Carlos Pastorino

« Schilikois d’adoption », artiste-peintre et photographe-auteur. J’essaye de décrire graphiquement et émotionnellement l’histoire sans commencement ni fin dont je fais partie et qui s’inscrit dans un cycle de succès et d’échecs. Mon travail, à l’image de mes multiples expériences est rempli de couleurs, de mouvements et d’imaginaire, comme un journal intime, il traduit le dialogue silencieux entre l’artiste et les différents supports.

Manon Pourcher

Mon travail s’articule autour de promenades, d’observations de la nature, en extérieur. Je collecte des matières, souvent des pierres, qui sont la base de mes projets artistiques. La pierre, même hors de son milieu d’origine, renvoie au paysage. Par sa matière, propre au lieu dont elle provient, par ses souvenirs, par ses reliefs, par son origine, par les vies qui se sont développées sur elle. C’est une métonymie : un extrait, un fragment qui évoque l’ensemble. Les créations qui en découlent invitent à être manipuler. Ils questionnent les sens, poussent à dépasser la vision pour appréhender des dimensions tactiles ou auditives Le bijou est mon medium originel. Bien que je m’en éloigne souvent, il me tient à cœur. L’importance qu’il accorde au corps, la possibilité, de porter les pièces, met en évidence un rapport nécessaire entre corps et pièce. Une intimité, des liens se créent entre le porteur et son bijou. L’implication du corps, intrinsèque au bijou, rejoint mes interrogations sur l’exploration sensorielle du paysage. Percevoir plus en profondeur les choses, cela révèle les liens qui existent entre les composantes du paysage. Des présences qui défilent, à des échelles d’espaces et de temps extrêmement diverses. De l’instantanéité du vent à la lente érosion des pierres, la sensation fugace d’un insecte sur sa peau, ou l’évolution des arbres année après années… Tout se lie et s’influence. Impliquer son corps dans l’exploration du paysage, permet de le percevoir instinctivement, dans une immédiateté toujours surprenante.

Claire Pontié

Point d’ancrage, le bijou définit des rythmes et des mouvements sur le corps de celui qui le porte. Il joue de la topographie biologique du corps, ses courbes et ses plis, et des projections culturelles qui s’y dessinent pour supporter un réseau de valeurs et d’affects. A l’échelle individuelle du porteur et à celle de la société, le bijou oriente le regard et créer une interface qui définit une part de notre identité sociale. Le bijou participe ainsi à la construction d’un langage à même le corps. J’investis ce langage par le biais de formes organiques qui empruntent à l’ image de plantes et d animaux souvent chargées de fortes symboliques. A travers elles je tente d’interroger des rapports possibles à l’érotisme et la nature. Je veux donc que mes bijoux offrent des points de contacts avec une forme de sensualité et puissent être instigateurs de rituels personnels.

Cannelle Preira

Mon travail pose la question de l’accessoire à travers des réalités oubliées. Qu’est-ce qui est accessoire ? Observer les micro-gestes des personnes qui nous entourent ? S’arrêter sur un rayon de soleil divisé en paillettes à travers la maille d’un tricot?? Relever et collecter les détails négligeables du quotidien? Le bijou est accessoire. Après des moments de collectes photographiques, c’est le médium que je choisis pour recréer et partager ces moments et sensations infimes qui colorent le quotidien. Pour se faire, j’interroge les rapports intimes de complicité qui se développent entre l’individu et l’objet bijou en explorant des manières de (trans)porter le bijou autrement. Les objets qui en ressortent sont autant de propositions sensorielles à s’approprier.

PHP

PHP par Henry Cow (extrait)trad:Ruth Goodwin. Dés le début des années 80 ,et comme tant d’autres Poirot est un « sérial painter » Les  canapés ,les architectures,le chantier,les objets, le théâtre de l’atelier et ses acteurs, forment une fiction figurative ou le mythe affleure dés qu’ on le convoque et a la visite de curieux livres peints d’assez grands formats,des carnets de croquis anciens s’empilent dans la grande étagère de l’atelier et semblent nourrir la production Depuis je crois 2000 il peins la peinture du paysage , tout d’abord la ou l’archéologue termine son travail de découverte au pinceau :dans le livre « l’ocre du lœss » ,puis avec les Vosges ,curieusement d’après des décors de théâtres parisiens de la période 1870-1914, la ou apparaît le mythe de la « ligne bleue » , enfin il attaque maintenant une série nommée « Austral » motivée par un périple en 1996 dans le désert australien et la rencontre avec les artistes des antipodes. Les échanges et des résidences en Australie puis en Nouvelle-Zélande se poursuivent avec les séries en cours (Execution..etc) Un travail avec la ruche et l’abeille (,L’arbre-rucher,l’alvéole) commence également en 2010 sur le chemin des passeurs…

Emilie Picard

Une peinture s’inscrit dans le temps. On pense souvent qu’une oeuvre survit à son auteur, qu’elle dépasse le trépas, et devient l’objet de la mémoire d’une âme, d’une histoire. Pourtant les peintures s’effacent, se détériorent et il est de plus en plus complexe de les faire durer.

Que devient une oeuvre après la vie de son créateur?

Émilie Picard s’est posé cette question. Artiste peintre contemporaine, son travail convoque les souvenirs, les restes et le temps qui passe. Comme une scène de théâtre dont les acteurs auraient précipitamment fuit les planches, les objets installés par Émilie sont cabossés, déchirés, meurtris. Ses peintures ont une double lecture.

D’une part, il y a le travail du temps – sur la toile figure la disparition avant qu’elle n’ait vraiment lieu. Les toiles d’Émilie Picard sont pâles et lumineuses ; elles donnent le sentiment de regarder de grands formats surexposés, comme si le temps avait déjà fait son travail, le décor s’efface, le blanc est omniprésent. Ce blanc constitue la base de la toile, la base du travail de couleur qu’Émilie appose par la suite en prenant soin de ne pas donner la touche de trop, celle qui déséquilibrerait l’impression ondulatoire entre le fond et la scène. Cette relation

entre le dessin et son support s’inscrit dans une

logique vibratoire et permet d’écrire l’oeuvre au passé. Fortement nourrie des oeuvres de Giotto, notamment des fresques de la chapelle des Scrovegni à Padoue, Émilie Picard questionne la relation de l’oeuvre avec le temps, à ses usures et ses reliquats. La disparition de l’image importe autant que celle de son contenu.

D’autre part, il y a le jeu de la mémoire, des souvenirs personnels, ceux de l’artiste et ceux liés au regard du spectateur. Des débris, des objets et végétaux, beaucoup de matière minérale et quelques attributs liés à l’enfance font partie du décor. La plupart du temps les objets s’amoncellent pour former de petites ruines au dehors, tels des vestiges périssables du passage d’un personnage déjà manquant. Ces micro-architectures sont le symbole puissant de l’action de l’Homme extrait de son quotidien. Aussi nous pouvons imaginer une oeuvre dans une oeuvre qui ne demande qu’à sortir du cadre ou au contraire à s’y inscrire durablement malgré ce blanc qui rogne.

L’impression que l’image tend à disparaître et ne restera plus longtemps agit comme une urgence à expliquer ce que l’on y voit, à comprendre pourquoi cet objet se retrouve ici. Émilie Picard nous fait nous raconter des histoires. Et l’urgence va plus loin : les cadres mêmes tendent à se fendre. Des fissures apparaissent à la surface de l’image, comme si elles étaient prêtes à exploser pour laisser jaillir le blanc. D’où cette question relative : s’agit-il d’une disparition ou de l’apparition de ce que nous ne voyons pas encore et qui ne demande que présence ici bas ?

Lorine Boudinet, 2019

 

P-mod

Officiant professionnellement dans la photographie depuis 1997, Dominique Pichard a quitté le confort d’un laboratoire photo où il exerçait depuis une dizaine d’années pour se plonger dans le vaste univers de l’indépendance depuis 2007.
Issu du milieu alternatif, ancien musicien, il commence à se faire la main en arpentant les scènes de festivals et salles de concerts dans la région de Strasbourg.
Il publie rapidement dans la presse tattoo internationale, parcourant le monde au gré des conventions de tatouage qu’il couvre notamment pour le magazine Rise pendant dix ans.
Fin 2013, il entame une résidence à la Bibliothèque Humaniste de Sélestat, où il
développe des projets artistiques et expose les photos du chantier monumental jusqu’à la fin de sa restructuration en 2018. Entre plusieurs voyages sur les cinq continents, il organise deux expositions hors les murs intitulées De Chair et d’Encre et A corps écrits.
Les douze ans de documentation sur le tatouage prendront forme dans l’ouvrage “Figures Libres” co-écrit par la journaliste Laure Siegel aux éditions Noire Méduse.
En mars 2015, il rejoint le collectif M33, un atelier partagé à Strasbourg, où il installe son studio. Il co-préside l’association avec la photographe Paola Guigou. Il y développe progressivement d’autres approches du métier, plus collectives, et se frotte à des sensations et des rythmes différents, comme la réalisation vidéo ou le photojournalisme pour la presse d’information nationale (ARTE, Médiapart…)
La somme de ces expériences donne naissance à une démarche plus engagée dans le cadre de deux résidences artistiques toujours en cours:
– l’une avec la Maison des Ados de Strasbourg depuis 2016, où il documente les activités de la structure, forme les professionnels du médico-social et son public en vue d’un travail de création immersif lors d’ateliers de médiation par l’image.
– l’autre avec Emmaüs Scherwiller depuis 2019, où il forme les compagnons en vue d’un travail de documentation qui deviendra la série photographique “Le Grand Dérangement”, présentée en septembre lors du festival Caritatif Compagnons d’encre, également coordonné par l’artiste en résidence et le collectif M33.
À mi-temps à l’atelier strasbourgeois M33 et l’écolieu Oasis Multikulti à Mietesheim, les projets actuels s’axent aujourd’hui vers la recréation du lien via la co-construction de projets inter structurels à portée sociale et artistique, sur la collecte de mémoire auprès de publics larges et variés par le prisme du projet Memento, ainsi que sur le développement des alternatives économiques et culturelles”

Arthur Poutignat

La question de la perception est centrale dans mon travail. Le point de vue du spectateur, la construction de l’espace, sa dépravation (anamorphoses, métamorphoses, perspectives singulières), sont les moyens qui vont permettre de nouveaux agencements visuels, propices à la remise en cause de repères traditionnels. L’équivoque et l’étrange sont les moyens de cette
nouvelle donne, interrogeant les références communes et les distinctions généralement admises entre volume, surface, motif.
Par le paradoxe, le renversement, l’ambiguïté, ma démarche m’amène ainsi à produire des objets, installations et dispositifs, qui viennent détourner la perception du spectateur, lui proposant une vision étrange, un monde imaginaire qui vient mettre en crise le tangible.
Les zones d’ombres, les ambiguïtés spatiales créent le doute, les mettent en évidence et me permettent de révéler les contradictions et oppositions sous-jacentes à notre appréhension du monde. Inhérente au visible, l’obscurité vient affirmer notre perception de l’espace, sa mise en valeur me permet de trouver des points de basculements du réel vers la fiction.