Elena Lebrun
67000 Strasbourg
 
Dernière participation aux ateliers ouverts
2015
 
Techniques
- Photographie
 
contact
1 rue du Rempart
67000 Strasbourg
 
Présentation
Tout a commencé en 2018 avec la découverte des diapositives de mon père se mettant en scène entre 1975 et 1980 dans l’appartement de ses parents. Quand ces derniers n’étaient pas là, mon père se prenait en photo. On le voit déguisé, maquillé, investissant tous les espaces dans une sorte de danse macabre. A la lueur de bougies, il se cache dans des bahuts, fait le mort dans le lit de ses parents, se transforme en Dracula.
Mon père devient photographe, tout comme moi. Je ne connaissais pas les archives de son travail de jeunesse. Je suis subjuguée par son univers loufoque et par la qualité de ses images. Ses images me parlent, me hantent, me happent– je m’y reconnais – quelque chose de familier m’appelle. Je décide de poursuivre sa série avec mon œil.
Je prends pour cadre le même appartement familial – celui de ses parents, celui de ma grand-mère. Grande Mère a vécu 50 ans dans cet appartement bourgeois parisien – un lieu que j’ai investi émotionnellement – un lieu qui charrie des souvenirs : les déjeuners du dimanche avec la famille réunie, les retrouvailles avec les cousines, les dodos le samedi soir, la télévision, les coquillettes au gruyère et jambon, le chocolat chaud en guise de petit-déjeuner et les mille objets exhumés des poubelles par Grande Mère…
Je mets en scène Grande Mère dans ses derniers moments avec ma sœur et mon père. Portraits de famille. Je pare Grande Mère de ces fleurs artificielles qu’elle affectionne tout particulièrement parce qu’elles ne meurent jamais. D’une certaine façon, je préfigure sa mort. Un an plus tard, elle décède, c’est le début du covid.
Pas de mode d’emploi pour faire son deuil, chacun.e essaie un chemin.
Mon père devient orphelin. Papa et Grande Mère étaient fusionels, ce n’était pas évident pour moi de trouver une place tant ils s’aimaient. La mort de Grande Mère redistribue les cartes – m’offre la possibilité de découvrir autrement mon père – l’homme qu’il est – et non plus le fils de sa mère.
En juin 2021, l’appartement est vendu. Les familles se déchirent. Douleur, rancoeurs, chagrin. Tout est mélangé. Pendant que mon père et moi, nous vidons les lieux, j’ai réalisé la dernière série de photos– mettant en lumière mon père et moi dans ces espaces mis à nu. Ce travail rend hommage à la mémoire de Grande Mère et au travail photographique de mon père.
Mes photographies témoignent d’un passé révolu, elles font partie intégrante de mon histoire. En exposant mon histoire personnelle, je pose la question de l’héritage : Que décide-t’on de garder ? Comment faire filiation ? Quel est le fil ? Comment le réparer quand il est abîmé ? Que crée-t-on ensemble ? Et vous comment faites-vous ?
 



