Le dessin a fini par recouvrir ma pratique. J’ai dessiné dès mon plus jeune âge mais pas comme on s’y attend. Je dessinais enfant sous ma couette des portraits de femme. Ils étaient inspirés de mes lectures d’enfant, des bandes-dessinées japonaises des enfants des années 90. J’ai toujours dessiné des femmes dans les coins de page. J’ai toujours dessiné des femmes lorsqu’un bout de papier passait sous mon crayon. Je disais que je voulais être dessinatrice. Pendant les années passées à l’école d’art, le dessin est resté caché. Mon dessin ne se montrait pas. Cela a pris du temps pour que je le regarde autrement.
Le motif de pois irrégulier qui traverse ma pratique vient des textiles de mon quotidien. Après mon DNAP, j’ai commencé à exposer une pratique d’œuvres textiles in situ. Cet univers domestique est le lieu privilégié de ma réflexion féministe. Je dessine comme on tricote, le dessin prend le pli du temps passé. Sur le papier, c’est un entrelacement de traits qui fait apparaître un motif. Mon dessin est un tissage qui résulte des mêmes gestes que ceux qui caractérisent les travaux de maison visant à protéger les corps ou à accroître leur confort. C’est aussi une pratique du repli, retournée sur elle-même, c’est ce qui reste d’une pratique invaginée.
C’est l’univers du léger, de l’aérien et du blanc, à l’image de la colombe, qui est au centre des travaux de Claire Guerry. Les installations de plumes blanches in situ, donnent à s’ouvrir vers l’infini, la vastitude, un sentiment de plénitude et de paix quelle cherche à transcrire. Par les peintures en techniques mixtes intégrant des éléments naturels tels que pigments, poudres végétales ou minérales, sables, œuvres en verre, planisphères célestes, elle aime montrer une perception des réalités à la fois multiple et simultanée. Touchée par l’art pariétal et dans l’esprit des arts amazoniens, les images, pour elle, « disent quelque chose et agissent aussi comme une sorte de ‘transformateurs d’énergie’ » et entraîne un processus ontologique de transformation voire de métamorphose.
Certain de l’existence de la vie extra-terrestre, Mathias Graff est aussi convaincu que le premier contact avec les Autres se fera par le design graphique. Mathias a donc propulsé Astéroïde, son atelier graphique et sérigraphique, actuellement sous l’emprise gravitationnelle du collectif M33, galaxie scintillante peuplée de petits hommes et femmes vert·e·s de tous horizons artistiques et cosmiques. Diplômé de la Haute École Supérieure des Arts de la Débrouille, sous la direction du professeur Mac Gyver – lui-même Zéta-réticulien – Mathias Graff navigue à vue à travers tout le processus créatif : la conception, l’illustration, la création digitale et l’impression en sérigraphie artisanale.
Photographe indépendante basée à Strasbourg, Paola Guigou travaille principalement le portrait et la mise en scène pour des agences de publicité, pour l’édition, et pour la promotion de marques et d’artistes. Elle intervient également auprès des entreprises et institutions en corporate et reportage.
Diplômée des Arts décoratifs de Strasbourg en 2006 et de l’Ecole des Gobelins à Paris en 2008, elle évolue aux côtés de portraitistes et photographes de mode en studio avant de se lancer en freelance. Elle créer en 2014 l’Atelier M33 dans l’ancienne usine Junkers à la Meinau, et y installe ses bureaux et son studio.
Stefano Gioda pourrait être considéré comme un alchimiste moderne décidé à créer un nouveau code de représentation de la réalité constitué de signes en constante mutation. Illustrateur de formation, l’artiste se sert du dessin comme point de départ de la plupart de ses projets pour donner vie à un processus de recherche qui est le fruit d’un travail manuel précis et intense. Son trait minutieux, riche de détails, engendre un univers hybride peuplé de curieuses créatures zoomorphes saisies sur papier à l’encre de Chine, à l’aquarelle et au stylo. Partant d’une étude analytique des insectes, centre et origine de cet univers, l’artiste élabore une oeuvre allégorique de l’humanité : les insectes sont des créatures inconnues en mutation qui dévoilent l’imposture de l’identité, des formes qui évoluent en désordre alphabétique et qui semblent avoir été collectées par un entomologiste surréaliste à l’occasion d’une expédition hors du temps. La technique est méticuleuse, l’approche scientifique, la représentation « immagnifica». La forme insolite qu’il assume provoque grimaces et sourires, répulsion et attraction. La création, limitée à des domaines organiques, est un exercice mu par une impulsion qui veut classifier et montrer un mode d’existence atypique. Les dessins et les oeuvres mixed media exposés ont l’air d’objets vivants figés dans le temps, révélateurs d’une pratique artistique hybride et sérielle, qui ose se répéter et créer l’illusion. Nathalie Fritz
Mon travail est purement photographique. Ce qui m’intrigue et m’attire dans la photographie est sa dépendance au sujet; l’appareil doit être pointé vers quelque chose. Je ne me lasse pas de la transformation qui a lieu quand le déclencheur est activé, et par la façon dont cette association entre le sujet et cette transformation peut être canalisée pour exprimer des idées et des expériences. Quand je commence à photographier j’ai une fascination presque obsessive pour le sujet qui dure jusqu’à l’achèvement du travail, moment où elle se reporte alors vers les photographies elles-mêmes. Le paysage est une de mes obsessions constantes, particulièrement la frontière entre l’homme et la nature. Je travaille en argentique dans tous les formats (35mm à chambre 20x25cm.) et en numérique.J’ai exposé à travers la Grande-Bretagne, en Europe et aux Etats-Unis. Mon travail se trouve dans les collections privées et publiques dont: Victoria and Albert Museum, Londres.National Gallery of Scotland, Edimbourg.MACBA Museo d’Art Contemporani de Barcelona, Edinburgh City Council.City Arts Centre, Edimbourg.North West Arts, Manchester.Kunsthalle, Bâle.Leipziger Galerie für Zeitgenössische Kunst, Leipzig.Motherwell District Council, Ecosse.
Je suis photographe auteur (et aussi pro pour la communication publique) depuis plus de 30 ans. Les images présentées pour cette édition seront essentiellement issues de mon dernier travail « America Rewind » exposé à ST’ART galerie La Chambre en 2017, au CEAAC et à Mulhouse (galerie Hors champs et Filature) et qui a fait l’objet d’une monographie éditée par Hatje Cantz. Je présenterai quelques images issues d’autres séries, notamment « Photo 2000 », et d’autres tirages jamais exposés.
Elise Grenois sollicite une dimension qui nous dépasse, propre au mystère des temps géologiques et ce, au moyen d’un simple reste de paraffine démoulé de la cuve qui le contenait afin d’en produire un unique tirage à la cire perdue. C’est précisément cette capacité à entrevoir, lors des processus techniques de fabrication, des instants-clés, des formes signifiantes, ou l’importance d’un élément technique, qui caractérise le travail de l’artiste et lui apporte une justesse formelle et matérielle. Ses formes naissent d’une connaissance approfondie des méthodes sculpturales classiques de fonderie et de travail du verre. Le moulage est une pratique d’atelier qui a longtemps été dissociée de l’expression artistique. Elise Grenois en détourne les usages et en poétise les procédés.
Proche de l’art processuel apparut au début des années 70, la transformation et le mouvement s’inscrivent au coeur de sa pratique, elle s’intéresse aux formes intermédiaires et joue des frontières fluctuantes entre atelier et espace d’exposition.
Extrait du texte rédigé pour l’exposition Shadowban par Jamila Wallentin
Mon travail est hybride, souvent entre le dessin et l’impression, entre les images balisées et l’expérimentation, difficilement définissable, où il est question de remix perpétuel d’images, de temps, de couleurs et de gestes. Je construis mon travail à partir d’images déjà existantes et facilement accessibles. Je fais le choix des images pour leur portée sociale, politique et esthétique. Je les découpe, je les extrait de leur contexte, j’explore leur mutabilité. La perte d’information provoquée par la sérigraphie est contrebalancée par le travail du geste, de la matière et de la couleur. La couleur dédramatise les situations, elle attire, elle flatte l’oeil : elle est un leurre. Je reste fidèle au principe de collage, je ne crée pas de nouvelles choses. Je juxtapose, je transforme, je superpose des choses existantes qu’on ne peut pas relier créant ainsi un univers empreint de ma propre expérience du monde. « Il s’agit, à chaque fois, d’interroger dans l’image ce qui résulte des pouvoirs de l’imaginaire et ce qui surgit de l’effraction du réel.» Georges Didi-Huberman