, Akoustic arts, Le Parisien, les éditions Hermann, la Cité de l’architecture et du patrimoine.

Lucas Matagne

Je développe mon travail photographique autours de 2 grands sujets : l’Architecture et la Nature. Les deux sont pour moi un même « jeu savant, correct et magnifique des volumes assemblés sous la lumière». Je vois dans ces deux sujets un même attrait pour les forces créées par les matériaux. Je mène également une recherche autour de la dynamique de la lumière : je réalise notamment des cadres photo rétro-éclairés qui permettent d’augmenter la dynamique lumineuse de la photo imprimée, recréant parfois un nouveau cadre dans le cadrage, jouant avec la transparence et la texture des papiers. L’apparition de formes primaires lumineuses poussant chacun à perdre ses pensées dans l’image.

Léo Marquié

Plusieurs éléments jouent un rôle substantiel dans mes travaux. Formé aux sciences humaines et sociales, mon approche tant pratique que réflexive du médium photographique s’en trouve fortement imprégnée. Les uns rejoignant les autres, j’aime à-lier les aspects esthétiques et techniques aux questionnements et méthodes de l’anthropologie. L’espace ouvert de ce dialogue dessine les contours de ma démarche et, en creux, en fonde la singularité. Photographier est une façon d’entrer en relation avec ce qui m’environne. Les éléments consubstantiels de mon environnement, vivants ou inertes, humains ou non, sont autant d’entités avec lesquelles j’interagis. Pleins de promesses, les rencontres m’amènent à répéter mes visites. Dès lors, je noue avec les espaces des liens de familiarité. En ressassant ainsi les lieux, j’escompte mieux en découvrir les différentes facettes, en saisir les ambiances. La traduction pratique de cette interaction se concrétise par les réglages de l’appareil au moment de la captation, le choix des paramètres. La maitrise technique vient appuyer le propos photographique. Mes compositions, dans leur grande majorité, se caractérisent par une esthétique empreinte d’un fort graphisme. J’aime et recherche le fait que l’impression visuelle suscitée par la photographie prenne le pas sur la lecture logico-rationnelle de l’image. En dépouillant le sujet photographié de sa signification première, je cherche à faire naître chez l’observateur quelque chose d’intime et difficilement exprimable : son ressenti. Pour arriver à ce résultat, j’essaye de leurrer le sens de la vue. En fonction du sujet, je joue avec la profondeur de champ et l’alignement des différents éléments figurant dans le cadre. En manipulant l’empilement des différents plans de la photographie, je compose une image aux lignes et perspectives déroutantes. Aussi, l’utilisation d’une focale plus ou moins importante associée au zoom (ou au rapprochement du sujet) me permet de brouiller les pistes quant à l’échelle. Enfin, en dépouillant l’image de détails, j’accrois le trouble visuel occasionné tout en soulignant l’effet graphique de mes compositions. Tout cela concourt à brouiller les pistes du regard, trop habitué – éduqué – à se repérer dans l’espace, à associer aux choses une signification au premier coup d’oeil. La chaîne de production de sens ainsi leurrée reste aveugle, sa cécité momentanée laissant le champ libre à l’impression. En parallèle à ces travaux, au moyen d’incisions, de découpages et de tressages, j’expérimente des manières d’assembler mes tirages photographiques les uns avec les autres. L’oeuvre dont la finalité semblait alors acquise, s’entrouvre, renouvelée.